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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2306489

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306489

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantGALICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2023, Mme C B, représentée par Me Galichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois, principalement sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, subsidiairement sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du même code, très subsidiairement sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreint de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, à titre principal, le versement d'une somme de 1 800 euros TTC à son bénéfice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire à ce que cette somme soit versée à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en l'absence de production d'une part, de l'avis des médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et d'autre part, du rapport médical établi par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas vocation à siéger dans le collège de médecins ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ;

- elle justifie de motifs exceptionnels qui auraient dû lui ouvrir un droit au séjour ;

Le préfet de la Loire a produit des pièces, les 19 décembre 2023 et 15 janvier 2024, ces dernières non communiquées.

Par une ordonnance du 8 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2023.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 13 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante albanaise née le 20 juillet 1988, est entrée irrégulièrement en France, le 14 juillet 2016, selon ses déclarations, accompagnée de son époux et de ses deux enfants mineurs. Les époux B ont présenté une demande d'asile qui a été rejetée, le 28 février 2017 par l'Office français des réfugiés et des apatrides, puis le 31 août 2017, par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du préfet de la Loire du 3 novembre 2017, Mme B a fait l'objet d'un refus de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Les époux sont retournés en Albanie, pour revenir en France en septembre 2018. La requérante a sollicité, le 16 octobre 2018, le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée par l'Office français des réfugiés et des apatrides, le 24 octobre 2018 et, le 14 mars 2019, par la Cour nationale du droit d'asile. Par un second arrêté du préfet de la Loire du 25 avril 2019, Mme B a fait l'objet d'un refus de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le préfet de la Loire a pris une nouvelle mesure d'éloignement à l'encontre de Mme B, le 19 janvier 2021, assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Le recours exercé à l'encontre de cette décision a été rejeté, par un jugement du tribunal administratif de Lyon, le 17 mai 2021. Mme B a sollicité un titre de séjour, le 9 novembre 2022, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du préfet de la Loire du 15 mai 2023, assorti d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui disposait d'une délégation de signature consentie par arrêté du préfet de la Loire du 2 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de trois médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après transmission à ce collège d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne siégeant pas au sein dudit collège. Par ailleurs, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

5. Il ressort des pièces produites en défense, par le préfet de la Loire, que le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, composé de trois médecins, a rendu un avis le 21 février 2023, au vu d'un rapport médical établi, le 6 février 2023, par un médecin qui n'a pas siégé au sein de ce collège. Ce rapport médical a été transmis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le même jour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans toutes ses branches. Ensuite, le préfet s'est approprié l'avis rendu le 21 février 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon lequel si l'état de santé de l'intéressée, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Les documents produits par la requérante ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont le préfet a fait sienne, selon laquelle elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine au sens des dispositions précitées. Par suite, elle ne saurait soutenir que le préfet de la Loire a commis une erreur d'appréciation au regard de son état de santé en estimant qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine.

6. En troisième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, l'autorité administrative n'étant pas tenue d'examiner d'office si elle pouvait prétendre à un titre de séjour fondé sur d'autres dispositions que celles dont elle était saisie.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ". aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". () ". Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. Mme B soutient qu'elle réside en France avec sa famille depuis le 14 juillet 2016, à l'exception d'un retour en Albanie entre les mois d'avril et septembre 2018. Si elle se prévaut notamment d'une promesse d'embauche dont pourrait bénéficier son mari, M. A B, ce dernier se maintient également en situation irrégulière sur le territoire national. En outre, la requérante a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement prononcées les 25 avril 2019 et 19 janvier 2021 qu'elle n'a pas exécutées. Par ailleurs, par les documents qu'elle produit, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait faire l'objet d'une prise en charge médicale appropriée à son état de santé dans son pays d'origine. Enfin, Mme B, qui ne justifie d'aucune intégration en France, ne démontre pas qu'elle serait dépourvue de toute attache familiale en Albanie. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que ses enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays. En outre, aucune circonstance ne fait ainsi obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine des intéressés, tous les membres de la famille ayant la même nationalité, et quand bien même elle allègue que l'aîné des enfants serait susceptible d'acquérir un droit au séjour en France. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet de la Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés. En l'absence d'autres éléments, le préfet de la Loire n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de l'intéressée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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