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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307084

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307084

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantPRUDHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 aout 2023, Mme A F D, représentée par Me Prudhon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 avril 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler le titre de séjour dont elle était titulaire, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 75 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Prudhon sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, enregistrées le 10 janvier 2024.

La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 et l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante gabonaise née le 14 septembre 2001, entrée en France le 15 octobre 2020, munie d'un visa de long séjour valable du 19 octobre 2020 au 19 octobre 2021, a sollicité, le 31 janvier 2023, le renouvellement de son titre de séjour étudiant valable du 1er novembre 2021 au 31 octobre 2022. Par des décisions du 27 avril 2023, la préfète du Rhône a refusé de renouveler le titre de séjour dont elle était titulaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Mme D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées du 27 avril 2023 sont signées par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du 29 mars 2023, publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le 31 mars 2023, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992. Par ailleurs, elle mentionne les éléments déterminants qui ont conduit la préfète à refuser le renouvellement du titre de séjour de la requérante notamment le fait qu'elle n'établit pas une progression dans ses études supérieures. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, les mentions de la décision attaquée révèlent qu'elle a été précédée d'un examen particulier de la situation de la requérante. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux conditions de délivrance de titres de séjour s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 12 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législatives respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ". Selon les termes de l'article 9 de cette convention : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. () ".

6. Il résulte des stipulations précitées que la situation des ressortissants gabonais désireux de poursuivre des études supérieures en France est régie par les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise visée par le préfet dans la décision attaquée, et non par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la requérante ne peut utilement invoquer une méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France afin de débuter une première année en licence de " langues étrangères appliquées ", qu'elle n'a pas validée deux années de suite, avant de se réorienter en première année de brevet de technicien supérieur " Assurance " pour l'année universitaire 2022-2023, qu'elle n'a pas effectuée en l'absence de contrat d'alternance. Si Mme D produit des fiches de paie pour les mois d'avril, mai et juin 2023, ces documents n'apportent aucun élément de nature à justifier ses échecs successifs. Ainsi, en l'absence de tout progression de la requérante dans ses études en trois ans de scolarité, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les stipulations précitées en considérant que l'intéressée ne justifiait pas d'un suivi réel et sérieux de ses études. Par ailleurs, la décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

8. Mme D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour prise à son encontre, elle n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire serait illégale du fait de l'illégalité de cette décision.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre de frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F D, à la préfète du Rhône et à Me Prudhon.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne,

A.-S. Soubié

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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