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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307571

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307571

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023 à 10h48, M. C D demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 10 septembre 2023 par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié des délégations consenties au signataire ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles souffrent d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il doit être regardé comme un demandeur d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet ne pouvait que prendre à son encontre une décision de transfert sur le fondement de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande d'asile présentée en Allemagne est en cours d'examen ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Des pièces, enregistrées le 14 septembre 2023, ont été produites par le préfet de l'Isère.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme Lacroix pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée ;

- les observations de Me Saidi, pour M. D, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et soutient en outre que son droit à être entendu, prévu par les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, a été méconnu ;

- les observations de Me Tomasi, pour le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- en présence de M. D, assisté de M. A F, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant pakistanais né le 22 février 1992, a, à la suite de son interpellation, fait l'objet d'une vérification de son droit au séjour en France le 9 septembre 2023. Par un arrêté du 10 septembre 2023, notifié le jour même à 13h25, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par une décision du même jour, M. D a été placé en rétention administrative.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. B E, sous-préfet, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet de l'Isère du 10 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, lorsqu'il assure, comme c'était le cas le 10 septembre 2023, la permanence du corps préfectoral. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont ainsi suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, il est constant que M. D a été entendu par les services de police le 9 septembre 2023, à la suite de son interpellation pour des faits de détention de stupéfiants. Si le procès-verbal de son audition n'est pas produit dans le cadre de la présente instance, il ressort de l'ordonnance rendue le 14 septembre 2023 par le conseiller délégué à la cour d'appel de Lyon pour statuer sur l'appel formé sur l'ordonnance du juge des libertés et de la détention que M. D a été interrogé sur sa situation administrative et familiale en France. Dans ces conditions, l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations avant l'édiction de la mesure en litige. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant disposait d'éléments pertinents qui, s'ils avaient été connus de l'administration, auraient pu faire obstacle à la mesure d'éloignement en litige. Dans ces conditions, les moyens tirés du vice de procédure et de ce que les décisions attaquées sont intervenues en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doivent être écartés.

6. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle de M. D.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'aile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

8. En premier lieu, si M. D soutient avoir déposé une demande d'asile en Belgique ou en Allemagne, il ne n'établit pas. Dans ces conditions, alors qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police être venu en France pour le travail et pour voir sa femme et son enfant, le moyen tiré de qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son statut de demandeur d'asile, doit être écarté.

9. En second lieu, M. D a déclaré être entré en France en 2021, entretenir une relation amoureuse avec une ressortissante française, laquelle est enceinte de cinq mois, et travailler en qualité de menuisier. Toutefois, à la barre, il soutient n'être en France que depuis 15 jours. L'ancienneté, la stabilité et l'intensité de la relation amoureuse qu'il entretiendrait avec une ressortissante française n'est pas établie par la seule attestation d'hébergement produite par cette dernière. Son intégration dans la société française par le travail n'est établie par aucune pièce du dossier. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit, pour ces mêmes motifs, être écartés.

En ce qui concerne le pays de destination :

10. Si M. D soutient craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine à savoir le Pakistan, il n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Il en est de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. En vertu de l'article L. 612-10 de ce code, la durée de cette interdiction de retour tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

12. Pour interdire le retour sur le territoire français à M. D pour une durée de deux ans, le préfet a considéré que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire national, qu'il ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire national, qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement du territoire en date du 1er mai 2021 et n'a pas respecté les deux assignations à résidence dont il a fait l'objet le 25 juillet 2021 et 16 février 2022 et enfin que son comportement constitue une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été interpellé le 9 septembre 2023 pour des faits de détention de stupéfiants, faits pour lesquels il est convoqué à une audience du tribunal correctionnel de Grenoble le 18 juin 2024.

13. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les pièces produites ne permettent pas d'attester l'ancienneté, la stabilité et l'intensité de la relation amoureuse qu'il entretiendrait avec une ressortissante française. Il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui ferait obstacle à l'édiction de l'interdiction de retour sur le territoire national. La durée d'interdiction de deux ans n'est pas disproportionnée compte tenu des éléments rappelés au point précédent et de sa situation personnelle. En conséquence, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation des décisions du 10 septembre 2023, par lesquelles le préfet de l'Isère a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. D, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie de ses frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. D doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 septembre 2023.

La magistrat désignée

A. LacroixLe greffier,

T. Clement

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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