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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2301407

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301407

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, Mme B A, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 de la préfète de l'Ain portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un certificat de résidence d'Algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la préfète de l'Ain a méconnu le 5) de l'article 6 et le b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire et du pays de renvoi sont illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés ;

- le cas échéant le tribunal procédera par substitution de motifs en considérant que le refus de délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans est fondé sur l'irrégularité du séjour en France de Mme A.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 mai 2023 par ordonnance du 13 avril 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Michel ayant été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne est entrée en France en compagnie de son époux le 11 février 2017 sous couvert d'un visa de court séjour et réside depuis chez sa fille et son gendre, ressortissants français. Le 29 juillet 2022, elle a sollicité auprès des services de la préfecture de l'Ain un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 et du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 24 janvier 2023 dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du 31 janvier 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 24 janvier 2023, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : / () / b) () aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge. (). ".

4. Mme A n'établit pas, par la seule production de deux attestations délivrées le 27 février 2020 par le directeur de l'agence locale de Mostaganem de la caisse nationale des retraites, dont il ressort qu'elle et son époux ne perçoivent aucune pension de retraite auprès de cette caisse, qu'elle serait dépourvue de ressources propres et entièrement à la charge de sa fille et de son gendre en Algérie. Au demeurant, la préfète aurait pu légalement lui refuser le certificat de résidence demandé au seul motif que son séjour est irrégulier. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que la préfète de l'Ain a méconnu les stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / (). ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A séjournait en France depuis six ans à la date de l'arrêté attaqué, elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale qu'elle compose avec son époux, également en situation irrégulière sur le territoire français, se reconstitue en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 61 ans, où demeurent deux de ses enfants et où elle pourra continuer à assister quotidiennement son époux. En outre, l'arrêté attaqué ne l'empêche pas de maintenir des liens avec sa fille, son gendre et ses petits-enfants français. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français et n'a pas méconnu le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour sur la situation personnelle de Mme A.

7. En dernier lieu et compte tenu de ce qui précède, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire et du pays de renvoi ne sont pas illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.

8. Il s'ensuit que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

C. Michel

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

C. Bertolo

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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