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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2301663

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301663

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantRAHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, M. A B, représenté par Me Rahmani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 1 000 euros par mois à compter du cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour, en réparation de son préjudice ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer le titre de séjour " vie privée et familiale " sollicité dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- le refus de séjour méconnaît les articles L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans le refus du préfet de mettre en œuvre son pouvoir de régularisation ;

- elle n'est pas motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de séjour est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat et ouvrant droit à réparation de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.

La préfète du Rhône a produit une pièce, enregistrée le 10 juin 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience publique.

Le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. M. B, de nationalité ivoirienne, est entré en France en 2019 étant mineur, et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département du Rhône. Le 17 novembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet étant née du silence gardé pendant plus de quatre mois par l'autorité administrative sur sa demande, M. B, par la présente requête, sollicite du tribunal l'annulation de ce refus. Il ressort des pièces produites en défense par la préfète du Rhône que M. B a finalement obtenu une carte de séjour pluriannuelle valable du 24 février 2024 au 23 février 2028, qui lui a été délivrée le 5 mars 2024. Le préfet ayant ainsi fait droit à sa demande, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête, pas plus que sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Il résulte de l'instruction qu'à la date de naissance du refus implicite de sa demande de titre de séjour, M. B remplissait les conditions posées par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir remettre une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". M. B est donc fondé à s'en prévaloir pour soutenir que ce refus était entaché d'illégalité, laquelle est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Il résulte par ailleurs de l'instruction que si M. B a bénéficié de récépissés l'autorisant à travailler au cours de l'examen de sa demande de titre de séjour, le dernier récépissé n'a pas été renouvelé au-delà du 2 février 2023. L'intéressé s'est donc trouvé sans document l'autorisant à séjourner en France et exposé au risque d'être éloigné, jusqu'au 26 décembre 2023, date à laquelle il a été informé de la décision de lui délivrer prochainement une carte de séjour pluriannuelle. M. B allègue par ailleurs, sans être contredit, avoir été privé de la possibilité de pouvoir conclure un contrat de travail à l'échéance de son contrat d'apprentissage le 31 août 2023, en raison de l'incertitude pesant sur sa situation administrative. Dans ces circonstances, il sera fait une juste appréciation des troubles dans ses conditions d'existence et de son préjudice moral en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 1 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros TTC à verser à Me Rahmani au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 février 1991, sous réserve que Me Rahmani renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction sous astreinte.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser une somme de 1 000 euros à M. B.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rahmani une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 février 1991, sous réserve que Me Rahmani renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la préfète du Rhône et à Me Rahmani.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Allais, première conseillère,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

E. de Lacoste Lareymondie

Le président,

T. Besse

La greffière

C. Reveillé

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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