mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2305174 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | METZGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 juin 2023, 15 janvier 2024 et 4 octobre 2024, l'association Les Amis du château de Montrond-les-Bains, représentée par Me Metzger, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 21 février 2023 par laquelle le conseil municipal de Montrond-les-Bains a approuvé la résiliation avec effet au 1er mars 2023 de l'ensemble des baux et conventions portant sur la location d'espaces compris dans le château de la commune dont elle bénéficiait, ensemble la décision du 25 avril 2023 du maire de la commune de Montrond-Les-Bains rejetant son recours gracieux contre cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Montrond-les-Bains la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie d'un intérêt à agir et que son président était régulièrement habilité pour ester en justice ;
- la délibération en litige a été adoptée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales qui prévoit qu'une note de synthèse soit adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal ;
- les conseillers municipaux n'ont pas reçu une information suffisante sur la date de prise d'effet de la mesure de résiliation ni sur les conséquences indemnitaires en résultant pour la commune ;
- la résiliation du bail ne peut être prononcée ni pour un motif d'intérêt général ni sur le fondement de la précarité et du caractère révocable des autorisations d'occupation du domaine public dès lors que les espaces mis à sa disposition ne sont pas des dépendances du domaine public communal ;
- il n'existe aucun motif d'intérêt général susceptible de justifier cette résiliation ;
- la délibération en litige est entachée d'un détournement de pouvoir et constitue une sanction déguisée à son encontre.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 août 2023 et 2 avril 2024, la Commune de Montrond-les-Bains, représentée par Me Salen, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association Les Amis du château de Montrond-les-Bains la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'habilitation régulière du président de l'association pour ester en justice contre la délibération attaquée ;
- l'information délivrée aux conseillers municipaux est suffisante ;
- les espaces mis à la disposition de l'association et situés dans l'enceinte du château appartiennent au domaine public de la commune ;
- la décision de résiliation du bail est justifiée par plusieurs motifs d'intérêt général et ne constitue pas une sanction déguisée à l'encontre de l'association.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duca, première conseillère,
- les conclusions de Mme Tocut, rapporteur publique,
- et les observations de Me Metzger représentant l'association Les Amis du Château de Montrond-les-Bains et de Me Salen, représentant la commune de Montrond-les-Bains.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Les Amis du Château de Montrond-les-Bains a, par acte notarié du 22 novembre 1984, cédé le château dont elle était propriétaire à la commune de Montrond-les-Bains. Cette cession s'est accompagnée de la conclusion, le même jour, d'un contrat de bail de longue durée autorisant l'association à occuper les vestiges du château. Un nouveau contrat de bail portant sur des bâtiments situés à droite de l'entrée du château a été conclu le 7 mai 2002 pour une durée de neuf ans, tacitement reconductible par périodes quinquennales. Par délibération du 21 février 2023, le conseil municipal de Montrond-les-Bains a approuvé la résiliation de l'ensemble des baux et conventions signés avec l'association. Le recours gracieux formé par l'association contre cette délibération a été rejeté par le maire de la commune le 25 avril 2023. L'association les Amis du château de Montrond-les-Bains demande au tribunal d'annuler cette délibération ainsi que la décision du maire rejetant son recours gracieux.
Sur l'office du juge :
2. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. La demande de l'association les Amis du château de Montrond-les-Bains doit être regardée, à titre principal, comme contestant la validité de la résiliation du bail du 7 mai 2002 et tendant à la reprise des relations contractuelles.
3. Lorsqu'il est saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles et qu'il constate que cette mesure est entachée de vices, il incombe au juge du contrat de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité. Dans l'hypothèse où il fait droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il peut également décider, si des conclusions sont formulées en ce sens, que le requérant a droit à l'indemnisation du préjudice que lui a, le cas échéant, causé la résiliation, notamment du fait de la non-exécution du contrat entre la date de sa résiliation et la date fixée pour la reprise des relations contractuelles.
4. Pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise des relations contractuelles, le juge du contrat doit apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général et, eu égard à la nature du contrat en cause, aux droits du titulaire d'un nouveau contrat dont la conclusion aurait été rendue nécessaire par la résiliation litigieuse.
Sur la décision de résiliation et la reprise des relations contractuelles :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".
6. Il résulte de ces dispositions que dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres de ce conseil, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose toutefois pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de la solliciter, conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
7. Il résulte de l'instruction que la commune de Montrond-les-Bains a transmis aux conseillers municipaux une note de synthèse reprenant, en son point XII intitulé " Résiliation pour motifs d'intérêt général des baux et locations passées entre la commune et l'association des Amis du château et portant sur l'occupation du château de la commune (annexes) ", les motifs de la résiliation. Il résulte également de l'instruction que les observations écrites de l'association ont été jointes à cette de note de synthèse, observations dans lesquelles l'association contestait cette résiliation et mentionnait, en tout état de cause, son droit à indemnisation évalué à hauteur de 20 700 euros. Par ailleurs, et alors que la délibération en litige est rendue exécutoire dès sa transmission à l'autorité préfectorale et sa notification à l'association, il n'est pas démontré que l'absence d'information sur la date de prise d'effet de la résiliation aurait exercé une influence sur le sens de la décision ou aurait privé les élus municipaux d'une garantie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales et du défaut d'information des élus doivent être écartés.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".
9. L'association Les Amis du château de Montrond-les-Bains soutient que les espaces que la commune a mis à sa disposition dans l'enceinte du château ne sont ni affectés à l'usage direct du public ni affectés au service public, mais lui servent de lieu de stockage, d'atelier ou de local administratif et que, s'agissant de la salle Jehan Gallet, elle n'est régulièrement louée qu'à des particuliers pour des évènements familiaux. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'acquisition du château de Montrond-les-Bains, la commune de Montrond-les-Bains a effectué d'importants travaux de rénovation du château et réalisé des aménagements muséographiques dans une perspective de développement touristique. Le château, qui est ouvert au public et au sein duquel sont organisés des visites et des évènements tels que la fête médiévale, est ainsi affecté à un service public de développement touristique. Or, contrairement à ce que soutient l'association requérante, les espaces concernés, qui sont situés dans l'enceinte même du château et accessibles par une entrée unique commune avec le château, ne peuvent en l'espèce être regardés comme dissociables du reste du château. Il s'ensuit que l'association n'est pas fondée à soutenir que lesdits espaces ne constituent pas des dépendances du domaine public communal.
10. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la délibération en litige aurait été prise dans le seul but d'infliger une sanction déguisée à l'association Les Amis du château de Montrond-les-Bains compte tenu du conflit portant sur l'organisation de la fête médiévale qui oppose les parties. Dès lors, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 2122-7 du code général de la propriété des personnes publiques : " En cas d'inobservation de ses clauses et conditions ou pour un motif d'intérêt général, il peut être mis fin à l'autorisation d'occupation ou d'utilisation temporaire du domaine public par les autorités compétentes mentionnées aux articles R. 2122-4 et R. 2122-5. "
12. L'association Les Amis du château de Montrond-les-Bains soutient que la mesure de résiliation n'est pas fondée et qu'aucun motif d'intérêt général n'est susceptible de justifier cette résiliation. Il résulte toutefois des termes de la délibération du conseil municipal de la commune de Montrond-Les-Bains du 21 février 2023 que la commune s'est fondée, pour prendre la mesure de résiliation contestée, sur les motifs tirés d'une part, des difficultés dans le fonctionnement de l'équipement depuis plusieurs années, notamment en matière de conservation des différents espaces, et d'une mise en valeur du château qui n'était pas optimale et d'autre part, de la nécessité d'un usage prioritaire des espaces du château, notamment de la salle Jehan Gallet et ses dépendances, pour la réception des groupes et enfin, des enjeux financiers et juridiques liés à la sous-location irrégulière d'une partie des espaces à des tiers. Dans ces conditions, la commune de Montrond-Les-Bains justifie d'un objectif d'intérêt général tiré de l'amélioration de la valorisation du château dans le cadre de son offre touristique de nature à justifier la mesure de résiliation de la convention avant son échéance. Par suite, le moyen tiré de ce que la commune de Montrond-Les-Bains ne justifie pas d'un motif d'intérêt général pour procéder à la résiliation de la convention doit être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, en l'absence d'illégalité de la décision de résiliation de la convention en litige, que l'association Les Amis du château de Montrond-les-Bains n'est pas fondée à demander la reprise des relations contractuelles à la suite de la résiliation de la convention l'autorisant à occuper une dépendance du domaine public communal conclue le 7 mai 2002 avec la commune de Montrond-Les-Bains.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la requérante sur leur fondement et dirigées contre la commune de Montrond-les-Bains, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions par la commune de Montrond-les-Bains.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Les Amis du château de Montrond-les-Bains est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Montrond-les-Bains tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Association Les Amis du château de Montrond-les-Bains et à la Commune de Montrond-les-Bains.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Duca, première conseillère,
Mme Gros, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
A. Duca
Le président,
M. Clément
La greffière,
A. Calmès
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026