mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2301044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | HOUPPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 février 2023, M. D E, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 aéroport Lyon - Saint-Exupéry), représenté par Me Houppe, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 10 février 2023 par laquelle la préfète du Rhône fixe son pays de destination ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. E soutient que :
- la préfète doit justifier de la délégation de signature consentie à l'auteur de la décision attaquée ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, la préfète n'ayant pas pris en compte son récent transfert fin novembre 2022 en Espagne, où ses démarches de demande d'asile n'ont pas encore pu aboutir, ni pris en compte les craintes qu'il a exprimées en cas de retour dans son pays d'origine ;
- pour les mêmes raisons, la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
- également, la décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et la préfète aurait dû le renvoyer en Espagne.
La préfète du Rhône a produit des pièces enregistrées le 13 février 2023.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du tribunal a délégué à M. B les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la prestation de serment de M. A F en qualité d'interprète en langue arabe ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du mardi 14 février 2023, le magistrat désigné a présenté son rapport et entendu :
- Me Houppe, avocate de M. E, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, sauf à renoncer au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ; elle souligne que l'absence d'indication horaire sur le formulaire ad hoc ne permet pas de s'assurer d'un recueil des observations du requérant préalablement à la prise de la décision contestée et elle précise qu'une demande d'asile a été déposée en Espagne ;
- M. E, requérant, assisté de M. A F, interprète : il indique que son père malade, qu'il assiste, a quitté l'hôpital, vit seul, les frères et sœurs du requérant résidant à Tlemcen en Algérie, et qu'il est menacé par son ancienne belle-famille dans son pays d'origine.
- M. C pour le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que sont infondés les moyens qu'elle contient.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D E, ressortissant algérien né en 1995, a fait l'objet d'une mesure de transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, prononcée le 21 octobre 2022 par le préfet du Rhône. Il conteste une décision du 10 février 2023 par laquelle la préfète du Rhône fixe son pays de destination. Le juge de la liberté et de la détention a prolongé le placement en centre de rétention de cet étranger prononcé par la préfète du Rhône également le 10 février 2023.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire Français ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral /
3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible /
Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
4. Il résulte des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration que la décision fixant le pays de destination prise en exécution d'une interdiction judiciaire de territoire, laquelle constitue une mesure de police, doit, sauf urgence ou circonstances exceptionnelles, être précédée d'une procédure contradictoire permettant à l'intéressé de présenter utilement ses observations sur le ou les pays à destination desquels l'autorité administrative envisage de l'éloigner.
5. M. E a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français de deux ans, concomitante à une peine d'emprisonnement de six mois, prononcée par jugement correctionnel du 8 juin 2022. Par la décision contestée du 10 février 2023 est fixé son pays de destination, qui est son pays d'origine ou tout autre pays où il établirait être légalement admissible. Il ressort d'une fiche de recueil d'observations datée du 10 février 2023 que M. E, averti qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement avec fixation de son pays de destination, et invité à faire part de ses observations écrites et orales, a indiqué qu'il retournerait en Espagne à la guérison de son père. Toutefois, cette fiche ne porte aucune indication horaire, de telle sorte qu'il n'est pas possible de déterminer si les observations de M. E ont été formulées préalablement à la prise de la décision attaquée, notifiée le 10 février 2023, à 17h30. Dans ces conditions, M. E ne peut pas être regardé comme ayant été mis à même de présenter, avant la prise de cette décision, ses observations sur le pays de destination envisagé. Aucune urgence ni aucune circonstance exceptionnelle n'est invoquée par la préfète pour justifier une telle lacune. Ainsi, le requérant, privé de la garantie que constitue la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à la fixation de son pays de destination, est fondé à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision en litige du 10 février 2023.
6. En outre, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône a examiné la situation de M. E en Espagne, dont les autorités avaient accepté la responsabilité de l'examen de sa demande de protection internationale et auxquelles il avait été remis par décision préfectorale du 21 octobre 2022.
Sur les frais de procès :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision préfectorale du 10 février 2023 fixant le pays de destination de M. E est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Houppe.
Jugement rendu en audience publique le 14 février 2023.
Le magistrat désigné,
B. B
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026