mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2306246 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET AURAVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 juillet 2023 et 4 juin 2024, M. B A, représenté par Me Gay, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de faire usage des pouvoirs de police pour constater les non-conformités d'un immeuble situé avenue du général Sarrail dans la commune d'Ambérieu-en-Bugey ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain et à la commune d'Ambérieu-en-Bugey de procéder aux opérations de visite et de contrôle des travaux réalisés sur l'immeuble litigieux et, le cas échéant de dresser procès-verbal des non-conformités relevées, sous astreinte.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu'elle n'est pas tardive et qu'il justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- l'accès à l'immeuble, l'insuffisance des places de parking, l'absence de local poubelle ou son défaut d'utilisation méconnaissent l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- l'immeuble n'est pas conforme au code de l'urbanisme, au plan local d'urbanisme et au code de la construction et de l'habitation, dès lors que les places de stationnement sont dépourvues de marquage, qu'il n'est pas démontré que la pente de la voie de circulation est conforme au permis de construire, que le local de stockage des déchets ainsi que le local destiné au stationnement des cycles n'ont pas été réalisés et que la végétation prévue dans le permis de construire n'a pas été plantée, de sorte que le maire et le préfet auraient dû agir sur le fondement de l'article L. 2122-24 du code général des collectivités territoriales.
Par un mémoire enregistré le 17 novembre 2023, la commune d'Ambérieu-en-Bugey, représentée par Me Camous, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est introduite tardivement, que la décision attaquée ne fait pas grief, que le requérant ne dispose d'aucun intérêt pour agir et qu'il ne soulève aucun moyen.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, la préfète de l'Ain conclut au non-lieu à statuer, et à titre subsidiaire au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation, dès lors que le requérant a obtenu satisfaction sur l'ensemble de ses demandes ;
- la requête est irrecevable pour tardiveté et défaut d'intérêt pour agir ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 5 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2024.
Un mémoire en réplique a été enregistré le 24 juin 2024 pour M. A et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, première conseillère,
- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est propriétaire et occupant d'un appartement situé dans l'avenue du général Sarrail sur le territoire de la commune d'Ambérieu-en-Bugey. Le 25 juin 2018, la construction d'un immeuble collectif de six logements en R+2 a été autorisée sur une parcelle voisine, laquelle a débuté le 19 mars 2021. Le 15 mai 2022, M. A et d'autres riverains, ont demandé au maire de la commune de vérifier la conformité de cette construction aux règles d'urbanisme, au plan local d'urbanisme et au code de la construction et de l'habitation sur plusieurs aspects, à savoir l'aménagement d'un local à ordures ménagères et d'un local à vélos, la plantation de sept arbres, la création d'une aire de manœuvre pour les véhicules, le respect des normes d'accessibilité pour personnes handicapées ainsi que la présence de place de stationnement dédiées. En réponse, le maire a interpelé le pétitionnaire sur ses obligations légales et lui a demandé de rappeler aux occupants de l'immeuble les consignes relatives au ramassage des ordures. Par courrier du 22 juillet 2022, M. A a sollicité l'intervention du préfet de l'Ain pour qu'il incite le maire à exercer son pouvoir de police à l'égard des éléments sus évoqués ou, le cas échéant, se substitue à lui. Était également invoquée une nouvelle irrégularité, celle de l'installation de plusieurs compresseurs de climatisations sur la façade du bâtiment. Le 24 août 2022, le directeur départemental des territoires a relayé cette demande auprès du maire, qui a confirmé, par courrier du 29 septembre 2022, qu'un contrôle sur site avait relevé plusieurs irrégularités, que les travaux n'avaient pas encore été achevés et qu'un courrier avait été adressé au pétitionnaire pour qu'il régularise la situation. Ces éléments ont été porté à la connaissance de M. A par courrier du 29 septembre 2022. Le 16 novembre suivant, un procès-verbal d'infraction a été dressé par un agent assermenté de la commune et transmis au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse pour constater que les arbres prévus sur l'espace de pleine terre côté Sud n'avaient pas été plantés. Afin de régulariser l'installation des groupes de climatisation en façade, le pétitionnaire a déposé une déclaration préalable de travaux, à laquelle le maire ne s'est pas opposé par arrêté du 21 novembre 2021. Resté insatisfait de cette situation, M. A a réitéré ses demandes auprès des services de l'État par courrier du 25 novembre 2022. La direction départementale des territoires lui a alors fait savoir, par courrier du 23 janvier 2023, qu'elle demanderait au maire d'Ambérieu-en-Bugey de dresser, si nécessaire, un second procès-verbal d'infraction et de lui transmettre les attestations prévues aux articles L. 122-8, L. 122-10 et L. 122-11 du code de la construction et de l'habitation afin de vérifier le respect des règles de construction. Le 8 mars 2023, le maire a indiqué à la préfecture qu'un second contrôle avait été réalisé, lequel a permis de confirmer la construction du local à ordures ménagères ainsi que la conformité du nombre de place de stationnement et de l'angle d'inclinaison de la voie de circulation. Par courrier du 20 mars 2023, reçu le 27 mars suivant, M. A a formé un " recours gracieux " à l'encontre du courrier du 23 janvier 2023, en renouvelant sa demande tendant à ce que la préfète de l'Ain fasse usage de ses pouvoirs de police s'agissant des bacs à ordures ménagères, du local dédié au stockage de ces bacs, de la pose des compresseurs de climatisation, de la voie de circulation, de l'accessibilité des personnes à mobilité réduite, des places de stationnement et du local à vélos. Ce " recours gracieux " doit s'analyser comme une nouvelle demande, dès lors que le courrier du 23 janvier 2023 se limitait à informer l'intéressé des démarches entreprises par la préfecture auprès de la mairie. Le silence gardé par la préfète de l'Ain pendant deux mois a fait naître une décision implicite de rejet le 27 mai 2023. Enfin, le 25 septembre 2023, un second permis de construire modificatif a été accordé au pétitionnaire pour la modification de l'emplacement des sept arbres qui étaient initialement prévus dans le permis de construire du 25 juin 2018. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 27 mai 2023.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Ainsi qu'il a été dit, M. A a, par courrier du 20 mars 2023, demandé à la préfète de l'Ain de faire usage de ses pouvoirs de police pour contrôler la régularité des travaux réalisés sur l'immeuble voisin, en faisant valoir que les " problèmes liés aux poubelles ne sont pas résolus ", que " rien n'a été fait pour régler la légalité de la pose des compresseurs ", que " la voie de circulation ne correspond pas au permis de construire et limite l'accès aux personnes à mobilité réduite ", " qu'aucune place de parking n'est matérialisée ", et qu'aucun local à vélos n'a été construit. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la préfète de l'Ain sur cette demande. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les demandes de M. A auraient été satisfaites en cours d'instance et que le litige aurait perdu son objet. Par suite, contrairement à ce que soutient la préfète de l'Ain, il y a lieu de statuer sur la requête.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2122-24 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de l'exercice des pouvoirs de police, dans les conditions prévues aux articles L. 2212-1 et suivants ". Selon l'article L. 2212-2 de ce code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées ; () ". Selon l'article L. 2215-1 de ce code : " La police municipale est assurée par le maire, toutefois : / 1° Le représentant de l'Etat dans le département peut prendre, pour toutes les communes du département ou plusieurs d'entre elles, et dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par les autorités municipales, toutes mesures relatives au maintien de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité publiques. / Ce droit ne peut être exercé par le représentant de l'Etat dans le département à l'égard d'une seule commune qu'après une mise en demeure au maire restée sans résultat ; () ".
4. D'autre part, l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme prévoit : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. / Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public. / Toute association agréée de protection de l'environnement en application des dispositions de l'article L. 141-1 du code de l'environnement peut exercer les droits reconnus à la partie civile en ce qui concerne les faits constituant une infraction à l'alinéa 1er du présent article et portant un préjudice direct ou indirect aux intérêts collectifs qu'elle a pour objet de défendre. () ". En vertu de l'article L. 480-2 de ce code : " L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel. () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () Les pouvoirs qui appartiennent au maire, en vertu des alinéas qui précèdent, ne font pas obstacle au droit du représentant de l'Etat dans le département de prendre, dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, toutes les mesures prévues aux précédents alinéas. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 181-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les fonctionnaires et agents publics habilités ou commissionnés par l'autorité administrative de l'Etat compétente ou par l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'urbanisme ou leurs délégués, et assermentés, peuvent visiter les bâtiments soumis aux dispositions du présent code afin de procéder au contrôle du respect de ces dispositions. Ils peuvent se faire communiquer et prendre copie de tous documents techniques se rapportant à la construction, à la rénovation ou à la démolition des bâtiments dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. M. A fait valoir que l'immeuble d'habitation ne respecte pas les prescriptions du permis de construire délivré à son bénéficiaire. Il dénonce l'absence de local destiné aux déchets ou l'existence d'une non-conformité dudit local, les bacs à ordures étant constamment entreposés sur le trottoir, l'absence de construction d'un local à vélos, le non-respect des normes d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite en raison d'une marche à l'entrée du bâtiment et de l'absence de place de stationnement réservées, le défaut de marquage au sol des places de stationnement, l'installation de compresseurs de ventilation sur les balcons, et, enfin, l'inclinaison non conforme de la voie de circulation.
6. Si la préfète de l'Ain reconnaît que l'installation des compresseurs de ventilation sur les balcons n'avaient pas été initialement autorisée et que les arbres à planter ne l'avaient pas été, elle fait valoir que ces éléments ont été régularisés par la décision de non-opposition à déclaration préalable obtenue par le pétitionnaire le 21 novembre 2022 et l'arrêté lui accordant un permis de construire modificatif le 25 septembre 2023, sans que M. A ne remette sérieusement en cause la régularisation opérée par ces autorisations. La préfète de l'Ain admet également que le pétitionnaire n'a pas édifié de local à vélos, tout en soulignant, sans être démentie par le requérant, qu'une telle construction n'était pas prévue dans le permis de construire délivré le 25 juin 2018. En outre, et ainsi qu'elle le fait valoir, l'article L. 111-5-2 du code de la construction et de l'habitation, alors en vigueur lors du dépôt de la demande de permis de construire initiale, impose la réalisation d'une infrastructure permettant le stationnement sécurisé des vélos aux seuls immeubles d'habitation équipés de places de stationnement individuelles couvertes ou d'accès sécurisé, ce qui n'est pas le cas de l'immeuble en cause. Quant aux normes d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite, le pétitionnaire a transmis une attestation de vérification réalisée par un organisme de contrôle technique titulaire d'un agrément ministériel, lequel constate le respect desdites normes. Enfin, lors du second contrôle réalisé, la commune d'Ambérieu-en-Bugey n'a relevé aucune non-conformité s'agissant du nombre de place de stationnement, du local à ordures ménagères et de la pente de la voie de circulation, alors que, s'agissant des plantations, le pétitionnaire a obtenu un permis de construire modificatif. M. A, qui s'abstient au demeurant de produire les autorisations d'urbanisme délivrées pour l'édification de l'immeuble concerné, ne produit pas le moindre élément de nature à justifier la réalité des irrégularités dont il se prévaut. Il ne justifie pas davantage, par la production d'un seul cliché montrant des bacs à ordures ménagères entreposés sur le trottoir, que ces derniers y resteraient en permanence. Ainsi et en tout état de cause, M. A ne démontre pas l'existence des irrégularités dont il se prévaut.
7. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
8. M. A ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions, qui s'appliquent à la seule délivrance des autorisations d'urbanisme, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision implicite en litige.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 27 mai 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. La commune d'Ambérieu-en-Bugey ayant été appelée à la cause en tant qu'observatrice et n'ayant pas la qualité de partie au litige, ses conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient être accueillies.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Ambérieu-en-Bugey sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation et à la commune d'Ambérieu-en-Bugey.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Hervé Drouet, président,
M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Océane Viotti, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Chareyre
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2306246
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