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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300916

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300916

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300916
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 7 février 2023 sous le n° 2300916 et un mémoire, enregistré le 28 juin 2024, M. B A, représenté par Me Gintz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par la métropole de Lyon sur sa demande du 7 octobre 2022 tendant à sa réintégration ;

2°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la métropole de Lyon a méconnu les dispositions de l'article L. 514-6 du code général de la fonction publique en n'accomplissant pas toutes les diligences pour le réintégrer à l'issue de sa période de disponibilité d'office, alors que le comité médical a émis un avis d'aptitude à son poste ;

- la prescription d'examens complémentaires ne saurait conditionner la recherche d'un emploi vacant compatible avec son état de santé ou la création d'un tel emploi, la non-réalisation de ces bilans ne peut justifier l'absence de présentation d'offres d'emploi ;

- la métropole de Lyon a méconnu l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés dont il est bénéficiaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, la métropole de Lyon, représentée par Me Prouvez, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II- Par une requête enregistrée le 7 février 2023 sous le n° 2301094 et un mémoire, enregistré le 28 juin 2024, M. B A, représenté par Me Gintz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la métropole de Lyon à lui verser la somme de 125 000 euros augmentée des intérêts au taux légal avec capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices subis en raison de la décision implicite de refus de procéder à sa réintégration ;

2°) de mettre à la charge de la métropole de Lyon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la métropole de Lyon a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité : en refusant de le réintégrer malgré un avis d'aptitude, en justifiant le refus de lui proposer des postes par la nécessaire prescription d'examens complémentaires et en méconnaissant l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés dont il bénéficie ;

- il a subi des préjudices évalués comme suit :

- 115 000 euros au titre de la perte de gains professionnels ;

- 10 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence et de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, la métropole de Lyon, représentée par Me Prouvez, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les demandes indemnitaires sont disproportionnées ; il a continué à percevoir un demi-traitement en position de disponibilité d'office ; il ne peut solliciter le versement de primes et indemnités dépendant du poste occupé ; il a lui-même contribué à générer son préjudice par son comportement peu conciliant ; il n'y a pas de lien direct et certain entre la précarisation de sa situation et la faute alléguée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°85-603 du 10 juin 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure,

- les conclusions de Mme Fullana-Thévenet, rapporteure publique,

- les observations de Me Gintz, représentant M. A et celles de Me Litzler, représentant la Métropole de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, attaché territorial titulaire à la métropole de Lyon, a été placé en congé de longue maladie du 1er juin 2017 au 31 mai 2020. Le 1er octobre 2020, le comité médical départemental a émis un avis d'aptitude à son poste et l'a placé en disponibilité d'office pour raisons de santé du 1er juin 2020 jusqu'à réception du procès-verbal. M. A a sollicité son employeur, en dernier lieu par un courrier du 7 octobre 2022, afin qu'il soit procédé à sa réintégration et a sollicité l'indemnisation de ses préjudices. Par sa requête n° 2300916, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par la métropole de Lyon sur sa demande de réintégration, et par sa requête n° 2301094 il demande la condamnation de la métropole de Lyon au versement de la somme de 125 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 514-4 du code général de la fonction publique : " La disponibilité d'un fonctionnaire est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office au terme des congés pour raisons de santé prévus au chapitre II du titre II du livre VIII. ". Aux termes de l'article L. 514-6 de ce code : " Le fonctionnaire territorial en disponibilité soit d'office au terme des congés pour raisons de santé prévus au chapitre II du titre II du livre VIII soit de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l'issue de sa période de disponibilité dans les conditions prévues pour le détachement aux articles L. 513-11, L. 513-23, L. 513-24 et L. 513-26. ". Selon l'article L. 513-23 de ce code : " Au terme d'un détachement de courte durée, le fonctionnaire territorial est obligatoirement réintégré dans son cadre d'emplois et réaffecté dans l'emploi qu'il occupait antérieurement. ". En vertu de l'article L. 513-24 du même code : " Au terme d'un détachement de longue durée, le fonctionnaire territorial est, sauf intégration dans le cadre d'emplois ou corps de détachement, réintégré dans son cadre d'emplois et réaffecté à la première vacance ou création d'emploi dans un emploi de son grade relevant de sa collectivité ou de son établissement d'origine. Le fonctionnaire territorial qui refuse l'emploi proposé est placé d'office en position de disponibilité. Il ne peut alors être nommé à l'emploi auquel il peut prétendre ou à un emploi équivalent que lorsqu'une vacance est ouverte ou un poste créé. ". Et selon l'article L. 513-26 de ce code : " Au terme d'un détachement de longue durée, si aucun emploi n'est vacant, le fonctionnaire territorial est maintenu en surnombre pendant un an dans sa collectivité ou son établissement d'origine dans les conditions prévues par les articles L. 542-4 et L. 542-5. Au terme de ce délai, s'il ne peut être réaffecté et reclassé dans un emploi de son grade, le fonctionnaire est pris en charge dans les conditions fixées par la section 3 du chapitre II du titre IV : 1° Soit par le Centre national de la fonction publique territoriale, pour les fonctionnaires relevant des cadres d'emplois de la catégorie A mentionnés à l'article L. 325-44 ; () Le fonctionnaire territorial a priorité pour être affecté dans un emploi de son grade dans sa collectivité ou son établissement d'origine. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la réintégration d'un fonctionnaire dans son administration, à l'issue d'une disponibilité prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie est un droit pour ce fonctionnaire dès lors qu'il est déclaré apte à l'exercice de ses fonctions. Dans le cas où le comité médical saisi pour avis conclut à l'aptitude au service sous certaines réserves ou conditions, il incombe à l'administration d'affecter l'agent sur un emploi compatible avec les réserves émises ou, le cas échéant, de le reclasser.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux agents publics durant leur travail dans les conditions fixées au titre Ier du livre VIII ". Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Aux termes de l'article 24 du même décret : " Le médecin du travail est seul habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents () ".

6. En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 24 précité du décret du 10 juin 1985, les propositions d'aménagements de poste de travail, qui peuvent consister notamment en une adaptation des horaires, ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de l'avis du comité médical du 1er octobre 2020 selon lequel M. A est " apte à son poste dès réception du procès-verbal " et précisant que l'agent est mis en disponibilité d'office pour maladie " à compter du 1er juin 2020 jusqu'à réception du procès-verbal ", la métropole de Lyon a maintenu continuellement M. A en disponibilité d'office au-delà de cette date. Toutefois, en vertu des dispositions précitées aux points 3 et 4, dès lors que le comité médical a conclu à l'aptitude de M. A sans réserve ni conditions, il appartenait à la métropole de Lyon d'accomplir toutes les diligences pour le réintégrer dans le cadre d'emploi des attachés territoriaux et pour le réaffecter dans l'emploi qu'il occupait antérieurement en cas de disponibilité d'office inférieure à six mois, ou à la première vacance ou création d'emploi dans un emploi de son grade en cas de disponibilité d'office supérieure à six mois, et à défaut, de le maintenir en surnombre pendant un an avant prise en charge par le Centre national de la fonction publique territoriale.

8. La métropole fait valoir qu'elle était dans l'obligation, avant toute reprise effective de M. A, de se conformer aux prescriptions du médecin de prévention. Elle établit qu'à l'occasion de la visite de reprise de M. A le 22 octobre 2020, ce médecin a conclu à l'incompatibilité temporaire de son état de santé avec sa présence au travail, préconisant un changement d'affectation sur un poste administratif pour permettre sa reprise, un accompagnement à la mobilité compte tenu de son aptitude, un aménagement matériel de son poste car l'agent ne peut pas prendre les transports en commun ni conduire, et un bilan par un organisme extérieur (FIDEV) afin d'estimer les moyens de compensation de son handicap visuel. Par ailleurs, lors d'une seconde visite médicale le 1er avril 2021, le médecin de prévention, constatant toujours l'incompatibilité temporaire de l'état de santé de M. A avec sa présence au travail, a également préconisé la réalisation d'un bilan par un organisme extérieur (ADAPT) afin d'évaluer ses compétences cognitives. A cet égard, il ne saurait être reproché à la métropole de Lyon d'avoir mis en œuvre les diligences nécessaires pour accompagner individuellement M. A, en mobilisant les services compétents de la direction des ressources humaines ainsi que des prestataires spécialisés dans le maintien dans l'emploi des personnes en situation de handicap, ce alors que M. A, entretenant une certaine contradiction sur ses capacités à reprendre le travail, a déménagé dans le Gard en juin 2021, a sollicité une affectation en télétravail et n'a pas renvoyé les documents nécessaires au démarrage des prestations de l'ADAPT et la FIDEV, pourtant transmises par la métropole de Lyon dès le mois d'avril 2021. Toutefois, si la métropole doit prendre en compte les préconisations du médecin de prévention, celles-ci ne constituaient pas, comme le soutient M. A, un préalable obligatoire à sa réintégration de droit, dès lors que le comité médical l'a déclaré apte sans réserve.

9. Dans ces conditions, en ne procédant pas à la réaffectation de M. A à la première vacance ou création d'emploi dans un emploi de son grade, et à défaut, en ne le maintenant pas en surnombre pendant un an avant prise en charge par le Centre national de la fonction publique territoriale, la métropole de Lyon a entaché sa décision d'illégalité.

10. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de () leur handicap, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7 ". Aux termes de l'article L. 131-8 de ce code : " Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des personnes en situation de handicap, les employeurs publics mentionnés à l'article L. 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux personnes relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ou pour qu'une formation adaptée à leurs besoins leur soit dispensée tout au long de leur vie professionnelle. / Ces mesures incluent notamment l'aménagement, l'accès et l'usage de tous les outils numériques concourant à l'accomplissement de la mission des agents, notamment les logiciels métiers et de bureautique ainsi que les appareils mobiles. / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, compte tenu notamment des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées par les employeurs à ce titre. " Selon l'article L. 5212-13 du code du travail : " Bénéficient de l'obligation d'emploi instituée par l'article L. 5212-2 : 1° Les travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles ; () ". Ces dispositions imposent à l'autorité administrative de prendre tant les règlements spécifiques que les mesures appropriées au cas par cas pour permettre l'accès de chaque personne handicapée à l'emploi auquel elle postule sous réserve, d'une part, que ce handicap n'ait pas été déclaré incompatible avec l'emploi en cause et, d'autre part, que lesdites mesures ne constituent pas une charge disproportionnée pour le service.

11. D'autre part, aux termes de l'article L.352-1 du code général de la fonction publique : " Aucun candidat ne peut être écarté, en raison de son handicap, d'un concours ou d'un emploi de la fonction publique, sauf si son handicap a été déclaré incompatible avec les conditions de santé particulières exigées pour l'exercice de certaines fonctions à la suite de l'examen médical destiné à évaluer son aptitude à exercer cette fonction, réalisé en application des dispositions du 5° de l'article L.321-1 ou du 4° de l'article L.321-3. "

12. Si M. A se prévaut d'un " droit de priorité " en sa qualité de travailleur handicapé dont il est bénéficiaire depuis le 8 avril 2020, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose de rendre prioritaire un agent en situation de handicap dans le cas d'une recherche de réaffectation au terme d'une période de disponibilité d'office, comme c'est le cas en l'espèce. Par ailleurs, si M. A prétend que la métropole de Lyon l'a écarté de son emploi sur le fondement même de son handicap, aucune pièce du dossier ne permet de l'établir, ce alors que la métropole, ainsi qu'il a été dit au point 8, a au contraire déployé un dispositif d'accompagnement individuel et ciblé visant à prendre les mesures appropriées pour le maintenir dans l'emploi eu égard à son handicap visuel et à la diminution de ses capacités cognitives, le requérant lui-même n'accomplissant pas toutes les diligences nécessaires pour engager les bilans prescrits par le médecin de prévention. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la métropole aurait méconnu l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés dont il est bénéficiaire et le moyen doit par suite être écarté

13. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de refus née du silence conservé par la métropole de Lyon sur sa demande du 7 octobre 2022 tendant à sa réintégration.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

15. L'illégalité de la décision implicite de refus née du silence conservé par la métropole de Lyon sur la demande du 7 octobre 2022 tendant à la réintégration de M. A constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la métropole de Lyon, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

16. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Enfin, il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations que l'agent a pu se procurer par son travail au cours de la période d'éviction.

17. En premier lieu, M. A se prévaut d'un préjudice tenant à la perte de gains professionnels, qu'il évalue à la somme de 115 000 euros.

18. Il résulte de l'instruction et notamment du bulletin de paie du mois de juillet 2016 produit par M. A que celui-ci percevait un salaire mensuel net de 3 605, 15 euros comprenant le traitement indiciaire, l'indemnité de résidence ainsi que le régime indemnitaire correspondant à son grade et à ses fonctions, et il n'est pas contesté par la métropole que M. A aurait perçu une rémunération au moins équivalente s'il avait été réintégré à compter du 1er octobre 2020. M. A justifie également avoir perçu, durant son maintien en disponibilité d'office depuis le 1er octobre 2020, un revenu évalué à 1393, 34 euros mensuels net avant impôt, correspondant aux indemnités de coordination. Ainsi, au vu des éléments produits qui ne sont nullement remis en cause par la métropole, et alors qu'aucune faute ne saurait être retenue à l'encontre de l'intéressé, il y a lieu de fixer le préjudice financier subi par M. A à la somme de 2 211, 81 euros mensuels, soit un montant total de 106 388, 06 euros pour la période allant du 1er octobre 2020 jusqu'à la date de lecture du présent jugement.

19. En deuxième lieu, M. A demande l'indemnisation de ses troubles dans les conditions d'existence en raison de l'expulsion locative dont il a fait l'objet, ne pouvant assumer la charge financière de son logement compte tenu de ses faibles revenus, générant un stress considérable, un sentiment profond de précarité et des difficultés à se reloger. Il résulte toutefois de l'instruction que le 3 septembre 2021, le tribunal judiciaire de Lyon a ordonné l'expulsion des époux A de leur logement et les a condamnés au règlement de loyers et charges échus et non payés au 28 décembre 2020 et au règlement d'une somme au titre des loyers et charges échus depuis 2018 jusqu'en janvier 2020. Dans ces conditions, eu égard à la chronologie des événements, l'expulsion locative de M. A ainsi que ses incidences, pour regrettables soient-elles, ne sauraient être regardées comme en lien direct et certain avec la faute. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser ce poste de préjudice.

20. En dernier lieu, M. A demande l'indemnisation de son préjudice moral. Il produit à cet effet un certificat médical d'un médecin psychiatre daté du 3 mai 2020, antérieurement à l'avis du comité médical, selon lequel " son état clinique actuel est aggravé par l'inactivité et la mise en incapacité de travail. Cette reprise du travail est donc importante pour le bien-être psychique de M. A et pour son inclusion sociale et professionnelle ". Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A du fait de l'absence de réintégration sur un poste durant quatre années, en lui allouant à ce titre une indemnité de 3 000 euros.

21. Il résulte de ce qui précède que la métropole de Lyon doit être condamnée à verser à M. A la somme de 109 388,06 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 octobre 2022, date de réception de sa demande indemnitaire préalable. En application de l'article 1343-2 du code civil, ces intérêts seront capitalisés au 10 octobre 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la métropole de Lyon au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la métropole de Lyon la somme de 2 000 euros à verser à M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite de refus née du silence conservé par la métropole de Lyon sur la demande du 7 octobre 2022 tendant à la réintégration de M. A est annulée.

Article 2 : La métropole de Lyon est condamnée à verser à M. A la somme de 109 388, 06 euros avec intérêts au taux légal au 10 octobre 2022, et capitalisation des intérêts au 10 octobre 2023.

Article 3 : La métropole de Lyon versera à M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la métropole de Lyon présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la métropole de Lyon.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Viallet conseillère,

Mme Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

P. Dèche

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2300916 et 2301094

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