mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2301219 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 février 2023 M. E né D demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 16 février 2023 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour pendant deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence, insuffisamment motivées et illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire ne pouvait être légalement prise dès lors qu'il a demandé le bénéfice de l'asile lors de son audition préalable par les services de police ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui interdisant le retour, découlant d'une mesure d'éloignement elle-même illégale, méconnait les article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- la désignation d'office de Me Cuche,
- la prestation de serment de M. C, interprète en langue géorgienne,
- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique tenue le 21 février 2023, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Cuche pour le requérant qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant, en outre, que la mesure d'éloignement est insuffisamment motivée dès lors qu'elle n'analyse pas son état de santé et qu'elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et les observations de Me Morrisson-Cardinaud substituant Me Tomasi pour le préfet de la Savoie qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien né en 1998, a fait l'objet d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans édictée par le préfet de l'Yonne le 8 septembre 2021 à la suite d'une mesure d'éloignement prise par le préfet des Bouches-du-Rhône le 6 août 2021 qui a été exécutée d'office le 16 octobre 2021. Il est revenu en France le 3 février 2023 selon ses déclarations, sous couvert d'un passeport le désignant sous le seul nom de son épouse dont il est séparé mais non divorcé (Mme E). Interpellé en flagrant délit de vol par les services de police de Chambéry le 14 février 2023 puis placé en rétention à la date d'enregistrement de sa requête, il demande l'annulation des décisions du 16 février 2023 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a une nouvelle fois obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour pendant deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle () ". En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi précitée.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne les moyens communs :
3. En premier lieu, par arrêté du 23 août 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs le même jour, le préfet de la Savoie a donné délégation à Mme B, directrice de cabinet, pour signer toutes les décisions nécessaires à l'éloignement des étrangers en situation irrégulière. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence n'est pas fondé.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées en vertu des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation formelle qui découle de ceux-ci n'imposant pas à l'autorité administrative de faire état de tous les éléments de la situation personnelle qu'elle a estimé insuffisant pour justifier l'édiction d'une décision plus favorable.
5. En dernier lieu, ces motifs, notamment celui tiré de l'absence de sollicitation de la protection de l'Etat français en raison d'un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Géorgie, ainsi que l'ensemble des pièces produites par le préfet de la Savoie dans l'instance démontrent que les décisions en litige ont été prises après examen de la situation familiale et personnelle que le requérant avait porté à la connaissance de l'autorité préfectorale. La seule circonstance que le requérant a précédemment déclaré avoir " des problèmes au cerveau " sans autre précision et sans fournir les pièces médicales qu'il alléguait détenir n'obligeait pas l'autorité préfectorale à effectuer des mesures d'instruction particulières dont l'absence révèlerait une erreur de droit. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, lors de sa première audition par les services de police qui s'est tenue le 15 février 2023 à 11h avec l'assistance d'un interprète en langue géorgienne, M. D s'est borné à indiquer qu'il était venu en France " pour le tourisme " et pour solliciter un " avis médical " sur ses " problèmes de cerveau " en réponse à la question relative aux motifs de son départ de son pays d'origine tout en déclarant qu'il accepterait une mesure d'éloignement et quitterait la France lui-même en réponse à la question portant spécifiquement sur son éventuel éloignement à destination de la Géorgie, sans faire état d'aucune crainte particulière. Si, lors de la seconde audition tenue le même jour à 18h, il ajouté qu'il ne voulait pas repartir en Géorgie où il aurait des " problèmes " il n'a fait état d'aucune précision quant à leur nature à cette occasion ni expliqué les raisons pour lesquelles il n'a pas estimé utile d'invoquer ou développer des craintes sur ce point initialement. Dans ces circonstances, le requérant ne peut sérieusement soutenir qu'il a formulé expressément et sans équivoque une demande d'asile devant les autorités françaises préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance des droits attachés à sa qualité de demandeur d'asile ou ceux tirés de l'illégalité d'un prétendu refus tacite d'une demande d'asile ne peuvent qu'être écartés.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Il est constant que le requérant n'est présent en France que depuis deux semaines à la date de la mesure d'éloignement attaquée. Ne résidant pas habituellement en France, il ne peut dès lors utilement invoquer la protection prévue par les dispositions précitées. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement est susceptible d'emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé du requérant qui, s'il indique plus précisément souffrir d'épilepsie, a résidé plus de vingt ans dans son pays d'origine où il n'établit pas n'avoir pu bénéficier d'un traitement approprié.
En ce qui concerne le pays de destination :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En se bornant à soutenir que l'autorité préfectorale n'aurait pas tenu compte d'une demande d'asile formulée lors de son audition par les services de police et des éléments qu'il aurait présentés à son appui dans ce cadre, le requérant, qui n'a rien développé de particulier comme indiqué précédemment, n'assortit pas le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'illégalité de la mesure d'éloignement, soulevés par voie d'exception à l'encontre de la décision interdisant le retour en France, ne sont pas fondés.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D justifie de circonstances humanitaires susceptibles de faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour qui doit en principe assortir la mesure d'éloignement compte tenu du refus de lui accorder un délai de départ volontaire dont le bien-fondé n'est pas contesté. Il n'en ressort pas davantage que l'autorité administrative a inexactement apprécié sa situation au regard des critères prévus par les dispositions précitées ou qu'elle a retenu une durée disproportionnée en fixant celle-ci à deux ans dès lors que l'intéressé, qui a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ayant dû être exécutée d'office, est entré en France en violation d'une interdiction de retour exécutoire alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Géorgie où il a vécu plus de vingt ans et où résident ses parents, son fils et son épouse, non plus qu'il établit y encourir un risque de subir des traitements inhumains ou dégradant ou y être dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dont le défaut entraînerait des conséquences exceptionnellement graves. De plus, il fait preuve d'un comportement sur le territoire français qui caractérise une menace à l'ordre public compte tenu de l'utilisation d'alias et des multiples signalements pour des faits de vols simples, en réunion, à l'étalage ou aggravés dont il ne conteste pas sérieusement la réalité, le dernier d'entre eux étant d'ailleurs explicitement reconnu par l'intéressé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E né D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 16 février 2023. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires doivent, par conséquent, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E né D est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E né D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E né D et au préfet de la Savoie.
Copie pour information en sera adressée à Me Cuche et Tomasi ainsi qu'à l'association Forum Réfugiés.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 21 février 2023.
Le magistrat désigné,
R. Reymond-Kellal
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026