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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2303497

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303497

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2303497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantSAUTEREAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme A, professeure, qui demandait l'annulation de la décision du recteur de l'académie de Lyon refusant de reconnaître l'imputabilité au service de ses arrêts maladie à compter du 6 août 2018 comme rechute de son accident de service du 17 février 2017. Le tribunal a écarté le moyen tiré d'une prétendue compétence liée du recteur, estimant que la décision ne révélait pas une telle erreur. Il a également jugé que les moyens fondés sur les articles 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et 34 de la loi du 11 janvier 1984 n'étaient pas fondés, confirmant ainsi le refus de l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 avril 2023 et le 15 septembre 2024, Mme B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 février 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Lyon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses arrêts maladie à compter du 6 août 2018 et a estimé que les troubles de santé dont elle souffre ne constituent pas une rechute de l'accident de service survenu le 17 février 2017 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Lyon de la placer en congé imputable au service à compter du 6 août 2018 ou de réexaminer sa situation ;

3°) d'ordonner avant dire droit une expertise médicale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le recteur de l'académie de Lyon s'est estimé en situation de compétence liée et a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 et est entachée d'une erreur d'appréciation à cet égard.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 juin et 19 décembre 2024, le recteur de l'académie de Lyon conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, la décision attaquée étant purement confirmative des précédents refus opposés à la requérante ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leravat,

- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public,

- et les observations de Mme A.

Deux notes en délibéré, présentées par Mme A, ont été enregistrées les 15 et 17 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeure certifiée d'histoire-géographie depuis le 1er septembre 2015, affectée au collège Les Iris, à Villeurbanne, a été victime, sur son lieu de travail, le 17 février 2017, d'un accident reconnu imputable au service par une décision de la rectrice de l'académie de Lyon du 30 mars 2017, qui l'a également placée en congé de maladie imputable au service. Par une décision du 6 septembre 2019, la rectrice de l'académie de Lyon a placé Mme A en congé de maladie ordinaire à compter du 6 août 2018, puis en congé de longue maladie par un arrêté du 20 mai 2019 pour la période du 6 août 2018 au 5 août 2019. Par un arrêté du 14 novembre 2019, la rectrice de l'académie de Lyon a prolongé le congé de longue maladie de Mme A jusqu'au 5 février 2020. Par un arrêté du 20 décembre 2019, la rectrice de l'académie de Lyon a placé Mme A en congé de longue durée à titre rétroactif à compter du 6 août 2018 jusqu'au 5 août 2023. Par des courriers des 5 novembre 2019, 25 mai 2021 et 18 octobre 2021, Mme A a formé des recours gracieux à l'encontre de la décision du 6 septembre 2019 et a sollicité auprès de la rectrice de l'académie de Lyon le réexamen de sa situation afin que ses arrêts à compter du 6 août 2018 soient considérés comme imputables à l'accident de service survenu le 17 février 2017, au titre d'une rechute. Ceux-ci ont été rejetés par des courriers du 13 janvier 2020 et du 17 août 2021. Par une décision du 7 février 2023, dont Mme A demande l'annulation, le recteur de l'académie de Lyon a rejeté " à titre définitif " la demande de Mme A.

2. En premier lieu, Mme A fait valoir que le recteur de l'académie de Lyon s'est, à tort, estimé en situation de compétence liée à l'égard de l'avis de la commission de réforme du 20 juin 2019. Toutefois, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le recteur se serait estimé dans une telle situation, la décision en litige se bornant à faire référence à la procédure et à l'arrêté du 6 septembre 2019 par lequel la rectrice de l'académie de Lyon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service, au titre d'une rechute de l'accident de service dont elle a été victime le 17 février 2017, de l'état de santé de Mme A à compter du 6 août 2018 et de ses arrêts à compter de cette date. Par suite, le moyen tiré de ce que le recteur se serait, à tort, cru en situation de compétence liée et aurait méconnu l'étendue du champ de sa compétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, créé par l'article 10 de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ".

4. D'une part, l'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 étant manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi du nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service, ces dispositions ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique de l'Etat, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 24 février 2019, du décret n° 2019-301 du 21 février 2019, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 21 février 2019.

5. D'autre part, dès lors que les droits des agents en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée, la situation de Mme A, dont la blessure survenue le 17 février 2017 a été reconnue imputable au service par une décision du 30 mars 2017, était exclusivement régie par les conditions de forme et de fond prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions législatives et réglementaires relatives au nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il suit de là que Mme A ne peut utilement soutenir que la décision en litige aurait méconnu les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, lesquelles ne lui étaient pas applicables. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, le 17 février 2017, Mme A a été victime d'une bousculade par une élève à la sortie de son cours, ayant entraîné une " contracture cervicale de lombo-sciatalgie droite " et un " traumatisme psychologique ". Par un arrêté du 30 mars 2017, la rectrice de l'académie de Lyon a reconnu les blessures consécutives à cette bousculade comme imputables au service et a accordé à Mme A le bénéfice des dispositions du second alinéa du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 précité. Par ailleurs, il est constant que Mme A souffrait, avant son accident, d'un état pathologique dû à une " lombo-cruralgie sévère ", prise en compte à partir de 2016 au titre de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). L'état de santé de Mme A au titre de l'accident de service qu'elle a subi a été consolidé avec séquelles et un taux d'incapacité partielle permanente de 7 % sans état préexistant le 8 juillet 2017. A la suite d'une chute au mois d'août 2017, Mme A a été placée en congé de maladie ordinaire durant toute l'année scolaire 2017-2018. Le 6 août 2018, Mme A a transmis au rectorat un arrêt de travail au titre d'une rechute de l'accident de service survenu le 17 février 2017. Toutefois, la rechute d'un accident de service se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation sans intervention d'une cause extérieure. Or, si Mme A allègue souffrir d'un stress post-traumatique lié à l'accident du 17 février 2017 et verse au dossier de nombreux certificats médicaux de son médecin généraliste et de médecins-psychiatres l'ayant suivie, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle a fait l'objet de trois expertises par des médecins-psychiatres agréés à la demande du rectorat, les 11 février et 17 octobre 2019 ainsi que le 8 février 2022, dont il ressort qu'elle souffre de troubles dépressifs importants mais que le stress post-traumatique dont elle se prévaut n'est pas en lien direct et certain avec l'accident de service du mois de février 2017 et que la " rechute " alléguée du mois d'août 2018 trouve son origine dans les relations que Mme A entretient avec le rectorat depuis, en particulier, la décision du 10 juillet 2018 par laquelle la rectrice de l'académie de Lyon l'a affectée au lycée Charlie Chaplin, à Décines-Charpieu, que Mme A considérait comme " difficile ". Dans ces conditions, Mme A, qui n'a, au demeurant, engagé aucune démarche afin de solliciter la reconnaissance de son stress post-traumatique en tant que maladie professionnelle, ne démontre pas qu'il existerait un lien direct et certain entre la " rechute " alléguée du mois d'août 2018 et l'accident de service du mois de février 2017, qui avait conduit à des arrêts maladie principalement pour les douleurs physiques à la suite de cet accident. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le recteur de l'académie de Lyon aurait méconnu les dispositions du code général de la fonction publique citées au point 6, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Lyon, ni qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale avant dire droit, que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au recteur de l'académie de Lyon.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

C. Leravat

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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