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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2306215

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306215

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantBOUHALASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 juillet 2023, le 22 janvier 2024, le 13 mai 2024, le 4 juillet 2024 et le 16 juillet 2024, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 13 mars 2023 par laquelle le président de la région Auvergne Rhône-Alpes a mis fin à son stage et a refusé de la titulariser ;

2°) de condamner la région Auvergne Rhône-Alpes à lui verser une indemnité de 7 407,93 euros en réparation des préjudices ayant résulté de cette décision, du licenciement sans cause réelle ni sérieuse dont elle aurait fait l'objet, du harcèlement moral dont elle aurait été victime.

Mme B soutient que :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle était autonome dans son poste, que son organisation pour le traitement de quatre-cent dossiers était fluide ;

- le président de la région a méconnu les dispositions de la loi n° 2023-622 du 19 juillet 2023 en lui refusant l'accès au télétravail et à l'octroi de congés pour enfant malade, alors qu'elle est mère d'un enfant en situation de handicap ;

- le président de la région a méconnu l'article L. 1235-3 du code du travail, ce qui constitue une faute lui ouvrant droit à indemnisation ;

- elle a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, liés à un manque total de reconnaissance de son travail, ce qui a généré une fatigue psychologique ;

- ces agissements se sont manifestés aux points d'étapes de son stage du 3 mars 2022, du 5 avril 2022, du 7 juin 2022, du 4 octobre 2022 et du 8 novembre 2022 ;

- elle n'a pas bénéficié d'un accompagnement de la part de sa hiérarchie qui ne lui a pas accordé sa confiance et sa disponibilité ;

- il y a lieu de lui verser une indemnité à hauteur de 7 407,93 euros en réparation de ses préjudices.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024 et le 1er juillet 2024, la région Auvergne Rhône-Alpes, représentée par Me Bory, conclut au rejet de la requête.

La région Auvergne Rhône-Alpes fait valoir que :

- les moyens dirigés contre la décision attaquée ne sont pas fondés ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables au regard des règles applicables à de telles conclusions ;

- la demande indemnitaire de la requérante n'est pas fondée, en l'absence de faute de la région au regard des dispositions de la loi du 23 juillet 2023 et en l'absence de harcèlement moral.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 avril 2024.

Par un courrier du 21 juin 2024, le conseil de Mme B a déclaré se déconstituer à la demande de la requérante.

En réponse à une lettre du tribunal du 9 juillet 2024, la requérante a indiqué, le 16 juillet 2024 qu'elle souhaitait poursuive la procédure sans être représentée par un avocat, et doit ainsi être regardée comme ayant renoncé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Par un courrier du 13 janvier 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme B du fait de l'absence de liaison du contentieux.

La région Auvergne Rhône-Alpes a produit des observations, enregistrées le 13 janvier 2025, en réponse au moyen soulevé d'office

Une note en délibérée a été enregistrée le 19 janvier 2025 par Mme B et n'a pas été communiquée.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouyet,

- les conclusions de Mme Fullana Thevenet, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B et celles de Me Bory représentant la région Auvergne Rhône Alpes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, titulaire d'un brevet technique spécialisé en comptabilité et gestion, a été recrutée par la région Auvergne Rhône-Alpes pour exercer les fonctions de gestionnaire au sein de la direction de l'agriculture, forêt et alimentation et placée en stage, à compter du 11 octobre 2021, en vue de sa titularisation en qualité d'agent administratif territorial. Par un arrêté du 13 mars 2023, le président de la région a mis fin à son stage à compter du 1er avril 2023 et a refusé de la titulariser. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision et d'indemniser les préjudices ayant résulté pour elle de son illégalité ainsi que du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Selon les termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait effectivement adressé à l'administration, antérieurement ou postérieurement à l'introduction de sa requête, une demande indemnitaire relative aux préjudices qu'elle estime avoir subis à raison des faits générateurs dont elle se prévaut dans le cadre de la présente instance. Par suite ses conclusions indemnitaires, qui sont irrecevables à défaut de toute liaison du contentieux, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 327-3 du code général de la fonction publique : " La nomination à un grade de la fonction publique territoriale présente un caractère conditionnel pour tout recrutement : () 2° Sans concours pour un recrutement sur un emploi réservé ou sur un emploi de catégorie C ; () La titularisation peut être prononcée à l'issue d'un stage dont la durée est fixée par le statut particulier. " L'article L. 327-4 du même code dispose que : " Le stagiaire peut être licencié au cours de la période de stage après avis de la commission administrative paritaire compétente : / 1° Pour insuffisance professionnelle ; () ".

5. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge, saisi de moyens en ce sens, de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

6. Par la décision attaquée, le président de la région Auvergne Rhône-Alpes, lequel n'était pas lié par l'avis de la commission administrative paritaire, a mis fin au stage de Mme B à compter du 1er avril 2023 et a refusé de la titulariser au motif que ses aptitudes professionnelles n'étaient pas jugées suffisantes.

7. Il ressort des pièces du dossier que depuis son recrutement en qualité de gestionnaire au sein de la direction des finances de la région, Mme B a fait preuve de plusieurs difficultés dans l'accomplissement de ses missions, qui ont nécessité la mise en place d'un accompagnement renforcé, à raison de deux entretiens hebdomadaires d'une heure à une heure et demi jusqu'au mois de janvier 2022 puis d'un entretien hebdomadaire, complété par des points d'étape spécifiques le 3 mars 2022 le 5 avril 2022 le 7 juin 2022 le 4 octobre 2022 et le 8 novembre 2022, lesquels ont donné lieu à des comptes-rendus détaillés adressés par sa responsable d'équipe. Ces entretiens ont également eu pour objet de contrôler le travail effectué par l'agente et de rectifier les nombreuses erreurs constatées de sa part. Ils ont été complétés par un entretien de prorogation de stage le 24 novembre 2022 ainsi que par un entretien préalable à la titularisation le 12 juillet 2023. En dépit de ce suivi régulier et des formations effectuées par l'intéressée, les évaluations réalisées au cours du stage constatent une absence d'amélioration de sa part. Sont en particulier soulignés son incapacité à prioriser les tâches affectées, l'absence d'auto-contrôle nécessitant des allers-retours fréquents avec sa hiérarchie et entraînant des erreurs nombreuses dans le traitement des dossiers, l'absence d'assimilation du vocabulaire " métier " y compris dans ses échanges avec la direction opérationnelle et les partenaires extérieurs, ainsi que la méconnaissance des procédures applicables pour l'enregistrement et le classement des dossiers. Lors du point d'étape du 24 novembre 2022 étaient également relevées des insuffisances s'agissant de la rédaction des actes juridiques et de la qualité et de la sécurisation des échanges avec les bénéficiaires de subventions, ce qui a donné lieu à un recours gracieux en raison d'une information erronée communiquée par la requérante, ainsi qu'une absence de réactivité dans le traitement de certains paiements. Lors de l'entretien portant sur l'appréciation au terme de la prorogation du stage le 5 janvier 2023, il a encore été noté que Mme B avait commis pas moins de six erreurs de mandatement sur la seule période du mois de janvier, que la procédure d'envoi des arrêtés concernant deux communes n'avait pas été respectée, qu'elle ne transmettait pas à sa responsable toutes les informations, mails et documents en sa possession, et que cette dernière était fréquemment mobilisée pour corriger ses erreurs. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de plusieurs rappels, Mme B omettait régulièrement de signaler en temps réel les anomalies s'agissant de ses badgeages, rendant ainsi nécessaires des mains courantes pour régularisation. La requérante ne conteste pas sérieusement les appréciations portées par sa hiérarchie dans les rapports et courriels versés au dossier.

8. Il est ainsi établi que, malgré les efforts d'accompagnement de sa hiérarchie et ceux de l'intéressée pour tenir compte des remarques qui lui étaient faites, Mme B a persisté à éprouver de nombreuses difficultés dans l'exécution de ses missions affectant la qualité du travail produit par son service. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le président de la région Auvergne Rhône-Alpes, qui avait déjà accordé une prorogation du stage de la requérante le 10 octobre 2022 en dépit d'un avis défavorable de sa hiérarchie le 12 juillet 2022 quant à sa titularisation, a décidé de mettre fin à ce stage et a refusé de la titulariser.

9. En second lieu, la requérante ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article L. 1235-3 du code du travail qui ne sont pas applicables aux agents de droit public. Elle ne saurait davantage se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de la loi n° 2023-622 du 19 juillet 2023 visant à renforcer la protection des familles d'enfants atteints d'une maladie ou d'un handicap ou victimes d'un accident d'une particulière gravité, lesquelles ne s'imposent pas à l'autorité administrative pour se prononcer sur la titularisation d'un agent.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la région Auvergne Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

La rapporteure,

C. Pouyet

La présidente,

P. Dèche

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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