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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307592

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307592

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantBAILLY-COLLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 septembre 2023 et le 11 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Bailly-Colliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 juin 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an l'autorisant à travailler, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;

- elle indique à tort qu'il est hébergé par un centre financé par l'Etat ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2024 la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

- les observations de Me Bailly-Colliard, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tchadien, né le 23 avril 1968, entré en France le 28 décembre 2018 muni d'un visa de court séjour valable du 21 décembre 2018 au 9 février 2019, a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 mars 2019 et par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er octobre 2019. Il a ensuite obtenu une carte de séjour temporaire valable un an, du 19 novembre 2021 au 18 novembre 2022, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a sollicité le renouvellement. Il demande au tribunal d'annuler les décisions du 22 juin 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. En l'espèce, il ressort des pièces médicales versées au dossier que M. B souffre d'un diabète de type II, d'une hypertension artérielle, d'une hépatite B, d'une occlusion de la veine centrale de la rétine et qu'il suit des séances de rééducation du rachis lombaire. Ces pathologies ont justifié son suivi par le service hépato-gastro-entérologie de l'Hôpital Saint-Joseph-Saint-Luc de Lyon ainsi que des injections intra-vitréenne d'EYLEA, pour le traitement de l'occlusion de la veine centrale de la rétine, à l'hôpital de la Croix-Rousse de Lyon à compter du 30 novembre 2023, soit postérieurement à la décision attaquée.

6. Pour remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont la préfète du Rhône s'est approprié le sens, M. B fait valoir qu'il ne pourra pas bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine et produit un rapport du ministère de la santé publique tchadien sur la politique nationale de santé 2016-2030 faisant état des difficultés du système de santé de ce pays, ainsi qu'une attestation d'un médecin ophtalmologiste du centre universitaire de la Mère et de l'Enfant de N'Djamena certifiant l'indisponibilité du médicament EYLEA dans ses structures sanitaires. Toutefois, par de telles pièces peu circonstanciées et ne faisant pas état des éventuels traitements alternatifs dont M. B pourrait bénéficier, particulièrement s'agissant des injections intra-vitréennes, ce dernier ne contredit pas utilement l'avis médical du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel il pourra accéder effectivement à un traitement approprié au Tchad. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

8. M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 423-23 précité dès lors qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour en application de ces dispositions et que la préfète, qui n'était pas tenue de le faire d'office, n'a pas apprécié sa demande au regard de ces dispositions. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de ce qu'il est hébergé par la communauté Emmaüs de Vénissieux en contrepartie d'activités solidaires et est employé comme ouvrier polyvalent dans le cadre de contrats d'insertion, il n'est pas contesté qu'il est entré sur le territoire français à l'âge de cinquante ans et que son épouse et leurs dix enfants, dont sept étaient mineurs à la date de la décision attaquée, demeurent au Tchad. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

9. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui auraient dû conduire la préfète du Rhône à l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors en tout état de cause que le requérant n'établit pas avoir présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de cet article, la préfète n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation en ne l'admettant pas de manière exceptionnelle au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de cette illégalité.

11. En deuxième lieu, M. B soutient que la préfète du Rhône a retenu, à tort, qu'il est hébergé par un centre financé par l'Etat, alors que la communauté Emmaüs de Vénissieux qui l'héberge atteste ne recevoir aucune subvention étatique. Cependant, cette erreur n'est pas susceptible d'entacher la décision contestée d'illégalité dès lors que la préfète ne s'est pas fondée sur cette circonstance pour adopter la mesure d'éloignement en cause. Par ailleurs, en tout état de cause, il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision si elle n'avait pas retenu cette circonstance inexacte.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 et dès lors que le requérant ne développe aucun autre argument que ceux précédemment évoqués, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui précède que, M. B n'ayant démontré l'illégalité, ni de la décision refusant de renouveler son titre de séjour, ni de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office serait illégale du fait de cette illégalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet L'assesseure la plus ancienne,

A.-S. Soubié

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

3

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