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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2301093

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301093

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2023, et un mémoire enregistré le 24 février 2023, Mme G A née C et M. E A, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leurs deux enfants mineurs, D A et B A, représentés par Me Couderc, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision de retrait de la carte nationale d'identité française de Mme A ;

3°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente et à la préfète du Rhône de réexaminer la situation de Mme A et de lui délivrer un laissez-passer lui permettant de revenir sur le territoire français dans un délai d'un jour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à leur conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que Mme A se trouve en Algérie privée de sa carte d'identité française et ne peut revenir sur le territoire national afin de poursuivre sa formation et que ses deux enfants mineurs qui l'accompagnent, tous deux nés en France et de nationalité française, puissent poursuivre l'année scolaire ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision attaquée dès lors que la carte nationale d'identité de Mme A lui a été retirée à l'issue d'une procédure irrégulière car dépourvue de caractère contradictoire ; que cette décision ne lui ayant pas été notifiée, elle ne lui est pas opposable ; qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors que le refus de certificat de nationalité française qui lui a été opposé se borne à constater l'incomplétude de sa demande et qu'elle remplit toutes les conditions pour que la nationalité française lui soit maintenue ; que le retrait de sa carte d'identité méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- Mme A s'est elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque ;

- aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- la requête n° 2301092 enregistrée le 13 février 2023 par laquelle M. et Mme A demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, Mme F a lu son rapport et entendu les observations de Me Couderc, représentant M. et Mme A, qui a repris les écritures, et M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Rhône :

4. Il ressort des pièces du dossier que si le procès-verbal de carence du 29 septembre 2022 a été notifié à l'adresse de la requérante et est revenu à la préfecture avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ", il a été notifié à Mme C, nom patronymique de la requérante, alors que les services de la préfecture n'ignoraient pas que la requérante était mariée et que le refus de délivrance d'un certificat de nationalité française du 12 novembre 2019 sur lequel ce procès-verbal de carence se fonde a été établi au nom de Mme C épouse A. Dès lors que les services préfectoraux avaient connaissance du nom d'épouse de la requérante, la notification du procès-verbal de carence ne peut être regardée, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme ayant été régulièrement accomplie. Par suite, à supposer même que le procès-verbal de carence en cause puisse être regardé comme la décision portant retrait de la carte nationale d'identité de Mme A, la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Rhône et tirée de la tardiveté de la demande d'annulation de la décision attaquée, doit être écartée.

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

6. A la suite de la décision attaquée, la carte nationale d'identité en cours de validité de Mme A lui a été matériellement retirée alors qu'elle s'apprêtait à voyager à destination de l'Algérie avec ses deux enfants mineurs. Mme A fait valoir qu'elle se trouve ainsi en Algérie privée de sa carte d'identité française et ne peut revenir sur le territoire national afin de poursuivre sa formation, et que ses deux enfants mineurs, tous deux nés en France et de nationalité française, ne peuvent pas poursuivre l'année scolaire, la rentrée ayant eu lieu le 20 février. Contrairement à ce que fait valoir la préfète du Rhône, Mme A ne peut être regardée comme ayant elle-même créé la situation d'urgence dont elle se prévaut, dès lors qu'elle fait valoir sans être contredite que les agents de police qui lui ont retiré sa carte nationale d'identité française à l'aéroport lui ont indiqué qu'il y avait une difficulté avec cette carte, et non avec sa nationalité, et l'ont invitée à se présenter aux services du consulat de France à Alger en vue de réaliser les formalités nécessaires à son retour. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 précité doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

7. Dans les circonstances précédemment décrites, et en l'état de l'instruction, alors que la requérante, titulaire d'une carte nationale d'identité depuis le 15 octobre 2010, s'est précédemment vu reconnaître la nationalité française compte tenu de sa filiation et que le refus de délivrance d'un certificat de nationalité française du 12 novembre 2019 n'est fondé que sur l'incomplétude de sa demande, le moyen tiré de ce que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme A est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Rhône de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris en se rapprochant des autorités administratives compétentes, pour permettre à Mme A et à ses enfants mineurs de pouvoir revenir sur le territoire national dans un délai de huit jours. Il n'y a pas lieu en revanche, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y n'a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-l du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. et Mme A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision de la préfète du Rhône portant retrait de la carte nationale d'identité de Mme A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris en se rapprochant des autorités administratives compétentes, pour permettre à Mme A et à ses enfants mineurs de pouvoir revenir sur le territoire national dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G A née C et M. E A et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 28 février 2023.

La juge des référés,La greffière,

V. FF. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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