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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2304748

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304748

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2304748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions notifiées le 17 novembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdite de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois, en la munissant d'un récépissé sous huitaine sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

Sur la décision lui refusant un titre de séjour :

- l'avis du collège des médecins de l'OFII, non produit, doit être regardé comme manquant ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision déterminant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour et de celle l'obligeant à quitter le territoire.

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est insuffisamment motivée pour l'application de l'article L. 612-10 du code précité ;

- elle justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle à son édiction et elle revêt un caractère disproportionné.

Des pièces ont été enregistrées le 31 juillet 2023 pour la préfète de la Loire et ont été communiquées.

Par une ordonnance du 6 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 août 2023.

Des pièces ont été enregistrées pour Mme B le 4 septembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante camerounaise née le 15 septembre 1988, demande l'annulation des décisions, notifiées le 17 novembre 2022, par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdite de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'ensemble des décisions :

2. D'une part, l'arrêté litigieux a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 12 juillet 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. D'autre part, les décisions attaquées visent les dispositions et stipulations dont elles font applications et relèvent les éléments biographiques pertinents pour cette application, notamment les éléments spécifiques qui ont conduit l'autorité compétente à ne pas faire application des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à faire application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon les termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 de ce même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

5. D'une part, la préfète de la Loire produit en défense l'avis du 26 août 2022 par lequel le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que la situation médicale de la fille de la requérante nécessitait une prise en charge médicale et que le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen tiré du défaut d'un tel avis doit ainsi être écarté comme manquant en fait.

6. D'autre part, pour soutenir que l'interruption de la prise en charge de sa fille entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme B se prévaut de certificats médicaux et d'attestations de l'équipe éducative prenant en charge sa fille, atteinte d'autisme. Toutefois, le seul certificat médical produit antérieur à la date d'édiction de la décision en litige, le 18 juillet 2022, ne mentionne nullement qu'une interruption de la prise en charge entraînerait des conséquences particulières, les autres éléments produits étant postérieurs à la décision attaquée et ne révélant pas une situation antérieure existante. Dans ces conditions, c'est sans méconnaissance des dispositions précitées que la préfète de la Loire a pu refuser le titre de séjour sollicité, sans que les considérations sur l'éventuelle possibilité de prise en charge de la pathologie de la fille de Mme B au Cameroun n'aient d'incidence sur la légalité de cette décision.

7. Enfin, Mme B fait valoir une durée de résidence en France de près de trois ans à la date de la décision attaquée, la prise en charge médicale de sa fille dans ce pays et ses qualifications, associées à une volonté de pratique professionnelle. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, il n'apparaît pas que l'interruption de la prise en charge médicale de la fille de la requérante entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et la production d'articles de blog et les termes ambigus du courrier émanant d'un praticien camerounais n'établissent par ailleurs pas l'impossibilité de prise en charge dans ce pays, la décision en litige ne pouvant dès lors être regardée comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de la fille de la requérante. Ainsi, compte tenu de la durée de la résidence de Mme B en France et de l'absence de liens particuliers caractérisés, c'est sans méconnaissance de stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la préfète de la Loire a pu refuser un titre de séjour à Mme B.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. D'une part, l'illégalité de la décision refusant à Mme B un titre de séjour n'étant pas établie, cette dernière ne saurait se prévaloir d'une telle illégalité à l'encontre de la décision attaquée.

9. D'autre part, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation particulière de la requérante doit être écarté, en l'absence de toute argumentation distincte, pour les motifs retenus au point 7 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision déterminant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Selon l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. Il ressort des pièces produites par Mme B que le statut de réfugié lui a été reconnu par les autorités chypriotes par une décision du 14 novembre 2018, relevant le bien-fondé des craintes de persécution au Cameroun. Dans ces conditions, c'est par une inexacte application des dispositions précitées que la préfète de la Loire a désigné ce pays comme pays de reconduite en cas de renvoi.

12. Il y a ainsi lieu d'annuler cette décision en tant qu'elle mentionne le Cameroun comme pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. Pour interdire de retour sur le territoire national Mme B pour une durée d'un an, la préfète de la Loire s'est bornée à relever que l'entrée en France de l'intéressée était récente et qu'elle ne justifiait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec ce pays, relevant toutefois l'absence de trouble à l'ordre public. De tels éléments, à défaut de toute précision et alors que l'intéressée n'a pas fait l'objet de précédente mesure d'éloignement qu'elle n'aurait pas exécuté, n'apparaissent pas de nature à justifier l'édiction de la mesure en litige pour l'application des dispositions précitées.

15. Il y a ainsi lieu d'annuler la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions accessoires :

16. D'une part, le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le refus de titre de séjour, les conclusions aux fins d'injonction les assortissant ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

17. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par la requérante au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de la Loire, notifiée le 17 novembre 2022, déterminant le pays de destination en cas de reconduite de Mme B est annulée en tant qu'elle mentionne le Cameroun.

Article 2 : La décision de la préfète de la Loire, notifiée le 17 novembre 2022, interdisant Mme B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Royon et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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