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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2301433

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301433

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2023, M. C E, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 janvier 2023 par lesquelles la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- les décisions dans leur ensemble sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète de la Loire n'a pas statué sur sa demande d'autorisation de travail ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux révélant une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a contrairement aux allégations de la préfète produit l'ensemble des documents nécessaires à la saisine des services de la main d'œuvre étrangère ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ainsi qu'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans son volet " vie privée et familiale " ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par la préfète de la Loire de son pouvoir général de régularisation ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence e l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Le préfet de la Loire a produit des pièces enregistrées le 14 mars 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2023 par ordonnance du 10 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F, première vice-présidente,

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain, né le 16 janvier 1973, est entré régulièrement en France durant l'année 2008 sous couvert d'un visa italien. Le 6 juillet 2021, M. E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision en date du 18 janvier 2023, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. E demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète en date du 12 juillet 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 13 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

Sur la décision portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, et alors qu'il est constant que M. E a sollicité le 6 juillet 2021 sa régularisation sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision litigieuse énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

5. L'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titre de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. La demande présentée par un étranger sur le fondement de ces dispositions ou instruite dans le cadre du pouvoir de régularisation du préfet, n'a pas à être instruite dans les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée aux articles R.5221-15 et R.5221-20 du code du travail. Il s'ensuit que la préfète de la Loire, n'était pas tenue de saisir les services de la main d'œuvre étrangère préalablement à ce qu'il soit statué sur la régularisation par le travail de M. E. En outre, la mention dans la décision attaquée selon laquelle l'intéressé fait valoir une promesse d'embauche en qualité de boucher, de ce que les caractéristiques de l'emploi ne sont pas de nature à constituer un motif exceptionnel et qu'aucune pièce complémentaire n'a été transmise malgré la demande qui lui avait été faite pour permettre à la préfète de solliciter l'avis des services de la main d'œuvre étrangère résulte de l'appréciation de la préfète portée sur la situation de l'intéressé et ne peut permettre d'établir qu'elle ne se serait pas livrée à un examen sérieux de la situation du requérant. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la préfète aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen préalable réel et sérieux révélant une erreur de droit doit également être écarté

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L .423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 soit exigée. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Si M. E fait état de ce qu'il réside en France depuis son entrée sur le territoire national en 2008 à l'âge de 35 ans, soit une quinzaine d'années, il ressort des pièces du dossier qu'à son arrivée sur le territoire en 2008 muni d'un visa délivré par les autorités italiennes, il a été renvoyé en Italie mais est immédiatement revenu en France. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national et n'a déposé que le 6 juillet 2021 une première demande d'admission au séjour. L'intéressé est célibataire sans charge de famille, et s'il se prévaut d'une intégration en France qu'il qualifie de profonde, de liens d'amitié " durables et sincères " et de la présence en France de ses cousins, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, de sorte que, pour louables que soient ses efforts d'intégration par le travail, il ne justifie pas de la réalité ni de la stabilité des liens personnels qu'il aurait en France, où il a vécu de longues années en situation irrégulière, et alors qu'il ne démontre pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine où résident notamment ses parents, ses frères et sa sœur. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, compte tenu des éléments exposés ci-dessus, et alors même qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public et en dépit de la durée significative de son séjour sur le territoire français, le requérant ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant son admission exceptionnelle au séjour dans son volet " vie privée et familiale ", la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En sixième et dernier lieu, pour refuser de régulariser M. E au titre du travail, la préfète de la Loire a relevé que ce dernier faisait valoir une promesse d'embauche en qualité de boucher, que les caractéristiques de l'emploi ne sont pas de nature à constituer un motif exceptionnel et qu'aucune pièce complémentaire n'avait été transmise, malgré la demande qui lui avait été faite, pour lui permettre de solliciter l'avis des services de la main d'œuvre étrangère. Pour contester l'appréciation de la préfète sur sa situation, M. E qui soutient avoir 13 ans d'expérience dans le domaine de la boucherie, se borne à produire un curriculum vitae et un document daté du 11 octobre 2022 émis au Maroc attestant, en des termes peu circonstanciés, qu'il a été " boucher au Maroc ". Il produit également la promesse d'embauche du 1er février 2022 établie par la boucherie Meknès et le contrat à durée indéterminée conclu le même jour sous condition d'obtention de l'autorisation de travail. En outre, si M. E soutient que la préfète de la Loire aurait entaché sa décision d'une erreur de fait en relevant qu'il n'avait pas produit les pièces complémentaires sollicitées, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations de nature à contredire ladite mention, alors qu'est produit en défense un courriel de relance en ce sens. La circonstance que le métier de boucher serait inscrit sur la liste des métiers en tension fixée par le directeur général de Pôle Emploi n'est pas de nature à constituer à lui seul un motif exceptionnel justifiant sa régularisation. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation. Par suite, ce moyen est écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, M. E n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour prise à son encontre, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont serait entachée la mesure d'éloignement doit être écarté pour les motifs énoncés au point 8 s'agissant du refus d'admission au séjour.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". () Eu égard à la situation personnelle de l'étranger, l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours () ".

13. M. E n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire, n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision de la préfète de la Loire fixant le pays de destination serait illégale du fait qu'elle serait la conséquence de la décision portant refus de titre de séjour et de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que les décisions du 18 janvier 2023 attaquées sont entachées d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles qu'il présente au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 26 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente

Mme F, première vice-présidente,

Mme G, présidente-honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La première vice-présidente,

C. F

La présidente,

G. Verley-Cheynel

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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