mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2301351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | MESSAOUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 21 février 2023, 23 février 2023 et 10 mars 2023, M. B A, représenté par Me Messaoud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, en cas d'annulation de la seule décision portant obligation de quitter le territoire français, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions prises dans leur ensemble sont entachées d'incompétence et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens exposés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 10 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme E, première vice-présidente, a donné lecture de son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 14 mars 1986, est entré en France le 9 octobre 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa D Schengen portant la mention " saisonnier ", valable du 19 septembre 2019 au 18 décembre 2019. Il a ensuite obtenu la délivrance d'un titre de séjour mention " travailleur saisonnier " valable du 18 décembre 2019 au 17 décembre 2022. Le 6 janvier 2023, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé. Par un arrêté du 25 janvier 2023 dont il demande l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté du 25 janvier 2023 a été signé par Mme D C, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 31 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain. Le moyen tiré de l'incompétence doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. La seule circonstance que la préfète n'ait pas fait état, dans sa décision, de l'expérience professionnelle du requérant dans le secteur automobile ainsi que des difficultés de recrutement dans ce secteur ne saurait caractériser l'erreur droit de droit invoquée, alors qu'il ressort des termes de la décision que la préfète a relevé que M. A n'a transmis aucun diplôme ou qualification professionnelle relatif à l'exercice de l'emploi de mécanicien ni n'a établi que cet emploi présenterait des caractéristiques particulières susceptibles de constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de 33 ans, réside en France depuis moins de quatre ans à la date de la décision attaquée. Si l'intéressé se prévaut de sa particulière insertion en faisant valoir son expérience professionnelle en qualité de mécanicien, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée conclu le 17 décembre 2020, devenu contrat à durée indéterminée à compter du 20 mars 2021, il est constant que le titre de séjour dont il bénéficiait en qualité de travailleur saisonnier ne l'autorisait à travailler et à se maintenir en France que dans la limite de six mois par an. Enfin, le mariage de M. A, le 8 octobre 2022, avec une compatriote, dont il n'est pas contesté qu'elle ne dispose pas d'un droit au séjour en France, ne suffit pas à démontrer qu'il aurait désormais en France le centre de ses attaches privées et familiales, alors qu'il ne démontre pas qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, où il a lui-même vécu l'essentiel de son existence. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Dans la mesure où l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point traité par l'accord bilatéral franco-marocain. Toutefois, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de régulariser un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
8. M. A fait état de son expérience professionnelle en qualité de mécanicien et produit en ce sens deux attestations selon lesquelles il a occupé au Maroc un emploi de mécanicien du 25 octobre 2008 au 14 septembre 2012 et du 1er avril 2013 au 30 juillet 2015. Il se prévaut également d'un emploi de mécanicien occupé en France au sein de la société Ergolu Pneus depuis le 17 décembre 2020, d'abord en contrat à durée déterminée puis en contrat à durée indéterminée à compter de mars 2021, pour lequel son employeur a rencontré des difficultés de recrutement. Toutefois, ainsi que l'a relevé la préfète, le requérant ne justifie d'aucun diplôme ni certification professionnelle dans ce domaine. S'il n'est pas contesté que cet emploi serait exercé sous le contrôle effectif et permanent d'une personne qualifiée au sens de l'article 16 de la loi du 5 juillet 1996 relative au développement et à la promotion du commerce et de l'artisanat, il ressort des pièces du dossier que M. A a occupé cet emploi auquel son titre de séjour mention " travailleur saisonnier " ne lui donnait pas accès, détournant ainsi les motifs ayant présidé à la délivrance de ce titre et les conditions de séjour en découlant. Dans ces conditions, M. A, qui ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne saurait être considéré comme faisant état d'un quelconque motif exceptionnel de nature à démontrer que la préfète de l'Ain aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant de lui délivrer un titre de séjour " salarié " ou " travailleur temporaire ".
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, faute pour M. A d'avoir démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, si M. A soutient qu'il réside en France depuis plus de trois ans à la date de la décision attaquée, l'intéressé s'est maintenu sur le territoire national en méconnaissance des conditions liées à la détention d'un titre de séjour " travailleur saisonnier ", qui ne l'autorisait à travailler et à se maintenir en France que dans la limite de six mois par an. En outre, il n'est pas contesté que son épouse, ressortissante marocaine, est également en situation irrégulière en France, de sorte que la cellule familiale pourra se reconstituer dans son pays d'origine où le requérant a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale. Le moyen doit, par suite, être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023 de la préfète de l'Ain. Les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence celles aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 26 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Verley-Cheynel, présidente
Mme E, première vice-présidente,
Mme Marginean-Faure, présidente honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023
La présidente-rapporteure,
C. ELa présidente,
G. Verley-Cheynel
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026