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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307426

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307426

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- et les conclusions de M. Habchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien né en 1998, entré en France le 15 décembre 2021 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant, a sollicité le 28 août 2022 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par des décisions du 10 août 2023 dont M. A demande l'annulation, la préfète du Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études. Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant est notamment subordonné à la justification, par son titulaire, de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été inscrit en tant qu'auditeur libre à l'université Lyon III au titre de l'année universitaire 2021/2022 alors que son visa en qualité d'étudiant lui avait été délivré en vue de son inscription en licence 1 de géographie auprès de l'Université de Clermont-Auvergne, qu'il s'est ensuite inscrit en licence 1 de sociologie auprès de l'université de Nantes au titre de l'année universitaire 2022/2023 puis en licence 1 de géographie à l'université Lyon III au titre de cette même année, sans toutefois valider ce dernier cursus. En considérant que son inscription en tant qu'auditeur libre, lequel ne confère pas la qualité d'étudiant, puis que son échec en première année de licence 1 de géographie et son changement d'orientation en cours d'année traduisaient un défaut de suivi réel et sérieux de ses études, la préfète du Rhône n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

4. En second lieu, M. A, qui se borne à affirmer qu'il y aurait eu un retard dans la délivrance de son visa et que son inscription aurait été refusée pour ce motif, n'apporte aucun élément de nature à justifier des circonstances qui l'auraient empêché de s'inscrire dans les délais en licence au titre de l'année universitaire 2021/2022. Il n'est pas davantage établi que son état de santé l'aurait empêché de suivre son cursus de licence 1 de géographie, dans lequel il n'a validé aucune unité d'enseignement. Par suite, et eu égard aux éléments mentionnés au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur d'appréciation de l'absence de caractère réel et sérieux de ses études.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, après avoir cité ou mentionné, notamment, les dispositions des articles L. 422-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle indique les différentes étapes du parcours universitaire de M. A en France, précise qu'il ne justifie pas poursuivre des études sérieuses, qu'il est célibataire et sans enfant, entré récemment en France et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, et alors que cette décision n'avait pas à mentionner toutes les circonstances de fait permettant de caractériser la situation de M. A, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort, ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. A avant de prononcer son éloignement du territoire français dans un délai de trente jours. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué n'aurait pas été précédé d'un examen complet et sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

9. Pour soutenir que son état de santé fait obstacle à son éloignement au motif qu'il nécessite des soins dont il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine, M. A se prévaut de plusieurs prescriptions médicales, aux termes desquelles il est atteint d'allergies cutanées, de myopie et souffre de douleurs gastriques. Cependant, il ne ressort pas de ces documents, dont il n'est au demeurant pas établi qu'ils aient été portés à la connaissance de la préfecture du Rhône préalablement à l'adoption de l'arrêté en litige, que le défaut de traitement aurait pour le requérant des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen au regard de ces dispositions, ni méconnu ces mêmes dispositions en adoptant la mesure d'éloignement attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

P. Boulay

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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