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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2306040

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306040

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023 sous le numéro 2306040, Mme B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Elle soutient que :

- elle n'a reçu notification de la décision du 14 juin 2023, envoyée à son ancienne adresse, que le 12 juillet 2023 ;

- inscrite en licence 3 " responsable projet communication " après l'obtention d'un BTS " support à l'action managériale " en 2022, elle souhaite bénéficier d'une mesure dérogatoire afin de pouvoir terminer ses études en France.

Par une ordonnance du 10 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2023.

Le mémoire produit le 19 janvier 2024 par la préfète du Rhône n'a pas été communiqué, en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

II. Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2023 sous le numéro 2308403, Mme B A, représentée par Me Fréry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut la mention " étudiante ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en l'absence d'examen particulier de sa situation, notamment de la réalité des études suivies, de sa réussite et de ses perspectives d'insertion professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, puisqu'elle justifie l'obtention d'un BTS, d'une inscription dans une formation " bachelor " et de la conclusion d'un contrat d'apprentissage, circonstances qui justifient qu'un titre de séjour lui soit accordé ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, puisqu'elle est inscrite dans une formation " bachelor " et a conclu un contrat d'apprentissage ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le seul maintien en situation irrégulière ne suffit pas à justifier une telle mesure, qui fait obstacle à la poursuite ou la reprise de ses études en France ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour de Mme A est réputée lui avoir été notifiée le 30 avril 2021 et qu'ainsi la requérante s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français ; en l'absence de production d'un nouveau visa de long séjour en France, elle ne peut utilement solliciter la délivrance d'un nouveau titre de séjour en qualité d'étudiante ;

- ni sa situation personnelle ni sa vie privée et familiale ne justifiaient une mesure dérogatoire ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Bénin, signée à Cotonou le 21 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Maubon,

- et les observations de Me Tronquet représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées présentées par Mme A sont dirigées contre la même décision. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. En premier lieu, l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel la préfète du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme A, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention franco-béninoise dont il est fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui indique le motif du refus de séjour opposé, permettant à l'intéressée d'en discuter utilement, et qui fait référence de manière précise et circonstanciée à sa situation personnelle, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait dès lors aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône, qui relève que l'intéressée a bénéficié d'un titre de séjour jusqu'en octobre 2020 puis a fait l'objet d'une décision de refus de renouvellement de son titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français en avril 2021, n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation personnelle de Mme A au regard des informations portées à sa connaissance. Si la préfète n'a pas explicité l'appréciation portée sur le sérieux des études de l'intéressée, il ressort des termes de la décision contestée qu'elle n'est pas fondée sur l'absence de sérieux dans les études suivies mais sur l'absence de présentation d'un visa de long séjour. Dès lors, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont entachées d'aucun défaut d'examen.

4. En troisième lieu, Mme A fait état de ce que sa vie privée et familiale se situe en France, où elle est entrée mineure, où elle a séjourné en situation régulière d'août 2016 à septembre 2020 et où elle suit une scolarité méritante puisqu'elle a obtenu un BTS en 2022 et qu'en 2023 elle est inscrite en " bachelor " et a conclu un contrat d'apprentissage. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A, ressortissante du Bénin née le 30 septembre 1998 entrée sur le territoire français le 19 août 2016 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour en qualité de mineure scolarisée et ayant bénéficié d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " étudiant " valable du 3 décembre 2017 au 2 septembre 2020, n'a été autorisée à séjourner en France qu'en qualité d'étudiante. Sa demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée par une décision du préfet du Rhône du 29 avril 2021 et elle a fait l'objet de la part de la même autorité d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'elle n'a pas contestée. Célibataire et sans charge de famille, Mme A n'allègue ni ne justifie d'aucune attache en France et n'apporte ainsi pas la preuve qui lui incombe que le centre de ses intérêts privés et familiaux serait désormais situé en France. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision litigieuse de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette décision et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En quatrième lieu, les circonstances dont fait état Mme A, tirées de la poursuite d'études supérieures en France, ne sont pas suffisantes pour constituer des circonstances particulières de nature à entacher la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; / () ". En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

7. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant de pays de destination, doit être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 en ce qui concerne la décision de refus de séjour, Mme A ne faisant valoir aucune circonstance particulière distincte à l'encontre de la décision d'éloignement à destination du Bénin.

8. En septième lieu, Mme A ne fait état d'aucune crainte particulière en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. En huitième lieu, en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, le visa " des articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " ne constitue pas une insuffisance de motivation en droit, l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, base légale de la décision contestée, étant aisément identifiable au sein de la section visée. Aux termes de cet article : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Mme A ayant vu sa demande de titre de séjour rejetée, elle entrait dans le champ d'application de cet article, et la préfète du Rhône pouvait légalement adopter une décision d'interdiction de retour sur le territoire français à son encontre. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône ne se serait pas livrée à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A préalablement à l'édiction de la décision en litige portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté. En outre, il ressort des pièces du dossier que la requérante est présente en France depuis 2016, qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en avril 2021, qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'elle ne justifie pas de liens particuliers avec la France. Dans ces conditions, au regard des critères listés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, soit le quart de la durée maximale pouvant être prononcée dans cette hypothèse. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté. Pour finir, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation de Mme A, qui dispose en tout état de cause de la possibilité de demander l'abrogation de l'interdiction de retour prononcée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc également être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions aux fins d'annulation de la requête, ainsi par voie de conséquence que les conclusions aux fins d'injonctions et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Fréry et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

G. MaubonLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

Nos 2306040, 2308403

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