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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2304943

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304943

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2304943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2023, Mme C D, représentée par Me Da Costa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2023 par laquelle la directrice de l'Hôpital du Gier a décidé qu'elle ne percevrait plus d'indemnité compensatrice à compter du 1er janvier 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Hôpital du Gier la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'administration n'est pas fondée à supprimer rétroactivement le versement de l'indemnité compensatrice à compter du 1er janvier 2023 ;

- cette décision constitue une sanction disciplinaire déguisée.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, l'Hôpital du Gier, représenté par Me Bonnet et Me Galifi, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de Mme D aux entiers dépens et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n°89-376 du 8 juin 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Fullana Thévenet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme D, adjoint administratif principal de 2ème classe titulaire en charge de l'accueil des patients, demande au tribunal d'annuler la décision du 20 avril 2023 par laquelle la directrice de l'Hôpital du Gier a décidé qu'elle ne percevrait plus d'indemnité compensatrice à compter du 1er janvier 2023.

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. B A, directeur adjoint chargé de la direction des ressources humaines de l'hôpital de Gier, agissant en vertu d'une délégation consentie le 18 juillet 2022 par la directrice de l'établissement, à l'effet de signer notamment les actes relevant de la " gestion des carrières, positions statutaires, retraite ". Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 2 du décret du décret du 8 juin 1989 relatif au reclassement des fonctionnaires hospitaliers reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions dans sa version applicable: " Dans le cas où l'état physique d'un fonctionnaire, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'intéressé peut présenter une demande de reclassement dans un emploi relevant d'un autre grade de son corps ou dans un emploi relevant d'un autre corps.() " Selon l'article 5 de ce décret, dans sa version en vigueur jusqu'au 21 mai 2021 : " Le fonctionnaire peut demander à bénéficier des modalités de reclassement prévues au premier alinéa de l'article 72 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. () Lorsque l'application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 72 de la loi du 9 janvier 1986 aboutit à classer le fonctionnaire à un échelon doté d'un indice inférieur à celui qu'il détenait dans son corps d'origine, l'intéressé conserve, à titre personnel, son indice jusqu'au jour où il bénéficie dans son nouveau corps d'un indice au moins égal. () ". Et aux termes de ce même article, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " () Lorsque le fonctionnaire est intégré dans un corps ou cadre d'emplois hiérarchiquement inférieur et est classé à un échelon doté d'un indice brut inférieur à celui qu'il détenait dans son corps ou cadre d'emplois d'origine, il conserve, à titre personnel, son indice brut jusqu'au jour où il bénéficie dans son nouveau corps ou cadre d'emplois d'un indice brut au moins égal. () ".

4. D'autre part, les décisions administratives ne pouvant légalement disposer que pour l'avenir, l'administration ne peut, par dérogation à cette règle, prendre des mesures à portée rétroactive que pour assurer la continuité de la carrière d'un agent public ou procéder à la régularisation de sa situation.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, titularisée dans le corps des aides-soignants le 1er juin 1992, a été déclarée inapte à l'exercice de ses fonctions suite à un accident de service, puis reclassée dans le corps des adjoints administratifs le 29 juin 2015. Il n'est pas contesté qu'à compter de cette date, elle a bénéficié d'une indemnité afin de compenser la perte des primes et indemnités perçues dans son ancien grade, ce alors que ce maintien n'est prévu par aucune disposition législative ou réglementaire, ainsi que l'a fait observer le Trésorier principal. Si l'Hôpital du Gier est fondé, par la décision attaquée, à mettre un terme pour l'avenir au versement de cette indemnité compensatrice à laquelle l'intéressée ne peut prétendre, il ne peut toutefois légalement prévoir une date d'effet antérieure à cette décision. Ainsi, la décision du 20 avril 2023 mettant fin à l'indemnité compensatrice au profit de Mme D à compter du 5 janvier 2023 comporte un effet rétroactif illégal. La circonstance, notamment invoquée en défense, qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans, conformément aux dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse, laquelle n'est pas au nombre des dérogations permettant d'assurer rétroactivement la continuité de la carrière de Mme D ou de procéder à la régularisation de sa situation.

6. En dernier lieu, Mme D soutient qu'elle fait l'objet d'une sanction déguisée en ce que la décision de cesser le versement de l'indemnité compensatrice a été prise pour la première fois le 5 janvier 2023, seulement deux jours après l'entretien individuel auquel elle a été convoquée, au cours duquel un comportement inadapté envers une patiente lui a été reproché. L'établissement fait valoir en défense que cette décision ne fait pas suite à l'entretien du 3 janvier mais au déploiement du nouveau logiciel de gestion des ressources humaines, conduisant à un accroissement des contrôles de paies et à une fiabilisation des processus, la trésorerie principale refusant le paiement de l'indemnité compensatrice car dépourvue de base légale. Dans ces conditions, la décision attaquée, prise sans aucune intention punitive, ne saurait constituer une sanction déguisée. Par suite le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est seulement fondée à soutenir que la décision attaquée, qui met fin au versement de l'indemnité compensatrice à compter du 1er janvier 2023 comporte un effet rétroactif illégal et à en demander l'annulation dans cette mesure.

Sur les dépens et frais liés au litige :

8. D'une part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par l'Hôpital du Gier sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

9. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande l'Hôpital du Gier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Hôpital du Gier le versement à Mme D d'une somme de 1500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : La décision du 20 avril 2023 mettant fin au versement de l'indemnité compensatrice est annulée dans la seule mesure où elle comporte un effet rétroactif au 1er janvier 2023.

Article 2 : L'Hôpital du Gier versera la somme de 1 500 euros à Mme D au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par l'Hôpital du Gier sur le fondement des articles R. 761-1 et L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à l'Hôpital du Gier.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Viallet conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLa présidente,

P. Dèche

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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