mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2304812 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, M. A B, représenté par Me Vernet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 7 mars 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national pendant une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de faire procéder à l'effacement du signalement correspondant dans le système d'information SIS II ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour ne s'est pas prononcée sur sa situation ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à vie privée et familiale normale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision déterminant le pays de destination :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire et de celle lui refusant un titre de séjour ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La procédure a été régulièrement communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit à l'instance.
Par ordonnance du 19 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 août 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- et les observations de Me Belligon, suppléant Me Vernet, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 9 septembre 1979, demande l'annulation des décisions du 7 mars 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national pendant une durée de douze mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 "
3. D'une part, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'autorité compétente aurait omis de soumettre sa demande de titre de séjour à la commission du titre de séjour, se prévalant d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Si M. B produit des éléments suffisants pour attester d'une telle résidence habituelle pour les années 2012, 2013 puis 2018 à 2021, soit six années, il n'en va pas de même s'agissant des autres périodes, l'intéressé produisant pour l'essentiel des ordonnances ponctuelles et des éléments de retrait en pharmacie pour des dates isolées, une à deux fois par an, qui ne sont pas plus à même d'établir la continuité de cette résidence que les avis d'imposition afférents. Par ailleurs, le préfet du Rhône pouvait valablement considérer que le séjour de M. B en 2016 ne pouvait être pris en compte du fait de son incarcération pour vol en réunion. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
4. D'autre part, la seule présence sur le territoire national du père du requérant, bénéficiaire d'une carte de résident valable dix ans, des besoins d'assistance par tierce personne de ce dernier du fait de son âge, qui ne sauraient être regardés comme ne pouvant être pris en charge que par le requérant, et la production d'une promesse d'embauche, par une entreprise ayant par ailleurs cessé son activité à la date de la décision attaquée, ne sont pas de nature à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels d'admission au séjour pour l'application des dispositions précitées. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions doit être ainsi écarté.
5. Enfin, l'ensemble des circonstances décrites aux points 3 et 4 du présent jugement ne caractérisent pas des liens tels avec le territoire national que la décision attaquée y porterait une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. D'une part, l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour n'étant pas établie, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait illégale par voie de conséquence de celle-ci.
7. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs retenus au point 5 du présent jugement.
En ce qui concerne la décision déterminant le pays de destination :
8. L'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, M. B ne saurait soutenir que la décision attaquée serait illégale par voie de conséquence de cette illégalité.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Pour interdire M. B de retour sur le territoire national pour une durée de douze mois, le préfet du Rhône a relevé que l'intéressé ne présentait pas de liens particuliers avec la France, ainsi qu'analysé au point 5 du présent jugement, et que ses condamnations les 16 mai 2012, 17 janvier et 11 mars 2013 pour des faits répétés de vol en réunion, ainsi que le rappel à loi dont il a fait l'objet le 29 janvier 2021 pour vente à la sauvette caractérisaient une menace pour l'ordre public. Si M. B fait valoir l'ancienneté de sa dernière condamnation, le caractère répété de ces mises en cause et la permanence jusqu'en 2021 de telles mises en cause ne permettent pas de faire regarder l'appréciation portée sur ce point par l'autorité compétente comme erronée. De même, les circonstances relevées au point 4 du présent jugement n'apparaissent pas faire obstacle à l'édiction de cette mesure d'interdiction. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions précitées, et sans disproportion, que cette autorité a pu interdire de retour sur le territoire M. B pour une période de douze mois.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions accessoires :
12. D'une part, le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation de la requête, il ne nécessite aucune mesure particulière pour son exécution. Les conclusions à fin d'injonction de la requête ne peuvent ainsi qu'être rejetées.
13. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser une somme sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Vernet et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026