mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2306007 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ROUSSOT-LOISIER-RAYNAUD DE CHALONGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2023 et le 29 janvier 2025, Mme C D, représentée par Me Carle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à la commune de Saint-Laurent-sur-Saône de procéder, à sa charge, à la fourniture et à la pose de la dalle détruite sur l'ouvrage funéraire de la famille B, conformément aux caractéristiques exposées dans le devis établi par l'entreprise de pompes funèbres Guittat, dans un délai d'un mois sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de condamner la commune de Saint-Laurent-sur-Saône à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral subi ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Laurent-sur-Saône la somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le 2 juin 2021, elle a constaté la disparition des monuments et des dalles recouvrant les caveaux funéraires rattachés aux concessions des consorts A et B, dont elle est membre de la famille et ayant-droit ;
- en procédant à la destruction des monuments funéraires, la commune de Saint-Laurent-sur-Saône a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- l'inertie fautive de la commune depuis la survenance de l'incident est de nature à engager sa responsabilité ;
- des interrogations subsistent quant au sort des restes des mortels, et en cas d'exhumation fautive, la commune engage sa responsabilité ;
- la destruction fautive des monuments funéraires est à l'origine d'un préjudice matériel ; si la commune a, postérieurement à l'introduction de la requête, fait reconstruire les monuments funéraires, il y a lieu d'enjoindre à la commune de procéder à sa charge à la fourniture et à la pose de la dalle détruite sur l'ouvrage funéraire conformément aux caractéristiques exposées dans le devis établi par l'entreprise de pompes funèbres Guittat ;
- elle a subi un préjudice moral évalué à la somme de 10 000 euros.
Par une lettre du 29 janvier 2025, le tribunal a informé les parties qu'il est susceptible de surseoir à statuer afin de renvoyer au Tribunal des conflits le soin de décider quel ordre de juridiction est compétent pour connaître de l'action en réparation des dommages résultant de la destruction des monuments funéraires intentée par Mme D.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2025, la commune de Saint-Laurent-sur-Saône, représentée par Me Magali Raynaud de Chalonge, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la commune ne conteste pas le principe de sa responsabilité ;
- s'agissant du préjudice matériel, la commune a depuis procédé à la reconstruction des monuments funéraires litigieux en accord avec Mme D de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer ;
- l'indemnisation du préjudice moral doit être limitée à la somme de 1 500 euros ;
- il est équitable de juger que chaque partie conserve la charge de ses frais de défense et de ses dépens.
La clôture automatique de l'instruction est intervenue le 31 janvier 2025, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
La commune de Saint-Laurent-sur-Saône a produit un second mémoire en défense enregistré le 3 février 2025 postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure,
- les conclusions de Mme Gros, rapporteure publique,
- les observations de Me Carle, représentant Mme E A et celles de Me Flandin, représentant la commune de Saint-Laurent-sur-Saône.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 juin 2021, en se rendant au cimetière municipal de la commune de Saint-Laurent-sur-Saône, Mme D a constaté la disparition des deux monuments funéraires et des dalles de béton recouvrant les concessions perpétuelles appartenant à sa famille. Par sa requête, Mme D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'enjoindre à la commune de Saint-Laurent-sur-Saône de procéder, à sa charge, à la fourniture et à la pose de la dalle détruite sur l'ouvrage funéraire de la famille B, conformément aux caractéristiques exposées dans le devis établi par l'entreprise de pompes funèbres Guittat, et de condamner la commune à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral subi à raison des fautes commises.
Sur la compétence de la juridiction administrative s'agissant de l'action en réparation des dommages résultant de la destruction des monuments funéraires :
2. Aux termes de l'article R.771-1 du code de justice administrative : " Les difficultés de compétence entre la juridiction administrative et la juridiction judiciaire sont réglées par le Tribunal des conflits conformément aux dispositions de la loi du 24 mai 1872 relative au Tribunal des conflits et du décret n° 2015-233 du 27 février 2015. " Aux termes de l'article 32 du décret du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles : " () Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif a, par une décision qui n'est plus susceptible de recours, décliné la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, toute juridiction de l'autre ordre, saisie du même litige, si elle estime que le litige ressortit à l'ordre de juridiction primitivement saisi, doit, par une décision motivée qui n'est susceptible d'aucun recours même en cassation, renvoyer au Tribunal des conflits le soin de décider sur la question de compétence ainsi soulevée et surseoir à toute procédure jusqu'à la décision du tribunal. ".
3. Aux termes de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales : " Le maire assure la police des funérailles et des cimetières ". Aux termes de l'article L. 2223-13 de ce code : " Lorsque l'étendue des cimetières le permet, il peut être concédé des terrains aux personnes qui désirent y fonder leur sépulture et celle de leurs enfants ou successeurs. Les bénéficiaires de la concession peuvent construire sur ces terrains des caveaux, monuments et tombeaux () ". L'article L. 2223-14 de ce code prévoit : " Les communes peuvent, sans toutefois être tenues d'instituer l'ensemble des catégories ci-après énumérées, accorder dans leurs cimetières : / () 4° Des concessions perpétuelles ". Aux termes de l'article L. 2223-17 de ce code dans sa version applicable : " Lorsque, après une période de trente ans, une concession a cessé d'être entretenue, le maire peut constater cet état d'abandon par procès-verbal porté à la connaissance du public et des familles. Si, trois ans après cette publicité régulièrement effectuée, la concession est toujours en état d'abandon, le maire a la faculté de saisir le conseil municipal, qui est appelé à décider si la reprise de la concession est prononcée ou non. Dans l'affirmative, le maire peut prendre un arrêté prononçant la reprise par la commune des terrains affectés à cette concession. ". Et aux termes de l'article R. 2223-20 du même code : " Trente jours après la publication et la notification de l'arrêté, le maire peut faire enlever les matériaux des monuments et emblèmes funéraires restés sur la concession. Il fait procéder à l'exhumation des restes des personnes inhumées. Pour chaque concession, ces restes sont réunis dans un cercueil de dimensions appropriées ".
4. Sauf dispositions législatives contraires, la responsabilité qui peut incomber à l'Etat ou aux autres personnes morales de droit public en raison des dommages imputés à leurs services publics administratifs est soumise à un régime de droit public et relève en conséquence de la juridiction administrative. Cette compétence, qui découle du principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires posé par l'article 13 de la loi des 16-24 août 1790 et par le décret du 16 fructidor an III, ne vaut toutefois que sous réserve des matières dévolues à l'autorité judiciaire par des règles ou principes de valeur constitutionnelle. Dans le cas d'une décision administrative portant atteinte à la propriété privée, le juge administratif, compétent pour statuer sur le recours en annulation d'une telle décision et, le cas échéant, pour adresser des injonctions à l'administration, l'est également pour connaître de conclusions tendant à la réparation des conséquences dommageables de cette décision administrative, hormis le cas où elle aurait pour effet l'extinction du droit de propriété.
5. Il résulte de l'instruction que les monuments funéraires litigieux ont été enlevés par erreur, à l'occasion de travaux réalisés pour le compte de la commune de Saint-Laurent-sur-Saône, en exécution d'un arrêté municipal du 12 mai 2017 prononçant la reprise de terrains affectés à diverses concessions, parmi lesquelles ne figuraient pas les concessions des consorts A et B. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la commune aurait fait procéder à l'exhumation des restes des personnes inhumées. Par conséquent, ces concessions funéraires n'ont pas fait l'objet d'une reprise au sens des dispositions de l'article L. 2223-17 du code général des collectivités territoriales, et le droit réel immobilier que Mme D tirait de ces concessions ne s'est pas trouvé éteint par la destruction des monuments funéraires. En revanche, leur destruction a nécessairement emporté l'extinction du droit de propriété détenu par Mme D sur ces monuments funéraires.
6. Dans ces conditions et en l'état du dossier, il apparaît que la demande de l'intéressée tendant à la condamnation de la commune à réparer les conséquences résultant de la destruction de ces monuments funéraires ressortit à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.
7. Toutefois, par une ordonnance du 21 mars 2023, qui n'est plus susceptible d'aucun recours, le tribunal judiciaire de Lyon, primitivement saisi par Mme D, s'est déclaré incompétent pour statuer sur la demande présentée par l'intéressée tendant à la condamnation de la commune de Saint-Laurent-sur-Saône, et a renvoyé les parties à mieux se pourvoir devant le tribunal administratif de Lyon, au motif que " seul les monuments funéraires ont fait l'objet d'une destruction par suite d'une erreur, mais il n'y a eu ni reprise des concessions perpétuelles, ni exhumation. Il n'y a donc pas eu d'atteinte au droit réel immobilier découlant de la concession perpétuelle, mais seulement des dommages causés par l'activité de l'autorité administrative aux constructions édifiées sur la concession. "
8. Il convient dès lors, et par application des dispositions précitées de l'article 32 du décret du 27 février 2015, de renvoyer au Tribunal des conflits le soin de décider sur la question de compétence ainsi soulevée et de surseoir à toute procédure jusqu'à la décision de ce tribunal.
Sur les conclusions indemnitaires relatives à l'inertie fautive de la commune dans la réparation des dommages et celles relatives à la faute commise s'agissant de l'exhumation des restes des personnes inhumées :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'après avoir été alertée par Mme D dès le début du mois de juin 2021 sur la disparition des deux monuments funéraires et des dalles de béton recouvrant les concessions perpétuelles appartenant à sa famille, la commune a fait établir un devis par un marbrier le 23 juin 2021 afin de prendre à sa charge la reconstruction d'une tombe regroupant les deux détruites, pour un montant de 250 euros. Mme D a refusé ce devis qui ne portait que sur une seule dalle au lieu de deux, en béton et non en pierre. La commune a ensuite fait établir un second devis le 29 septembre 2021, portant sur la fourniture et la pose d'une dalle en pierre, d'une plaque en granit et des gravures sur plaque pour un montant de 970 euros, les travaux pouvant être réalisés dès le mois d'octobre 2021. Mme D s'est opposée à la reconstruction des monuments funéraires dans les conditions du devis précité, par courrier de son avocat du 6 octobre 2021, sollicitant une reconstruction au plus proche des édifices détruits en présentant un devis d'un montant de 21 900 euros. Dans ces conditions, et alors que la commune a rapidement manifesté son accord sur le principe d'une reconstruction et a proposé des solutions en ce sens, Mme D n'est pas fondée à reprocher à la commune de Saint-Laurent-sur-Saône une inertie fautive de nature à engager sa responsabilité.
10. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la commune aurait procédé à l'exhumation des restes des personnes inhumées, le maire affirmant dans son courrier adressé le 8 octobre 2021 à Mme D que seuls les monuments avaient été retirés. Par suite, aucune faute de nature à engager la responsabilité de la commune n'est établie sur ce point.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander la réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi à raison des faits exposés aux points 9 et 10.
DECIDE :
Article 1er : L'affaire est renvoyée au Tribunal des conflits en tant qu'elle concerne l'action en réparation des dommages résultant de la destruction des monuments funéraires.
Article 2 : Il est sursis à statuer sur les conclusions de la requête de Mme D jusqu'à ce que le Tribunal des conflits ait tranché la question de l'ordre de juridiction compétent pour connaître de l'action en réparation des dommages résultant de la destruction des monuments funéraires.
Article 3 : Les conclusions de Mme D tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont réservées jusqu'à la fin de l'instance.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la commune de Saint-Laurent-sur-Saône. Le dossier de la présente instance sera transmis au secrétaire du Tribunal des conflits.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Duca, première conseillère,
Mme Viallet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025
La rapporteure,
M-L. VialletLe président,
M. Clément
Le greffier,
J. Billot
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026