mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2304273 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire enregistrés les 26, 29 et 30 mai 2023, M. B L, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans l'attente de son éloignement ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard en le mettant en possession d'une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses moyens, que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
-elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
-elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que la préfète n'a pas pris en compte la demande de titre de séjour présentée par sa compagne qui était en cours d'instruction à la date de la décision attaquée ;
-elle aurait dû être précédée d'un avis de la commission du titre de séjour ;
-elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;
-en s'abstenant d'examiner sa demande de titre de séjour en qualité de salarié, la préfète a commis une erreur de droit ;
-il a droit au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
-elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa durée présente un caractère disproportionné ;
Sur l'assignation à résidence :
-elle comporte une périodicité de pointage abusive.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Feron.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Feron ;
- les observations de Me Schürmann, avocate de M. L, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête par les mêmes moyens et présente un moyen nouveau tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ;
-les observations de M. L, assisté par Mme J, interprète en langue albanaise, qui déclare qu'il espère que sa situation soit régularisée ;
-les observations de M. A F, qui déclare connaître le requérant et sa famille depuis huit ans et être disposé à le recruter ;
-la préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. L, ressortissant kosovar né le 24 mars 1976, est entré une première fois en France le 14 décembre 2009 afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 avril 2010, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 mars 2011. La délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé lui ayant été refusée le 24 octobre 2011 et cette décision ayant été assortie d'une obligation de quitter le territoire français, M. L est reparti au E avant d'entrer une seconde fois en France le 14 novembre 2012 avec sa compagne Mme C. Sa nouvelle demande d'asile et de protection internationale a été rejetée par l'OFPRA le 31 mars 2015 et cette décision a été confirmée par la CNDA le 8 octobre suivant. Le requérant a fait l'objet, le 14 décembre 2015, d'une obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif le 12 octobre 2016. M. L a sollicité, le 9 février 2017, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 mai 2017, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 7 décembre 2017 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon le 16 août 2018, l'intéressé a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire. Le 1er octobre 2018, une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour de deux ans avec assignation à résidence a été prononcée à l'encontre du requérant, ce dernier ne s'est toutefois pas présenté à l'embarquement pour le E le 5 décembre suivant. Le 7 décembre 2020, M. L a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 16 juillet 2021, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 17 décembre 2021, à la suite de quoi, la préfète de l'Ain a procédé au réexamen de la demande de titre de séjour. Par un arrêté du 11 mai 2022, la préfète de l'Ain a de nouveau refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le recours présenté contre cet arrêté a été rejeté le 13 septembre 2022 par le tribunal administratif de Lyon et le 22 mai 2023 par la cour administrative d'appel de Lyon. Enfin, par un arrêté du 24 mai 2023 dont M. L demande l'annulation, la préfète de l'Ain l'a de nouveau obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans l'attente de son éloignement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. L au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Pierre Puyastier, secrétaire administratif de classe supérieure, qui dispose d'une délégation de compétence en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de Mme I G, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, et de M. H D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, en vertu d'un arrêté édicté par le préfète de l'Ain le 11 avril 2023 publié au recueil des actes administratifs du même jour. Dès lors qu'il n'est pas démontré que Mme G et M. D n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la préfète a visé, dans la décision attaquée, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle a fait application. Elle a rappelé la situation administrative et familiale du requérant, en particulier les décisions d'éloignement précédemment prises à son encontre. Si le requérant relève que la préfète n'a pas cité les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à la délivrance d'un titre de séjour, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'avait aucune raison de citer ces articles puisqu'elle n'était pas saisie d'une demande de titre de séjour. Par suite, la décision en litige satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Enfin, la circonstance que la préfète n'a pas cité, dans la décision attaquée, la demande de titre de séjour déposée par sa compagne le 23 mars 2023 ne révèle aucun défaut d'examen de la situation particulière du requérant dès lors que celui-ci ne conteste pas les termes de la décision attaquée selon lesquels sa compagne se trouve " dans la même situation administrative que lui " c'est-à-dire qu'elle se maintient sur le territoire français en dépit d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation particulière du requérant doit par suite être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français, la préfète de l'Ain n'était saisie d'aucune demande de titre de séjour déposée par M. L. En effet, comme exposé au point 1 du présent jugement, la dernière demande de titre de séjour déposée le 7 décembre 2020 par l'intéressé a fait l'objet d'une première décision de rejet le 16 juillet 2021, qui a été annulée par le tribunal administratif, puis d'une seconde décision de rejet en date du 11 mai 2022 dont la légalité a en revanche été confirmée par le tribunal administratif et la cour administrative d'appel. M. L n'établit, ni même n'allègue, qu'il aurait par la suite déposé une nouvelle demande de titre de séjour. Dès lors, il ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de moyens propres à un refus de délivrance d'un titre de séjour tels que le défaut de saisine de la commission du titre de séjour, le défaut d'examen de sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou encore la violation des dispositions des L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent par suite être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. L, âgé de 47 ans, est entré une première fois en France le 14 décembre 2009. A la suite des rejets de ses demandes d'asile et de titre de séjour, il est reparti au E avant d'entrer une seconde fois en France le 14 novembre 2012 avec sa compagne, Mme M C. Sa nouvelle demande d'asile et de protection internationale a été rejetée par l'OFPRA le 31 mars 2015 et cette décision a été confirmée par la CNDA le 8 octobre suivant. Le requérant et sa compagne ont eu trois enfants, nés sur le territoire français les 26 février 2014, 21 juin 2015 et 3 novembre 2017 qui y sont scolarisés. Le requérant fait valoir le bénéfice de promesses d'embauche réitérées à plusieurs reprises, ses diplômes étrangers obtenus en 2004 et 2005 pour exercer en qualité de jardinier et de peintre, son investissement bénévole auprès du secours populaire et des restaurants du cœur, son apprentissage de la langue française, et se prévaut de différents témoignages attestant de ses efforts d'intégration en France. Toutefois, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie familiale. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. L et sa compagne ne pouvaient ignorer l'irrégularité de leur situation lorsqu'ils ont développé leur vie privée et familiale en France, où sont nés leurs trois enfants, et ont ainsi mis la préfète devant le fait accompli de leur installation en France. Ainsi, si le requérant se prévaut d'une durée de séjour de plus de dix ans à la date de la décision en litige depuis sa dernière entrée en France le 14 novembre 2012, cette longue durée s'explique par le temps nécessaire à l'examen de ses demandes d'asile et de titre de séjour et par l'irrespect de quatre précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre le 14 décembre 2015, le 29 mai 2017, le 1er octobre 2018 et le 11 mai 2022. Enfin, le requérant, qui dit vivre essentiellement de l'aide des associations caritatives et de l'aide de son frère qui habite la Macédoine, ne démontre pas qu'il ne pourrait reconstituer sa cellule familiale avec sa compagne et leurs enfants au E où il a vécu avant son arrivée en France. Dans ces circonstances, le requérant ne justifie pas disposer en France de liens personnels et familiaux tels que l'obligation de quitter le territoire français aurait porté, eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
8. En dernier lieu, M. L soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée de plusieurs erreurs de fait tenant à sa détention de diplômes, à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 16 juillet 2021 et à la situation administrative de sa compagne qui a déposé une demande de titre de séjour le 23 mars 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision d'obligation de quitter le territoire français en retenant ces éléments de fait. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
10. En premier lieu, la décision attaquée portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique que ce refus d'octroi est fondée sur la triple circonstance que le requérant s'est soustrait à l'exécution de précédentes mesures d'éloignement, a déclaré son intention de ne pas exécuter une nouvelle mesure d'éloignement et ne dispose pas de garanties de représentation suffisantes. La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire comporte donc les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement si bien qu'elle est suffisamment motivée.
11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. L s'est soustrait à l'exécution de quatre mesures d'éloignement édictées à son encontre le 14 décembre 2015, le 29 mai 2017, le 1er octobre 2018 et le 11 mai 2022. Il entrait donc dans la situation, prévue au 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans laquelle la préfète pouvait considérer qu'il y avait un risque de soustraction à une cinquième obligation de quitter le territoire français et pouvait refuser, pour ce motif, de lui octroyer un délai de départ volontaire, en l'absence de circonstances particulières au sens des dispositions de l'article L. 612-3 précité. S'il soutient par ailleurs qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète n'a pas fondé son refus d'octroi d'un délai de départ volontaire sur l'existence d'une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. L se trouve en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée et qu'il y vit avec sa compagne et leurs trois enfants. Sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu en France en dépit de l'édiction à son encontre de quatre mesures d'éloignement en date du 14 décembre 2015, 29 mai 2017, 1er octobre 2018 et 11 mai 2022 et que sa compagne se trouve elle aussi en situation irrégulière. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète pouvait, sans méconnaître les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour de deux ans, dont la durée ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
14. La décision d'assignation à résidence astreint M. L à se présenter à la gendarmerie de Belley les lundis, mercredis, vendredis et dimanches à 10 heures. S'il soutient que cette périodicité serait " abusive ", il ne fait état d'aucun élément tiré de sa situation personnelle ou de son état de santé qui aurait pour conséquence de rendre cette périodicité disproportionnée.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. L à fin d'annulation de l'arrêté du 24 mai 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. L est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B L et à la préfète de l'Ain.
Copie en sera adressée à Me Schürmann.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
La magistrate désignée,
C. FERON La greffière,
F. GAILLARD
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2304273
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026