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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2305268

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305268

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juin 2023 et des pièces complémentaires reçues le 23 mai 2024 et le 17 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 avril 2023 par laquelle la préfète de l'Ain a rejeté son recours gracieux contre la décision du 26 janvier 2023 refusant de faire droit à sa demande de regroupement familial présentée pour le compte de son fils mineur, C A ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de faire droit à sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle satisfait les conditions tenant à l'existence d'un logement adapté ainsi qu'au respect des principes essentiels régissant la vie familiale en France ;

- le montant mensuel moyen de ses revenus pour la période de référence est supérieur à 1 000 euros et sa rémunération est en évolution constante, atteignant en janvier 2023 1 206,46 euros ;

- elle bénéficie d'un contrat à durée indéterminée depuis le 26 avril 2023 au titre duquel elle perçoit une rémunération mensuelle nette de 1 609,76 euros ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 et de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2024 par une ordonnance du 18 juillet précédent.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2022-1608 du 22 décembre 2022 portant relèvement du salaire minimum de croissance ;

- le décret n° 2023-1216 du 20 décembre 2023 portant relèvement du salaire minimum de croissance ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu le rapport de Mme Pouyet au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 7 novembre 1981, de nationalité sénégalaise, est titulaire d'un titre de séjour valable du 30 juillet 2021 au 29 juillet 2023. Le 12 avril 2022, elle a présenté une demande de regroupement familial pour le compte de son fils mineur, C A, qui a été rejetée par une décision de la préfète de l'Ain du 26 janvier 2023. Par une décision du 25 avril 2023, la préfète de l'Ain a rejeté le recours gracieux formé par l'intéressée contre cette décision. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision du 25 avril 2023.

Sur les conclusions relatives à l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. " En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu d'admettre Mme A, qui n'a pas formulé de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'étendue du litige :

3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

4. Il s'ensuit que les conclusions de Mme A dirigées contre la seule décision de rejet de son recours gracieux doivent être regardées comme également dirigées contre la décision du 26 janvier 2023 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial présentée pour le compte de son fils mineur.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / () 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Selon l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " L'article L. 434-8 précise que : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième ". En application de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le caractère suffisant des ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour la préfète de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de sa demande.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a déclaré vivre seule avec sa fille, n'a exercé d'activité professionnelle qu'à compter de la conclusion, le 11 août 2021, d'un contrat à durée déterminée à temps partiel pour l'exercice de fonctions d'auxiliaire de vie, et qu'elle a perçu, au cours des douze mois précédant sa demande du 12 avril 2022, un salaire mensuel net moyen inférieur au salaire minimum de croissance. Si, postérieurement à sa demande, ses revenus ont évolué favorablement, leur moyenne mensuelle entre mai 2022 et janvier 2023 atteignait 1 167,8 euros, et demeurait ainsi inférieure au salaire minimum de croissance, dont la moyenne pour cette même période était de 1 322,9 euros. Enfin, si la conclusion d'un nouveau contrat à durée déterminée s'est accompagnée d'une nouvelle hausse de ses revenus, celle-ci est postérieure à la décision attaquée. Dans ces conditions, à la date de cette décision, les ressources de la requérante n'atteignaient pas la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours des douze derniers mois précédant la demande de la requérante. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, la préfète est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit du demandeur de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou lorsqu'il est porté atteinte à l'intérêt supérieur d'un enfant tel que protégé par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

10. Si Mme A soutient que la décision attaquée la contraint à être séparée de son fils, elle n'explique pas la raison pour laquelle, elle a, cependant, choisi de ne pas emmener ce dernier avec elle lorsqu'elle s'est installée sur le territoire français en 2018. Alors qu'elle est ainsi demeurée séparée de son fils pendant cinq années, elle ne démontre aucunement avoir conservé des liens avec lui, et n'établit nullement avoir contribué à son entretien pendant cette période. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Ain, en refusant le bénéfice du regroupement familial pour son fils, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et compte tenu de la circonstance que son fils était âgé de 16 ans à la date de la décision attaquée, elle n'est pas fondée à soutenir que cette décision méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 de la même convention : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant ".

12. Les stipulations de l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Mme A ne peut donc utilement se prévaloir de ces stipulations.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de l'Ain du 26 juin 2023, ensemble la décision rejetant son recours gracieux. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de ces décisions ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que le conseil de Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Viallet, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

C. Pouyet

La présidente,

P. Dèche

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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