mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2303612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | KADRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mai 2023 et le 6 juin 2024, M. A B, représenté par Me Kadri, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 15 mars 2023 par laquelle le préfet de la Loire a prononcé son expulsion du territoire français et lui a retiré le titre de séjour valable du 15 janvier 2015 au 14 janvier 2025 dont il était titulaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui restituer le titre de séjour valable du 15 janvier 2015 au 14 janvier 2025 dont il était titulaire, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence de son signataire ;
- la décision d'expulsion méconnaît les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'actualité et la gravité de la menace pour l'ordre public n'étant pas caractérisées, eu égard à l'ancienneté des condamnations dont il a fait l'objet, à l'ancienneté des faits pour lesquels il a fait l'objet d'un signalement, à son comportement irréprochable en détention, à son intégration professionnelle et à son implication dans sa relation avec son fils de nationalité française ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qui concerne une prétendue condamnation prononcée en 2015 ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a pris en considération des éléments sans lien avec une menace pour l'ordre public ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;
- l'intérêt supérieur de son enfant n'a pas été pris en considération ;
- la décision repose sur des faits inexacts en ce qui concerne les liens qu'il entretient avec son fils de nationalité française ;
- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Maubon,
- les conclusions de M. Borges-Pinto,
- et les observations de Me Kadri pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 1er juillet 1983, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire a prononcé son expulsion du territoire français et lui a en conséquence retiré le titre de séjour valable du 15 janvier 2015 au 14 janvier 2025 dont il était titulaire en qualité de parent d'enfant français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " Aux termes de l'article L. 631-2 : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; / () / Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 s'il a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans. / (). "
3. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
4. Pour justifier que la présence de l'intéressé sur le territoire français constituait une menace grave pour l'ordre public, le préfet de la Loire, après avoir constaté que l'intéressé ne justifiait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, s'est fondé sur la " délinquance grave et permanente " de M. B, en faisant valoir qu'il a été condamné pénalement à deux reprises, en 2015 et le 11 février 2020, et qu'il serait connu des services police pour des faits commis en juin 2014, janvier 2015, mars 2016 et juin 2016, et en considération du comportement d'ensemble de l'intéressé.
5. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. B a été incarcéré d'octobre 2018 à mars 2019 et de juin 2020 à fin mai 2023. Son extrait de casier judiciaire tel que dressé le 7 octobre 2022 comporte deux mentions : une condamnation à une amende de 300 euros et à une suspension de permis de conduire durant quatre mois, pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique commis le 6 mars 2016, par une ordonnance pénale du 29 juin 2016, et une condamnation à cinq ans d'emprisonnement pour des faits de viol commis le 22 juin 2014, par un arrêt de la cour d'assises d'appel du Jura du 11 février 2020. Cet arrêt relève que la cour d'assises d'appel a " estimé qu'une peine de nature strictement criminelle ne s'imposait pas au regard des faits commis de façon très opportuniste au cours d'une soirée et de la personnalité de A B qui n'est pas décrit par l'expert psychiatre comme un prédateur sexuel et qui a montré au cours des dernières années de son intégration socio-professionnelle, son attachement pour son fils et son investissement dans son rôle de père. " Si le préfet de la Loire évoque en outre une condamnation en 2015 à une peine de sursis avec mise à l'épreuve pour des faits de violence conjugale, il ne produit dans le cadre de la présence instance aucune pièce au soutien de cette affirmation. Si le préfet produit en défense un procès-verbal de consultation du fichier TAJ (Traitement d'Antécédents Judiciaires) par un officier de police judiciaire le 14 mars 2023, dont il ressort que M. B serait connu des services de police pour des faits de violences le 22 juin 2014, conduite sans permis le 30 juin 2016, conduite sous l'empire d'un état alcoolique le 6 mars 2016 et violences sur conjoint le 11 janvier 2015, il ne ressort pas des pièces du dossier que des suites judiciaires auraient été données aux faits de juin 2016, mars 2016 et janvier 2015, les faits des 6 mars 2016 et 22 juin 2014 figurant quant à eux au casier judiciaire ainsi qu'indiqué. Il ressort en outre d'un rapport ponctuel sur la mesure de détention à domicile sous surveillance électronique dont M. B a fait l'objet du 13 juin 2022 à fin mai 2023 qu'il " se montre respectueux du cadre de la mesure " et qu'il respecte l'ensemble des obligations particulières associées à cette mesure, notamment l'acquittement de dettes à l'égard du Trésor public pour lequel des modalités aménagées ont été sollicitées.
6. D'autre part, M. B a été marié, entre le 15 juin 2013 et le 22 juin 2016, avec une ressortissante de nationalité française dont il a eu un enfant né le 24 juin 2014 en France. Après avoir bénéficié d'un visa de long séjour valable du 29 août 2013 au 29 août 2014, il s'est vu délivrer une carte de résident valable du 15 janvier 2015 au 14 janvier 2025 en qualité de parent d'enfant français. M. B produit la copie d'un jugement du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Montbéliard du 18 juillet 2019 dont il ressort qu'il bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement pour cet enfant une fin de semaine sur deux et la moitié des vacances scolaires et qu'il est redevable d'une pension alimentaire de 100 euros mensuels depuis un jugement du 31 octobre 2017. Il justifie avoir procédé à des versements de 100 ou 150 euros entre janvier 2016 et août 2019 puis à partir du mois de juin 2022, période à partir de laquelle il a pu exercer un emploi au bénéfice d'un aménagement de sa peine d'emprisonnement et d'un contrat à durée indéterminée conclu le 14 juin 2022 en qualité de plâtrier peintre. Il produit des attestations relatant son investissement dans sa relation avec son fils et des extraits de conversation avec la mère de l'enfant dont il ressort qu'il entretient des liens réguliers avec l'enfant. Il dispose d'un logement propre de type 2 à Saint-Chamond (Loire).
7. Eu égard à l'ancienneté et au caractère isolé des faits criminels commis par M. B en juin 2014, à l'ancienneté des autres faits reprochés, ainsi qu'à l'implication de l'intéressé dans sa relation avec son fils de nationalité française et à son intégration professionnelle, la présence de M. B en France ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public.
8. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en décidant de son expulsion du territoire français, le préfet de la Loire a méconnu les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article R. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : / 1° L'étranger titulaire du titre de séjour fait l'objet d'une décision d'expulsion ; / () ".
10. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision contestée pour erreur d'appréciation, implique que le titre de séjour valable du 15 janvier 2015 au 14 janvier 2025 dont bénéficiait M. B, retiré par la décision attaquée en application du 1° de l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui soit restitué. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder à cette restitution, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire du 15 mars 2023 prononçant l'expulsion du territoire français de M. B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de restituer à M. B la carte de résident valable jusqu'au 14 janvier 2025 qui lui avait été retirée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
G. Maubon
Le président,
H. Drouet La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026