vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2305617 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2023 à 22h31, M. A B, représenté par Me Lourghi, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 20 décembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Ardèche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; dans l'attente, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail dans un délai de 2 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- l'ensemble des éléments n'ont pas été examinés de manière complète pour apprécier sa situation réelle sur le territoire ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision sera annulée compte tenu de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
- elle souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision sera annulée compte tenu de l'annulation de la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 août 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 modifié entre le gouvernement de la république française et le gouvernement de la république de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme Lacroix pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité de la requête, laquelle a été introduite postérieurement à l''expiration du délai de trente jours prévu par les dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les observations de Me Hmaida substituant Me Lourghi, pour M. B, qui soutient en outre que la requête est recevable dès lors que la demande d'aide juridictionnelle a été déposée, non le 27 janvier 2023, mais le 24 janvier 2023, comme en l'atteste la transmission par télécopie produite ;
- les observations de Me Tomasi, pour le préfet de l'Ardèche, qui, en réponse au moyen relevé d'office, soutient, à titre principal que la requête est tardive, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- en présence de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 25 août 1999, déclare être entré en France le 23 juillet 2019. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté du 20 décembre 2022, le préfet de l'Ardèche a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. A la suite de son interpellation et de la vérification de son droit au séjour en France, le préfet de l'Ardèche, par un arrêté du 7 septembre 2023, notifié le même jour à 15h30, a décidé de son placement en rétention administrative.
Sur la recevabilité de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 visé ci-dessus : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné.() ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 20 décembre 2022, lequel fait mention des voies et délais de recours applicable, a été notifié par lettre recommandée avec accusé de réception à M. B qui en a accusé réception le 24 décembre 2022. Dans ses écritures, le requérant indique avoir formé une demande d'aide juridictionnelle le 27 janvier 2023. Il s'agit également de la date de dépôt qui apparaît sur la décision d'admission du bureau d'aide juridictionnelle produite du 7 août 2023. Toutefois, le rapport de transmission de la télécopie produit à l'instance établi que la demande a été déposée au bureau d'aide juridictionnelle par télécopie le 24 janvier 2023. Par suite, la requête de M. B, présentée le 3 juillet 2023, n'est pas tardive.
Sur l'étendue du litige :
5. Il résulte des dispositions des articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative qu'il y a seulement lieu pour le magistrat désigné de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 20 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour du même jour demeurant de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif. Par suite, ces dernières conclusions, ainsi que les conclusions accessoires y afférentes, doivent être réservées jusqu'en fin d'instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour :
6. Compte tenu des écritures du requérant, il y a lieu de considérer que M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour.
7. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle de M. B.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 visé ci-dessus : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en
France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié ". / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
9. Si M. B soutient qu'il doit bénéficier d'un titre de séjour de dix ans dès lors qu'il est présent en France depuis quatre années, il est constant, ainsi que l'oppose le préfet en défense, qu'il n'est pas entré en France en possession d'un visa de long séjour, lequel est exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni ne séjourne en situation régulière sur le territoire français. M. B n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3 de l'accord du 17 mars 1988 doit être écarté.
10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré selon ses déclarations le 23 juillet 2019, s'est marié le 8 janvier 2022 avec une ressortissante française, par ailleurs mère de deux enfants nés en 2005 et 2013. Il produit un document du centre de la reproduction du 19 mai 2023, duquel il ressort que le couple s'est engagé d'un processus d'aide à la procréation par fécondation in vitro. Toutefois, aucune pièce du dossier ne permet d'attester d'une union maritale précédant le mariage, lequel, à la date de la décision attaquée du 20 décembre 2022, était encore très récent. Par ailleurs, si M. B produit plusieurs bulletins de salaire en qualité d'ouvrier agricole, saisonnier viticole et employé d'entretien et petits travaux sur les périodes de novembre 2021, avril, mai, juillet et août 2022, ces éléments ne suffisent à caractériser une particulière intégration, notamment par le travail, dans la société française. M. B, entré selon ses déclarations, à l'âge de vingt ans, n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident, selon la décision attaquée non contestée sur ce point, ses parents. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, la décision lui refusant le séjour en France n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. M. B n'est ainsi pas fondé à soutenir que cette décision méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il en est de même s'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour doit être écarté.
S'agissant des autres moyens :
12. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle de M. B.
13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, les moyens tirés de ce que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'annulation de la décision fixant le pays de destination, par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
15. Si M. B soutient avoir quitter son pays d'origine depuis de nombreuses années et disposer d'une vie privée et familiale en France, ces éléments ne sont pas de nature à établir que la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation des décisions du 20 décembre 2022, par lesquelles le préfet de l'Ardèche a fait obligation de quitter le territoire français à M. B et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : Les conclusions présentées à fin d'annulation de la décision du 20 décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Ardèche a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, ainsi que les conclusions accessoires y afférentes, sont réservées jusqu'en fin d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Ardèche.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 septembre 2023.
La magistrat désignée
A. LacroixLe greffier,
T. Clement
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026