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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307335

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307335

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantDJERMOUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 29 septembre 2023, M. F A, représenté par Me Bey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 16 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) de faire injonction à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, reconnu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sans consultation préalable de la commission du titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui fait suite à un refus non fondé d'enregistrer sa demande de titre de séjour, a été prise sans réel examen de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 22 septembre 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. Besse pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de M. Besse, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1994, demande au tribunal d'annuler les décisions du 16 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur la légalité des décisions du 16 août 2023 :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme C B, chargée de mission au bureau de l'éloignement, à laquelle la préfète du Rhône a, par un arrêté du 31 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, délégué sa signature, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E D, elle-même titulaire d'une délégation en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu par les services de police le 8 août 2023 suite à son interpellation et qu'il a alors été interrogé sur les conditions de son séjour en France, ainsi que sur ses liens avec l'Algérie. S'il est vrai qu'il n'a pas alors été spécifiquement informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé disposait d'éléments pertinents qui, s'ils avaient été connus de l'administration, aurait pu conduire la préfète à prendre une autre décision. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. A ne peut utilement soutenir que la préfète du Rhône aurait dû saisir la commission du titre de séjour à l'appui des conclusions de sa requête dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, qui ne constitue pas un refus de délivrance d'un titre de séjour.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu, sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de 29 ans, est entré irrégulièrement en France et qu'il s'y maintient sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, de sorte qu'il pouvait faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que la préfecture du Rhône aurait, à tort selon lui, refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour qu'il avait déposée en mars 2023 reste par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète aurait de ce fait commis une erreur de droit et entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en octobre 2021 selon ses déclarations, soit moins de deux années avant la décision en litige, après avoir vécu l'essentiel de sa vie en Algérie. Si un de ses frères réside en France et s'il y justifie d'une bonne intégration professionnelle, ayant travaillé depuis février 2022, et sociale, ainsi qu'en atteste son investissement dans un club de football, son séjour en France reste ainsi très récent. Dans ces conditions, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. A ne peut pas non plus prétendre à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations citées au point précédent ni par suite à faire valoir que la préfète du Rhône ne pouvait pas pour ce motif l'obliger à quitter le territoire français. Enfin, cette décision n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. En sixième lieu, pour contester l'obligation de quitter le territoire français en litige, M. A ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Au demeurant, et compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'intéressé répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels.

11. Enfin, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions du 16 août 2023 de la préfète du Rhône sont entachées d'illégalité et à en demander l'annulation.

Sur l'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

T. Besse La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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