mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2305235 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête enregistrée le 25 juin 2023 sous le n° 2305235, et un mémoire complémentaire enregistré le 28 juin 2023, M. E F, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 19 juin 2023 par lesquelles le préfet de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination de son éloignement et l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et de lui délivrer, dans l'attente du résultat de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros hors taxes au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour la SCP Couderc-Zouine de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
M. F soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;
- cette décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- cette décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort en situation de compétence liée ;
- elle est entachée de contradiction, le préfet accordant à la fois un délai de départ volontaire de trente jours et le refusant ; le retrait du délai de départ volontaire ne peut être prononcés que pour des faits postérieurs à la notification de la décision ayant accordé ce délai ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux garanties de représentation présentées par la famille ;
- la décision fixant le pays de destination viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des autres décisions ;
- la fréquence de pointage est excessive ;
- l'assignation à résidence est illégale, le délai de départ volontaire qui lui avait été accordé n'ayant pas expiré.
II- Par une requête enregistrée le 25 juin 2023 sous le n° 2305236, et un mémoire complémentaire enregistré le 28 juin 2023, Mme A D épouse F, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 19 juin 2023 par lesquelles le préfet de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination de son éloignement et l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et de lui délivrer, dans l'attente du résultat de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros hors taxes au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour la SCP Couderc-Zouine de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Mme F soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;
- cette décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- cette décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort en situation de compétence liée ;
- elle est entachée de contradiction, le préfet accordant à la fois un délai de départ volontaire de trente jours et le refusant ; le retrait du délai de départ volontaire ne peut être prononcés que pour des faits postérieurs à la notification de la décision ayant accordé ce délai ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux garanties de représentation présentées par la famille ;
- la décision fixant le pays de destination viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des autres décisions ;
- la fréquence de pointage est excessive ;
- l'assignation à résidence est illégale, le délai de départ volontaire qui lui avait été accordé n'ayant pas expiré.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2023, le préfet de l'Ardèche conclut à la jonction des deux requêtes et à leur rejet.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les époux F n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Arnould pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 29 juin 2023, au cours de laquelle, après le rapport de l'affaire, ont été entendues les observations de Me Lulé, avocat de M. et de Mme F, qui concluent aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens ; ils soutiennent en outre que le caractère contradictoire des termes de la décision relative au délai de départ volontaire révèle un défaut d'examen de leurs cas.
Les requérants n'étaient pas présents à l'audience, à laquelle le préfet de l'Ardèche n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme F, ressortissants arméniens nés en 1960 et en 1963, déclarent être entrés en France en 2015, accompagnés de leur fille mineure. Ils ont déposé des demandes d'asile, qui ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 5 octobre 2016. Par des décisions du 8 décembre 2016, le préfet de l'Ardèche leur a alors refusé la délivrance d'un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 20 février 2017, le tribunal administratif de Lyon a rejeté les requêtes formées par les intéressés contre ces décisions. Entretemps, les époux F ont demandé le réexamen de leur situation par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a rejeté ces demandes, et la Cour national du droit d'asile a rejeté les nouveaux recours dont les intéressés l'avaient saisi le 27 juillet 2017. Par des décisions du 12 avril 2018, le préfet de l'Ardèche leur a une nouvelle fois fait obligation de quitter le territoire français, cette fois sans délai. Le tribunal administratif de Lyon a rejeté les requêtes tendant à l'annulation de ces mesures par un jugement rendu le 20 avril 2018. Le 27 février 2023, les époux F ont saisi le préfet de l'Ardèche de demandes de délivrance de titres de séjour. Par des décisions du 19 juin 2023, le préfet leur a opposé un refus, leur a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de leur accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de leur éloignement et les a assignés à résidence. Les époux F demandent au tribunal d'annuler ces mesures.
2. Les requêtes de M. et de Mme F concernent la situation d'un même couple d'étranger et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer sur celles-ci par un seul jugement
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. et Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions dirigées contre les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. Il n'appartient pas au magistrat désigné pour statuer sur le fondement de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de connaître des conclusions dirigées contre une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Les conclusions des requêtes dirigées les décisions du 19 juin 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour aux époux F doivent dès lors être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des autres décisions :
En ce qui concerne la compétence du signataire des décisions :
5. Les décisions attaquées ont été signées par M. B, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de l'Ardèche, qui a reçu délégation du préfet de ce département pour signer de tels actes par un arrêté du 25 août 2022, publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire ne peut dès lors être accueilli.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () "..
En ce qui concerne l'exception d'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour :
7. En premier lieu, les décisions attaquées rappellent que les époux F sont entrés irrégulièrement en France en 2015 pour y solliciter l'asile, dont le bénéfice leur a été refusé, qu'ils ont fait l'objet de deux mesures d'éloignement à l'exécution desquelles ils se sont soustraits, exposent qu'ils ont une fille majeure qui réside régulièrement en France, ont des activités bénévoles et que M. F présente une promesse d'embauche. Il ressort de cette motivation des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui n'avaient pas à entrer plus en détail dans le parcours et la vie des époux F, que ces décisions ont été prises après un examen de leurs situations personnelles.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Les époux F sont entrés en France il y a près de huit ans, accompagnés de leur fille qui est aujourd'hui titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Ils justifient avoir noué des liens amicaux en France, et sont tous les deux bénévoles au sein de l'association " Esprits Libres ". En mai 2021, une entreprise de déménagement a promis d'embaucher M. F. Toutefois, cette promesse d'embauche est caduque depuis le 3 juin 2021. Si l'association " Esprits Libres " s'est engagée le 24 juin 2023 à embaucher M. F, sous réserve d'une autorisation de travail, cette promesse est postérieure aux décisions attaquées. Les requérants, qui sont tous les deux en situation irrégulière, sont ainsi dépourvus de moyens de subsistance en France. En outre, ils ont vécu l'essentiel de leurs vies en Arménie, pays dont ils ont la nationalité et où résident leurs parents, leurs frères, ainsi que la sœur de Mme F. Enfin, il ne ressort pas du certificat médical produits par les requérants, établi postérieurement aux décisions attaquées et pour les besoins de la cause, que la présence de la fille des requérants auprès d'eux serait rendue indispensable par l'état de santé de M. F, qui souffre de troubles de l'audition et de difficulté de l'apprentissage du français et d'adaptation aux situations nouvelles. Dans ces circonstances, en refusant de leur délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Ardèche n'a ni porté une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale, contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation. Les époux F ne sont dès lors pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne les autres moyens :
10. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français violeraient l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation, ne peuvent être accueillis.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
11. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ". Aux termes de l'article L. 612-5 du même code : " L'autorité administrative peut mettre fin au délai de départ volontaire accordé en application de l'article L. 612-1 si un motif de refus de ce délai apparaît postérieurement à la notification de la décision relative à ce délai ".
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les époux F ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance de titres de séjours et obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions relatives au délai de départ volontaire.
13. En deuxième lieu, les intitulés des décisions attaquées indiquent qu'elles portent " obligation de quitter le territoire français sans délai " et les fiches de notification les accompagnant confirment qu'elles portent " obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ". Les motifs de ces décisions relèvent en outre qu'il existe un risque que les époux F se soustraient aux mesures d'éloignement prises à leur encontre, puisqu'ils se sont soustraits à deux précédentes mesures d'éloignement, et vise le 3° de l'article L. 612-2 et le 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Ardèche a ainsi clairement refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire aux requérants. Bien que profondément regrettable, la mention dans l'article 2 des décisions attaquées d'un délai de départ volontaire de trente jours, qui résulte d'une erreur de plume, est sans incidence sur la légalité des refus d'octroyer un tel délai. Cette erreur, si elle traduit un manque de soin dans la rédaction des décisions attaquées, n'établit nullement que celles-ci auraient été prises sans examen de leurs situations personnelles. Par ailleurs, le préfet de l'Ardèche n'ayant pas entendu octroyer un délai de départ volontaire aux requérants, ceux-ci ne peuvent utilement soutenir que l'article L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permet le retrait d'un tel délai qu'au vu de faits postérieurs à la notification de la décision relative à ce délai.
14. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Ardèche se serait à tort cru tenu de refuser un délai de départ volontaire aux époux F. Par ailleurs, si les requérants justifient à Aubenas d'une adresse stable où ils résident avec leur fille majeure, ils se sont soustraits à l'exécution des obligations de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet le 8 décembre 2016 et le 12 avril 2018. C'est dès lors sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Ardèche a estimé qu'ils présentaient un risque de nouvelle soustraction aux mesures d'éloignement prises à leur encontre le 19 juin 2023, et a refusé de leur accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Ce dernier texte stipule que " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
16. Les époux F soutiennent qu'ils seraient menacés par un groupe mafieux en cas de retour en Arménie, le frère de M. F étant mort sous la torture alors qu'il était interrogé par des membres de ce groupe cherchant à obtenir des informations sur leur localisation. Toutefois, alors que les demandes d'asile des requérants ont été rejetées, ceux-ci ne produisent aucune pièce tendant à prouver le bien-fondé des craintes dont ils font état, qu'ils décrivent dans les termes les plus vagues. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut dès lors être accueilli.
En ce qui concerne les assignations à résidence :
17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". ;
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les époux F ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire à l'encontre des assignations à résidence dont ils font l'objet.
19. En deuxième lieu, le préfet de l'Ardèche leur ayant refusé un délai de départ volontaire, les époux F ne peuvent soutenir que ce délai n'aurait pas expiré.
20. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés () ".
21. Les requérants font valoir que l'obligation de présentation cinq fois par semaine au commissariat de police d'Aubenas, du lundi au vendredi à 8h du matin, qui est mise à leur charge par les décisions les assignant à résidence, aurait un caractère excessif. Toutefois, alors qu'ils résident dans la même commune, les requérants ne font état d'aucun problème de mobilité, ni d'aucun motif d'indisponibilité aux jours et heures où ils sont astreints à se présenter au commissariat. Eu égard au fait qu'il se sont antérieurement soustraits à l'exécution de deux mesures d'éloignement, la fréquence de présentation qui leur est imposée n'a pas un caractère disproportionné.
22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions des requêtes à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. et Mme F doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme F sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions des requêtes tendant à l'annulation des décisions du 19 juin 2023 par lesquelles le préfet de l'Ardèche a refusé de délivrer des titres de séjour aux époux F, sont renvoyées devant une formation de jugement collégiale du tribunal.
Article 3 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à Mme A D épouse F, et au préfet de l'Ardèche.
Copie en sera adressée à la SCP Couderc-Zouine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
Le magistrat désigné,
J. Arnould,
Premier conseiller
Le greffier,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Nos 2305235 et 2305236
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026