mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2307065 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 21 août 2023 sous le n° 2307065 et un mémoire, enregistré le 11 janvier 2024, M. C B, représenté par la SCP Couderc-Zouine (Me Zouine), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 6 juin 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Zouine de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'une autorisation de travail a été établie et transmise à la préfète par son employeur ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juillet 2023.
II. Par une requête, enregistrée le 21 août 2023 sous le n° 2307066 et un mémoire, enregistré le 12 janvier 2024, Mme A E épouse B, représentée par la SCP Couderc-Zouine (Me Zouine), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 6 juin 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Zouine de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète ne justifie pas de l'existence d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de sa régularité ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
- et les observations de Me Lulé, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B, ressortissants albanais nés respectivement les 5 décembre 1979 et 26 juillet 1980 déclarent être entrés en France le 14 août 2016. Le 22 août 2016, ils ont sollicité l'asile, qui leur a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 novembre 2016, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 février 2017. Ils ont fait l'objet de mesures d'éloignement le 12 avril 2017, annulées par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 15 juin 2017, annulé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 19 décembre 2017 qui a cependant confirmé le rejet de leur recours. M. B a fait l'objet, le 31 juillet 2019, d'une nouvelle mesure d'éloignement, annulée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 7 août 2019. Par deux arrêtés du 6 juin 2023, la préfète du Rhône a rejeté leurs demandes de titres de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office, et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Ils demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.
2. Les requêtes n°s 2307065 et 2307066 concernent la situation des membres d'un même foyer, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, ainsi, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. Les décisions attaquées sont signées par Mme D F, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète en date du 31 mai 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le 1er juin 2023, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, la décision du 6 juin 2023 relative à la situation de M. B vise les textes sur lesquels elle se fonde et comporte les éléments de fait ayant conduit à son édiction. Elle fait ainsi état de sa situation familiale en France, indique qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français à la suite du rejet, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, de sa demande d'asile, et qu'aucune circonstance particulière ne justifie une mesure dérogatoire. Dès lors, la décision contestée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. En outre, il ne ressort pas de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône aurait omis de procéder à un examen complet de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
6. Il résulte des stipulations précitées que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est notamment subordonnée à la production d'une autorisation de travail et d'un visa de long séjour. Il est constant que si une demande d'autorisation de travail avait été déposée par la société souhaitant embaucher M. B, celui-ci n'était pas bénéficiaire d'une autorisation de travail à la date de la décision contestée. En outre, il ne disposait pas d'un visa de long séjour. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur de droit.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. - L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. - Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".
8. La préfète du Rhône a versé au débat l'avis par lequel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, le 10 janvier 2023, estimé que l'état de santé de Mme B nécessite une prise charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'elle peut voyager sans risque vers l'Albanie. La requérante n'est donc pas fondée à contester l'existence de cet avis.
9. En quatrième lieu, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
10. Il ressort de termes de l'avis rendu le 10 janvier 2023 que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Si Mme B soutient qu'elle doit bénéficier d'un traitement antidépresseur dont la molécule psychoactive est la " mianserine ", qui n'est pas commercialisé en Albanie, elle n'apporte aucun élément de nature à étayer cette allégation. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre séjour contesté méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / (.) ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B déclarent résider en France depuis leur entrée sur le territoire le 14 août 2016, avec leurs deux filles, Mme G B, née le 15 novembre 2008, et Mme H B, née le 7 juin 2010. S'ils se prévalent des liens sociaux tissés en France, des expériences bénévoles dans plusieurs associations, " Les Restaurants du cœur - Les relais du cœur du Rhône ", " Festin d'Espérance ", " Youri Echanges Actions " et " L'Etincelle de Vernaison ", des cours de français suivis par M. B, ainsi que de la scolarisation de leurs deux filles en France, ces éléments ne suffisent pas à démontrer qu'ils auraient fixé de manière stable et durable le centre de leurs intérêts privés et familiaux sur le territoire national, alors qu'ils n'établissent pas être dépourvus de toutes attaches familiales en Albanie, où ils ont vécu au moins jusqu'à l'âge de 37 ans pour M. B et de 36 ans pour Mme B. Si M. B fait état de perspectives d'intégration professionnelle, les éléments produits, notamment la promesse d'embauche en qualité d'aide étancheur par la société SES établie le 26 août 2021, ainsi qu'une promesse d'embauche en qualité d'ouvrier paysagiste par la société Les compagnons de Saint-Joseph établie le 17 janvier 2020, ne suffisent pas à établir une insertion socio-professionnelle particulièrement notable et ancrée en France. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
14. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
15. D'une part, compte tenu des éléments indiqués au point 12 ci-dessus, les requérants ne justifient d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de leur vie privée et familiale, doit être écarté. Pour les mêmes motifs la préfète du Rhône n'a pas davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées.
16. D'autre part, si M. B fait valoir une promesse d'embauche en qualité d'aide étancheur par la société SES établie le 26 août 2021, ainsi qu'une promesse d'embauche en qualité d'ouvrier paysagiste par la société Les compagnons de Saint-Joseph établie le 17 janvier 2020, il ne démontre aucune formation dans les secteurs envisagés et la circonstance que la société CES a demandé une autorisation de travail ne peut être regardée comme constitutive de " motifs exceptionnels " au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant ne saurait être considéré comme faisant état d'un motif exceptionnel, au regard de son expérience et de ses qualifications, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". La préfète du Rhône n'a pas davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
18. Les requérants font valoir la scolarisation de leurs deux filles en France depuis 2016, celle de Mme G B en classe de quatrième pour l'année scolaire 2022-2023 et celle de Mme H B en classe de sixième au titre de l'année scolaire 2022-2023, ainsi que leurs réussites personnelles notamment le 3ème prix de Mme H B au concours de la course au nombre 2023, l'action de Mme G B dans le club écho-délégué et la délivrance de l'attestation scolaire de sécurité routière (ASSR) niveau 1. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la scolarité de leurs enfants ne pourrait se poursuivre en Albanie, pays dont l'ensemble des membres de la famille ont la nationalité et où la cellule famille peut se reconstituer. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
19. En l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 12 et 18 s'agissant des refus d'admission au séjour.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
20. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".
21. Si les requérants, dont les demandes d'asile ont été rejetées, soutiennent qu'ils encourent des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Albanie, où ils seraient exposés à des risques de persécutions, les éléments produits ne permettent pas d'établir la réalité des risques invoqués. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
22. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
23. Pour fixer à six mois la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Rhône a relevé que M. et Mme B avaient fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prise à leur encontre le 12 avril 2017 qu'ils n'avaient pas exécuté et qu'ils étaient dépourvus d'attaches anciennes et stables en France, ayant vécu au moins 37 et 36 ans dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, en dépit de la durée de leur présence en France, et alors même qu'ils ne constitueraient pas une menace à l'ordre public, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions contestées sont entachées d'erreurs d'appréciation des dispositions de articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions de la préfète du Rhône du 6 juin 2023. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2307065 et 2307066 de M. et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A E épouse B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La présidente rapporteure,
V. Vaccaro-PlanchetL'assesseure la plus ancienne
A.-S. Soubié
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Nos 2307065 ' 2307066
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026