vendredi 21 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2306374 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | BOUSQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 27 juillet 2023 et 31 octobre 2024, M. B, représenté par la Selarl HMS Avocats (Me Bellanger), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de région Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 13 février 2023 fixant le montant de l'indemnité proportionnelle à l'ancienneté de son indemnité de licenciement ainsi que ses demandes tendant à ce que la période d'emploi figurant sur son certificat de travail soit rectifiée pour prendre en compte la période de son éviction irrégulière et à ce que la durée de portabilité de ses garanties complémentaires santé et prévoyance soit corrigée en prenant en compte la même période ;
2°) d'enjoindre à la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes de réviser le calcul du montant de son indemnité de licenciement en prenant en compte l'ancienneté acquise entre le 2 juillet 2018 et le 13 février 2023, de lui communiquer un nouveau certificat de travail mentionnant une période d'emploi allant du 2 juillet 2018 jusqu'au 13 février 2023 et de reconstituer ses droits auprès de la mutuelle complémentaire conformément à cette période d'emploi, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 4 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des conséquences à tirer du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a annulé, le 13 octobre 2022, la décision de licenciement prononcée à son encontre le 5 mai 2021 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur le montant de l'indemnité versée, au regard de la part proportionnelle à l'ancienneté de l'indemnité de licenciement.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 novembre 2023 et 14 novembre 2024, la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- le jugement du tribunal administratif de Lyon du 13 octobre 2022 n° 2105389 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du commerce ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;
- la loi n° 2010-853 du 23 juillet 2010 ;
- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie, des chambres de commerce et d'industrie et des groupements inter-consulaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Tonnac,
- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public,
- et les observations de Me Tastard, représentant M. B et celles de Me Bousquet, représentant la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes.
Une note en délibéré, enregistrée le 28 janvier 2025, a été produite pour la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne Rhône-Alpes.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, recruté par la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes à compter du 2 juillet 2018, a été licencié pour suppression de poste par une décision du 5 mai 2021. Suite à l'annulation de cette décision par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 13 octobre 2022, passé en force de chose jugée, M. B a été réintégré à compter du 12 décembre 2022 et dispensé de service, avant d'être de nouveau licencié, par une décision du 13 décembre 2022, à l'expiration d'un préavis de deux mois. Le 13 février 2023, la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes a adressé à M. B l'ensemble des documents en lien avec son licenciement, notamment son certificat de travail et lui a versé une indemnité de licenciement d'un montant de 1 809,69 euros. Par un courrier reçu le 27 mars 2023, M. B a demandé à ce que sa période d'emploi à la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes soit rectifiée pour courir du 2 juillet 2018 au 13 février 2023, à ce que son indemnité de licenciement soit réévaluée en prenant en compte l'intégralité de cette période et à ce que ses droits en matière de mutuelle soient reconstitués en conséquence. Du silence gardé par la CCI pendant deux mois, une décision implicite de rejet est née, dont M. B demande l'annulation.
Sur l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. La demande adressée par M. B au président de la CCI de région Auvergne Rhône-Alpes le 27 mars 2023 tendait notamment à la réévaluation de son indemnité de licenciement fixée par une décision du 13 février précédent. Ainsi, sa demande doit être regardée comme un recours gracieux contre cette décision. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la requête, dirigées contre la décision implicite de rejet née le 27 mai 2023 doivent être regardée comme étant également dirigées contre la décision initiale du 13 février 2023 fixant le montant de l'indemnité de licenciement de M. B.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le montant de l'indemnité proportionnelle à l'ancienneté de l'indemnité de licenciement :
4. Aux termes de l'article 35-2 du statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie, des chambres de commerce et d'industrie et des groupements inter-consulaires : " Il est accordé aux agents titulaires licenciés pour suppression de poste () une indemnité de licenciement composée de : / une indemnité proportionnelle à l'ancienneté et calculée comme suit : / - jusqu'à dix ans d'ancienneté : un mois de rémunération mensuelle indiciaire brute par année de service ". Il résulte de ces dispositions que l'agent titulaire d'une chambre de commerce et d'industrie licencié pour suppression de poste qui a exercé de façon permanente, à temps complet, des fonctions d'agent de droit public a droit, notamment, à une indemnité de licenciement proportionnelle à son ancienneté, qui s'entend comme l'ensemble de ses années de service effectuées en qualité de titulaire ou de contractuel.
5. En l'espèce, M. B a été recruté en qualité d'agent contractuel à compter du 2 juillet 2018 et titularisé à compter du 1er juillet 2019. S'il a été licencié le 5 juillet 2021 cette décision de licenciement a été annulée par un jugement du 13 octobre 2022. Ainsi, il est réputé n'avoir jamais cessé son service. Dès lors, et alors que les dispositions précitées de l'article 35-2 du statut définissent l'ancienneté par rapport aux années de service et non par rapport aux années de service effectif ou de service fait, la période comprise entre son licenciement le 5 juillet 2021 et sa réintégration le 12 décembre 2022 doit être prise en compte pour le calcul de l'indemnité de licenciement à la laquelle il avait droit. Par suite, M. B pouvait, à la date de son licenciement prononcé le 13 décembre 2022, se prévaloir d'une ancienneté totale de quatre années. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la CCI a commis une erreur de droit en ne prenant pas en compte la période d'éviction irrégulière dans son ancienneté pour le calcul de la part proportionnelle à l'ancienneté de l'indemnité de licenciement. Il s'ensuit que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 février 2023 fixant le montant de son indemnité de licenciement ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux.
En ce qui concerne le surplus des conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la modification du certificat de travail :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".
7. Si un agent d'une chambre de commerce et d'industrie est en droit d'obtenir, à la suite de son licenciement, un certificat de travail contenant la date du début et de la fin de ses services ainsi que la nature de l'emploi qu'il occupait, la décision par laquelle la chambre de commerce et d'industrie refuse de modifier les mentions figurant sur ce certificat ne fait pas partie des décisions qui doivent être motivées, au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration précitées. En tout état de cause, si M. B a effectué des relances auprès de l'administration en vue d'obtenir une réponse, les 2 et 21 juin 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet dans le délai de recours contentieux. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 1234-6 du code du travail : " Le certificat de travail contient exclusivement les mentions suivantes : / 1° la date d'entrée du salarié et celle de sa sortie ; / 2° la nature de l'emploi ou des emplois successivement occupés et les périodes pendant lesquelles ces emplois ont été tenus ". Contrairement à ce que soutient le requérant, l'annulation de la décision du 5 mai 2021 par le tribunal dans son jugement du 13 octobre 2022 n'impliquait pas nécessairement, au titre de sa réintégration juridique ou de la reconstitution de sa carrière, qu'un certificat de travail mentionnant les dates d'emploi du 2 juillet 2018 au 13 février 2023 lui soit délivré. Ainsi, et alors que M. B ne se prévaut d'aucune disposition ni ne fait valoir aucun argument qui aurait impliqué la délivrance d'un certificat de travail comportant ces dates, le moyen tiré de ce que la décision implicite rejetant sa demande en ce sens serait entachée d'une erreur de droit doit être écarté.
S'agissant de la portabilité des droits à mutuelle complémentaire
9. Si M. B demande que ses droits en matière de portabilité auprès de la mutuelle de l'entreprise soient reconstitués en tenant compte de la période d'éviction irrégulière, il n'assortit pas sa demande des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle n'a pas fait droit à cette demande doivent être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite de rejet de ses demandes reçues le 27 mars 2023 doit être annulée en tant seulement qu'elle refuse de réévaluer l'indemnité de licenciement de M. B.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
12. Eu égard au motif d'annulation retenu pour ce qui concerne le calcul de l'indemnité de licenciement, le présent jugement implique nécessairement que le montant de l'indemnité de licenciement versée à M. B soit réévalué en prenant en compte, pour sa part proportionnelle à l'ancienneté, la période d'éviction illégale. Il y a lieu d'enjoindre à la CCI de procéder à cette réévaluation et au versement de la somme correspondant dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente affaire. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes une somme à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 13 février 2023 fixant le montant de l'indemnité de licenciement de M. B et la décision implicite portant rejet du recours gracieux de M. B sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes de procéder à la réévaluation du montant de l'indemnité de licenciement versée à M. B en prenant en compte, pour sa part proportionnelle à l'ancienneté, la période d'éviction illégale et de procéder au versement de la somme correspondant dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, première conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.
La rapporteure,
A. de Tonnac
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026