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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2305603

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305603

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet 2023 et 17 octobre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2022 du préfet du Rhône en tant qu'elle refuse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 150 euros par jours de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter du jugement, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit à défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au pouvoir de régularisation de l'autorité préfectorale.

La clôture de l'instruction a été fixée au 18 octobre 2024 par une ordonnance du 18 septembre 2024.

La préfète du Rhône a produit un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme de Tonnac, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 6 mai 2002, est entré en France le 14 mars 2016 pour rejoindre ses parents et son frère, entrés sur le territoire le 28 janvier 2016. Le 29 novembre 2021, il a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 13 septembre 2022, le préfet du Rhône a refusé de délivrer à M. A un titre séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais lui a délivré un titre de séjour portant la mention " étudiant " d'une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle refuse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité, par un courrier du 29 novembre 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1. Par la décision attaquée du 13 septembre 2022, le préfet du Rhône a rejeté cette demande au motif que sa " situation ne répond pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant (son) admission au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" au titre de l'article L. 313-14 " dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, le préfet du Rhône n'a pas indiqué les motifs du rejet de sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2022 du préfet du Rhône en tant qu'elle refuse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Aux termes de l'article L. 911-2 de ce code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

5. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et qu'elle lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Le requérant a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Paquet, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 septembre 2022 du préfet du Rhône est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à Me Paquet une somme de 1 200 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Paquet et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

La rapporteure,

A. de Tonnac

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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