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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2304794

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304794

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2304794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP LEGAL BY LAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 juin 2023 et 21 octobre 2024, la société civile immobilière Le Jardin de Thalia, représentée par Me Jacques, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2023 portant attestation de non-contestation partielle de la conformité qui lui a été délivrée par le maire de la commune de Péron en application de l'article R. 462-10 du code de l'urbanisme ;

2°) d'enjoindre au maire de Péron de lui délivrer une attestation de non-contestation de la conformité de l'ensemble des travaux autorisés par le permis de construire et le permis modificatif qui lui ont été délivrés les 9 janvier 2017 et 12 septembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Péron le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige doit être regardée comme entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation régulièrement publiée conférée à son signataire ;

- la décision attaquée est irrégulière, dès lors que le pli comprenant la décision du 6 janvier 2023 a été reçu plus de trois mois après le dépôt de la seconde déclaration attestant de l'achèvement et de la conformité des travaux ;

- le maire ne pouvait plus contester la conformité de la noue paysagère, autorisée par le permis de construire du 17 février 2017, passé le délai de trois mois à compter de la réception de sa déclaration attestant de l'achèvement et de la conformité des travaux ;

- la circonstance qu'une demande de permis modificatif ait été déposée au-delà du délai qui lui était imparti pour régulariser sa situation n'entraîne pas de fait sa requalification comme demande de nouveau permis de construire, alors en tout état de cause qu'une telle qualification est sans incidence sur la conformité des travaux ;

- il n'est pas démontré que les travaux réalisés sur la noue paysagère étaient différents de ceux autorisés par le permis modificatif du 12 septembre 2022, de sorte que le maire ne pouvait légalement exiger qu'elle dépose un permis modificatif décrivant précisément les caractéristiques de cette noue.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, la commune de Péron, représentée par Me Delzanno, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Le Jardin de Thalia la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 21 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, première conseillère,

- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,

- les observations de Me Jacques, représentant la société Le Jardin de Thalia et celles de Me Trimaille, représentant la commune de Péron.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 février 2017, la société Compagnie Onyx a obtenu un permis de construire en vue de l'édification, après démolition d'une maison individuelle, de deux immeubles d'habitation avec création d'un parking aérien sur un terrain situé chemin du Panferet dans la commune de Péron. Ce permis a fait l'objet d'un transfert au bénéfice de la société Le Jardin de Thalia par arrêté du 19 septembre 2017. A la fin du chantier, la société Le Jardin de Thalia a adressé à la mairie de Péron une déclaration attestant de l'achèvement et de la conformité des travaux, dont il a été accusé réception le 3 mai 2021. Par un courrier en date du 2 septembre 2021, la commune de Péron a informé la société que le contrôle des travaux effectué le 28 juillet 2021 avait révélé des non-conformités et l'a mise en demeure de déposer un permis modificatif dans un délai de trois mois, sous peine qu'un procès-verbal d'infraction soit établi. Le 17 décembre 2021, la société Le Jardin de Thalia a déposé une demande de permis modificatif, que le maire a refusé de lui accorder le 15 mars 2022. Puis, à la suite du dépôt d'une seconde demande, le maire de Péron lui a accordé un permis modificatif le 12 septembre 2022. La société a ensuite adressé à la commune, le 6 octobre 2023, une nouvelle déclaration attestant de l'achèvement et de la conformité des travaux. Par une décision du 6 janvier 2023, le maire de Péron a certifié, en application de l'article R. 462-10 du code de l'urbanisme, que la conformité des travaux relatifs aux permis de construire accordés n'avait pas été contestée, excepté en ce qui concerne la noue paysagère. Il était précisé à la société qu'un permis modificatif décrivant précisément les caractéristiques de cette noue devait être déposé afin d'obtenir une attestation de conformité complète. Par courriers des 15 février et 2 mars 2023, la société Le Jardin de Thalia a demandé au maire de revoir sa position et de lui accorder une attestation de non-contestation intégrale de la conformité. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le maire pendant deux mois sur ce recours gracieux. Par la présente requête, la société Le Jardin de Thalia demande l'annulation de la décision du 6 janvier 2023 portant attestation de non-contestation partielle de la conformité qui lui a été délivrée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 462-1 du code de l'urbanisme : " A l'achèvement des travaux de construction ou d'aménagement, une déclaration attestant cet achèvement et la conformité des travaux au permis délivré ou à la déclaration préalable est adressée à la mairie. () ". L'article L. 462-2 de ce code dispose : " L'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3 peut, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, procéder ou faire procéder à un récolement des travaux et, lorsque ceux-ci ne sont pas conformes au permis délivré ou à la déclaration préalable, mettre en demeure le maître de l'ouvrage de déposer un dossier modificatif ou de mettre les travaux en conformité. Un décret en Conseil d'Etat fixe les cas où le récolement est obligatoire. / Passé ce délai, l'autorité compétente ne peut plus contester la conformité des travaux ". En vertu de l'article R. 462-1 du même code, la déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux est en principe signée par le bénéficiaire du permis de construire et adressée par pli recommandé avec demande d'avis de réception postal au maire de la commune ou déposée contre décharge à la mairie. Selon l'article R. 462-2 : " La déclaration précise si l'achèvement concerne la totalité ou une tranche des travaux. () ". L'article R. 462-6 dudit code prévoit : " A compter de la date de réception en mairie de la déclaration d'achèvement, l'autorité compétente dispose d'un délai de trois mois pour contester la conformité des travaux au permis ou à la déclaration. / Le délai de trois mois prévu à l'alinéa précédent est porté à cinq mois lorsqu'un récolement des travaux est obligatoire en application de l'article R. 462-7 ". Aux termes de l'article R. 462-9 de ce code : " Lorsqu'elle estime que les travaux ne sont pas conformes à l'autorisation, l'autorité compétente pour délivrer le permis ou prendre la décision sur la déclaration préalable met en demeure, dans le délai prévu à l'article R. 462-6, le maître de l'ouvrage de déposer un dossier modificatif ou de mettre les travaux en conformité avec l'autorisation accordée. / Cette mise en demeure est notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal. Elle rappelle les sanctions encourues ". Enfin, en vertu de l'article R. 462-10 du même code : " Lorsque aucune décision n'est intervenue dans le délai prévu à l'article R. 462-6, une attestation certifiant que la conformité des travaux avec le permis ou la déclaration n'a pas été contestée est délivrée sous quinzaine, par l'autorité compétente, au bénéficiaire du permis ou à ses ayants droit, sur simple requête de ceux-ci. () ".

3. En premier lieu, il résulte des articles L. 462-2 et R. 462-2 du code de l'urbanisme que, lorsque le bénéficiaire d'un permis de construire a adressé au maire une déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux réalisés en vertu de cette autorisation d'urbanisme, l'autorité compétente ne peut plus en contester la conformité au permis si elle ne l'a pas fait dans le délai de trois mois.

4. Il est constant que les travaux autorisés par les permis délivrés les 19 septembre 2017 et 12 septembre 2022, lesquels consistent à édifier deux immeubles d'habitation après démolition d'une maison individuelle, ne rentrent dans aucun des cas listés à l'article R. 462-7 du code de l'urbanisme pour lesquels le récolement est obligatoire. Il s'ensuit que le maire de Péron disposait, dès lors, d'un délai maximal de trois mois à compter de la réception de la déclaration prévue à l'article L. 462-1 du code de l'urbanisme pour en contester la conformité.

5. Les travaux, tel qu'autorisés par le permis de construire initial du 19 septembre 2017, comportent notamment la création d'une noue paysagère destinée à recueillir les eaux pluviales des constructions. Or, la conformité de cet aménagement n'a pas été remise en cause par le maire de Péron dans le délai qui lui était imparti, lequel prenait effet à compter du 3 mai 2021, date de réception de la déclaration attestant de l'achèvement et de la conformité des travaux au permis de construire. Par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir la commune, il ne ressort pas des plans de masse versés aux débats que la noue paysagère aurait été modifiée par le permis modificatif accordé le 12 septembre 2022. Si la commune de Péron fait valoir que le permis modificatif doit être regardé comme un nouveau permis de construire dans la mesure où que la société pétitionnaire n'a pas régularisé les travaux dans le délai qui lui était imparti par la mise en demeure du 2 septembre 2021, une telle circonstance demeure sans effet sur la nature des travaux effectivement autorisés par ledit permis, lesquels ne concernent pas la noue paysagère. Ainsi, le délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article R. 462-6 ayant expiré le 3 août 2021, le maire de Péron ne pouvait plus contester la conformité de la noue paysagère au permis de construire du 19 septembre 2017. Au surplus, la société Le Jardin de Thalia a transmis la déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux réalisés en vertu du permis modificatif le 6 octobre 2022, ce dont il est attesté par l'apposition d'un tampon humide par la commune sur le formulaire de déclaration. Or, la décision en litige a été notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception à la société pétitionnaire le 9 janvier 2023. Ainsi, et en tout état de cause, cette décision n'a pas non plus été notifiée avant l'expiration du délai de trois mois imparti au maire pour se prononcer sur la déclaration du pétitionnaire. Il s'ensuit que la société Le Jardin de Thalia est fondée à soutenir que la décision est irrégulière au regard des dispositions de l'article R. 462-6 du code de l'urbanisme.

6. En second lieu, il n'est pas établi que les travaux effectués sur la noue paysagère aient été différents de ceux autorisés par le permis de construire du 19 septembre 2017. Par suite, le maire de Péron, qui n'apporte au demeurant aucune précision sur la non-conformité reprochée, ne pouvait légalement s'opposer à la conformité des travaux.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision contestée.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Le Jardin de Thalia est fondée à demander l'annulation de la décision du maire de Péron du 6 janvier 2023 en tant qu'elle conteste la conformité des travaux d'aménagement de la noue paysagère aux permis de construire délivrés les 19 septembre 2017 et 12 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le maire de Péron délivre à la société Le Jardin de Thalia une attestation de non-contestation de la conformité des travaux réalisés avec les permis de construire des 19 septembre 2017 et 12 septembre 2022. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de Péron de procéder à cette délivrance dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Le Jardin de Thalia, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à la commune de Péron au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Péron le versement à la société Le Jardin de Thalia de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du maire de Péron du 6 janvier 2023 est annulée en tant qu'elle conteste la conformité des travaux d'aménagement de la noue paysagère aux permis de construire délivrés les 19 septembre 2017 et 12 septembre 2022.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Péron de délivrer à la société Le Jardin de Thalia une attestation de non-contestation de la conformité des travaux avec les permis de construire des 19 septembre 2017 et 12 septembre 2022.

Article 3 : La commune de Péron versera à la société Le Jardin de Thalia une somme de 1 500 (mille cinq-cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Péron sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société le Jardin de Thalia et à la commune de Péron.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cécile Mariller, présidente,

M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Océane Viotti, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La rapporteure,

O. ViottiLa présidente,

C. Mariller

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2304794

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