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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2300979

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300979

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 1er juin 2024, Mme B A, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision 25 avril 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salariée ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de deux mois, sous la même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement saisie ;

- elle est entachée d'erreurs de faits ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du 10 juin 2022, confirmée par le président de la cour administrative d'appel de Lyon, la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A a été rejetée.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Flechet,

- et les observations de Me Vernet, représentant Mme A, requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise, déclare être entrée sur le territoire français le 14 avril 2012 accompagnée de son époux et de son fils, né le 22 novembre 1996. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 10 septembre 2012, qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 novembre 2013. Par arrêté du 19 décembre 2014, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 10 novembre 2015 puis un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 11 avril 2017, le préfet du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A formée sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays à destination duquel elle serait reconduite à l'expiration de ce délai. Le 29 janvier 2018, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables. Mme A demande l'annulation de la décision 25 avril 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour ainsi sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des nombreuses pièces produites par la requérante pour chaque année de présence sur le territoire, au nombre desquelles, notamment, des bulletins de salaire émanant de l'Urssaf, des correspondances de la caisse primaire d'assurance maladie, des copies de cartes individuelles d'admission à l'aide médicale d'Etat, des documents attestant d'examens médicaux en centres hospitaliers, des avis d'impôt sur le revenu, des conventions d'hébergement et attestations de domiciliation établies par des organismes associatifs, ainsi que de multiples récépissés de demandes de titre de séjour, que Mme A justifiait résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée.

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

5. La consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, telle qu'elle est prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pour objet d'éclairer l'autorité administrative sur la possibilité de régulariser la situation administrative d'un étranger et constitue pour ce dernier une garantie substantielle. Dès lors que Mme A justifiait résider habituellement depuis plus de dix ans sur le territoire français à la date de la décision attaquée, la préfète du Rhône était tenue de saisir pour avis la commission du titre de séjour. En l'absence d'une telle consultation, Mme A a été privée d'une garantie, de sorte que la décision litigieuse, intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, est entachée d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 25 avril 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement, qui accueille les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu et après examen de l'ensemble des autres moyens de la requête, que la préfète du Rhône procède, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, au réexamen de sa demande, après avoir saisi la commission du titre de séjour, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de procéder à cette mesure d'exécution. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 25 avril 2024 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme A, après avoir saisi pour avis la commission du titre de séjour, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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