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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2306944

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306944

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDACHARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 12 août 2023, sous le n° 2306944, des pièces enregistrées le 25 août 2023 et un mémoire enregistré le 5 décembre 2023, M. G, représenté par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de la préfète de l'Ain du 12 août 2023, lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui interdisant le territoire français pour une période d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte fixée à 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi de 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

-elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est disproportionnée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 10 novembre 2023.

II- Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, sous le n°2307828, des pièces enregistrées le 3 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 5 décembre 2023, Mme F épouse A, représentée par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de la préfète de l'Ain du 11 septembre 2023, lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et lui interdisant le territoire français pour une période d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour à dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte fixée à 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi de 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

-elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est disproportionnée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La préfète de l'Ain n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 10 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, président-rapporteur,

- et les observations de Me Dachary pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes visées ci-dessus, présentées par les membres d'une même famille, présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. A, né le 31 août 1972, et Mme A, née le 16 septembre 1972, tous deux de nationalité kosovienne, déclarent être entrés en France le 21 février 2018, accompagnés de leurs deux enfants. M. et Mme A ont déposé le 5 mars 2018 des demandes d'asile. Par des décisions du 22 octobre 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée, a rejeté ces demandes. Ces décisions ont été confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 19 novembre 2019. Le 5 juin 2023, M. et Mme A ont sollicité leur admission au séjour en application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les requêtes n° 2306944 et 2307827, ils demandent au tribunal de prononcer l'annulation des décisions en date du 12 août 2023 et du 11 septembre 2023 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

3. En premier lieu, par arrêté du 11 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Ain, la préfète de l'Ain a donné délégation à Mme E, directrice de la citoyenneté et de l'intégration, à l'effet de signer : " () Tout acte individuel en matière de naturalisation, d'accueil des étrangers en France et d'éloignement ; () 1- au titre de l'immigration et de l'intégration () Toute décision individuelle, favorable ou non, en matière d'admission au séjour () ; Les mesures d'éloignement et décisions dont elles peuvent être assorties lorsqu'elles sont prises concomitamment à des refus de séjour () À l'exception des décisions d'expulsion et des décisions ne relevant pas de la compétence de la préfète de département, toute décision mentionnée aux Livres II, III, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Elle ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. M. et Mme A font valoir leur présence en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision en litige, la présence en France de leur fille, titulaire d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 2 février 2024, et la présence de leurs deux petits-enfants nés sur le territoire français. M. et Mme A indiquent par ailleurs qu'ils sont locataires d'un logement autonome. En outre, pour justifier de son intégration professionnelle, M. A produit une promesse d'embauche en date du 11 mars 2022 pour un poste de maçon hautement qualifié, et un contrat de travail à durée indéterminée à compter du 1er décembre 2022 en qualité d'ouvrier polyvalent spécialisé en travaux granite. Il allègue qu'il dispose d'une expérience d'une vingtaine d'années en qualité d'employé en maçonnerie au Kosovo. Toutefois, la présence en France de M. et Mme A découle de la durée de l'examen de leurs demandes de protection internationale et de leur maintien irrégulier sur le territoire français, en dépit du rejet définitif de cette demande, d'une mesure d'éloignement en date du 17 décembre 2019 confirmée par le tribunal administratif le 6 juillet 2020 et la cour administrative d'appel de Lyon le 15 avril 2021, et enfin, à l'encontre de M. A, d'une interdiction de retour sur le territoire français en date du 13 juillet 2020 et d'une assignation à résidence en date du 14 octobre 2020. S'ils font valoir la présence régulière en France de leur fille, celle-ci est majeure. Concernant l'intégration professionnelle de M. A, ce dernier ne produit aucun diplôme, attestation d'une qualification ou justificatif de son expérience dans le secteur du bâtiment. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier qu'il a été agriculteur dans son pays d'origine. Au regard de l'ensemble de ces éléments, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. et Mme A, la préfète de l'Ain n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation s'agissant de l'appréciation sur leur vie privée et familiale ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Compte tenu de leur situation personnelle et familiale, décrite au point 5, M. et Mme A ne justifient ni de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels de nature à leur ouvrir droit au bénéfice d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par ailleurs, si M. A se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée, cet élément relatif à son insertion professionnelle ne suffit pas à démontrer que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas d'un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation associée doivent dès lors être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme A tendant à l'annulation des décisions portant refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les requérants n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de séjour, ils ne sont pas fondés à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme A tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, les requérants n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire, les moyens tirés de ces illégalités et soulevés, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, doivent être écartés.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Les requérants soutiennent qu'ils encourraient des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Kosovo, en raison des menaces et violences subies de la part de la famille de la victime d'un accident de la circulation dans lequel M. A aurait été impliqué. Toutefois, il ressort de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 novembre 2019 que les requérants n'ont présenté aucun élément pertinent susceptible d'établir la réalité des atteintes graves invoquées à l'appui de leurs demandes d'asile, la cour ayant notamment relevé que les requérants, qui ont tenu des déclarations lacunaires et approximatives, voire contradictoires, n'ont pas démontré de façon crédible un lien tangible et cohérent entre certains desdits agissements et l'accident de la circulation. Dans la présente instance, si les requérants produisent deux nouveaux témoignages, ces éléments ne sont pas susceptibles d'établir le caractère réel, sérieux et actuel des menaces invoquées. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme A tendant à l'annulation des décisions fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, les requérants n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire, les moyens tirés de ces illégalités et soulevés, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, doivent être écartés.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".

18. En l'espèce, M. A allègue qu'il s'est présenté de lui-même en préfecture pour solliciter un titre de séjour, et qu'ainsi le risque de fuite n'est pas avéré. Il soutient également qu'il est locataire d'un logement et occupe un emploi. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A se maintiennent sur le territoire français en méconnaissance d'une précédente mesure d'éloignement prise à leur encontre le 17 décembre 2019, confirmée par le tribunal administratif et la cour administrative d'appel de Lyon, et d'un arrêté d'assignation à résidence en date du 14 octobre 2020 pris à l'encontre de M. A. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur manifeste d'appréciation et du caractère disproportionné du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être écartés.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme A tendant à l'annulation des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

21. M. et Mme A soutiennent qu'ils justifient de circonstances humanitaires, notamment en raison de l'emploi actuellement occupé sur le territoire français, et de la présence de leur fille et de leurs petits-enfants sur le territoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérants se maintiennent sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement prise à leur encontre en 2019. En outre, il n'est pas établi que leur fille majeure serait dans l'impossibilité de rendre visite aux membres de sa famille au Kosovo. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme A tendant à l'annulation des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais de l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2306944 et 2307827 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et Mme F épouse A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

Nos 2306944-2307827

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