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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2301409

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301409

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, M. D A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 de la préfète de l'Ain portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un certificat de résidence d'Algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la préfète de l'Ain doit établir la réalité et la régularité de l'avis du 10 janvier 2023 du collège des médecins de l'OFII et la réalité du rapport médical du médecin instructeur ;

- elle a méconnu les 5) et 7) de l'article 6 et le b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire et du pays de renvoi sont illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- le cas échéant le tribunal procédera par substitution de motifs en considérant que le refus de délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans est fondé sur l'irrégularité du séjour en France de M. A.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 mai 2023 par ordonnance du 13 avril 2023.

M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Michel ayant été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien, est entré en France en compagnie de son épouse le 11 février 2017 sous couvert d'un visa de court séjour et réside depuis chez sa fille et son gendre, ressortissants français. Le 29 juillet 2022, il a sollicité auprès des services de la préfecture de l'Ain un certificat de résidence sur le fondement des 5) et 7) de l'article 6 et du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 24 janvier 2023 dont il demande l'annulation, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du 31 janvier 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 24 janvier 2023, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale"est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes de titre de séjour formées par les ressortissants algériens sur le fondement des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. (). ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. (). ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code: " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. (). ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical a été établi le 20 décembre 2022 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. A. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le jour suivant. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis a été émis le 10 janvier 2023, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, et le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas participé à la délibération du collège composé de trois autres médecins. Le nom de chacun des médecins figure sur la liste annexée à la décision du 17 janvier 2017 du directeur général de l'OFII portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office telle que modifiée par une décision du 3 octobre 2022, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. La réalité et la régularité de l'avis du 10 janvier 2023 du collège des médecins de l'OFII et la réalité du rapport médical du médecin instructeur sont ainsi établies.

5. D'autre part, la préfète de l'Ain a estimé, au vu de l'avis du collège des médecins de l'OFII, que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Les certificats médicaux produits par M. A qui relatent les suivis médicaux et traitements réguliers dont il fait l'objet, notamment en raison de pathologies cardio-vasculaires, ne sont pas de nature à établir qu'il serait dans l'impossibilité de recevoir ces soins dans son pays d'origine, faute de disposer des revenus suffisants ou de ne pas être affilié à un régime de protection sociale, ni qu'il ne pourrait utilement s'y voir prescrire un traitement médicamenteux équivalent à celui qu'il suit en France et y bénéficier d'un suivi adapté. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de demander la communication du rapport médical établi par le médecin de l'OFII, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain a méconnu les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il n'est pas non plus fondé à soutenir qu'elle a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prohibent l'éloignement d'un étranger dont l'état de santé requiert une prise en charge médicale à défaut de laquelle il serait exposé à des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui ne peut lui être effectivement procurée dans le pays de renvoi.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : / () / b) () aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge. (). ".

7. M. A n'établit pas, par la seule production de deux attestations délivrées le 27 février 2020 par le directeur de l'agence locale de Mostaganem de la caisse nationale des retraites, dont il ressort que lui et son épouse ne perçoivent aucune pension de retraite auprès de cette caisse, qu'il serait dépourvu de ressources et entièrement à la charge de sa fille et de son gendre en Algérie. Au demeurant, la préfète aurait pu légalement lui refuser le certificat de résidence demandé au seul motif que son séjour est irrégulier. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain a méconnu les stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / ().".

9. Il ressort des pièces du dossier que si M. A séjournait en France depuis six ans à la date de l'arrêté attaqué, il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale qu'il compose avec son épouse, également en situation irrégulière sur le territoire français, se reconstitue en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 66 ans, où demeurent deux de ses enfants et où il pourra continuer à bénéficier de l'assistance quotidienne de son épouse. En outre, l'arrêté attaqué ne l'empêche pas de maintenir des liens avec sa fille, son gendre et ses petits-enfants français. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français et n'a pas méconnu le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. A.

10. En dernier lieu et compte tenu de ce qui précède, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire et du pays de renvoi ne sont pas illégales en conséquence des illégalités successives invoquées.

11. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

Mme Conte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

C. Michel

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

C. Bertolo

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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