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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307615

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307615

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307615
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2023, M. A B, représenté par le cabinet Orsec avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2023 par laquelle le maire de Villevocance a retiré la décision tacite du 7 mai 2023 de non-opposition à déclaration préalable en vue de la division d'un terrain situé 250 chemin de la Plaine en deux lots à bâtir ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Villevocance une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de la procédure contradictoire mise en œuvre par la commune qui n'a pas joint l'avis du préfet à son courrier du 9 juin 2023 ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'avis de la préfète de l'Ardèche est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;

- le maire a également commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Villevocance qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 25 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- et les observations de Me Soy, représentant M. B, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 avril 2023, M. B a déposé en mairie de Villevocance une déclaration préalable en vue de la division d'un terrain situé 250 chemin de la Plaine en deux lots à bâtir. En l'absence de décision expresse du maire, une autorisation d'urbanisme tacite est née sur cette demande le 7 mai suivant. Par décision du 6 juillet 2023 dont M. B demande l'annulation, le maire de Villevocance a retiré cette décision de non-opposition à déclaration préalable.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 122-5 de ce code : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Selon l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ".

3. D'une part, les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme régissent entièrement la situation des communes classées en zone de montagne pour l'application de la règle de constructibilité limitée, qu'elles soient ou non dotées de plan local d'urbanisme. D'autre part, par " groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " au sens de ces dispositions, il convient d'entendre un groupe de plusieurs bâtiments qui, bien que ne constituant pas un hameau, se perçoivent, compte tenu de leur implantation les uns par rapport aux autres, notamment de la distance qui les sépare, de leurs caractéristiques et de la configuration particulière des lieux, comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions déjà présentes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant.

4. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet contesté est situé sur le territoire de la commune de Villevocance, commune située en zone de montagne qui n'était pas couverte par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu à la date de la décision tacite de non-opposition. Dès lors, le projet était soumis à l'avis conforme de la préfète de l'Ardèche. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que le service instructeur de la communauté d'agglomération Annonay Rhône Agglo a saisi la préfète pour avis conforme, cette dernière ayant émis un avis défavorable le 5 mai 2023.

5. Le projet consiste à créer deux lots à bâtir sur une parcelle d'environ 2 500 m². Si cette parcelle jouxte au nord une parcelle bâtie, cette dernière ne se situe elle-même pas en continuité d'autres constructions. Par ailleurs, s'il existe à l'est et au sud du terrain d'assiette du projet un certain nombre de constructions, celles-ci sont séparées du terrain par le chemin de la Plaine, voie communale, ainsi que par un chemin privé, ces deux chemins délimitant des compartiments de terrain nettement différenciés qui marquent une rupture de l'urbanisation. Le terrain situé à l'ouest du projet est quant à lui resté à l'état naturel. Dans ces conditions, même si le terrain est desservi par une voie publique et par les réseaux et si plusieurs constructions sont présentes à moins de 150 mètres, la préfète a pu, sans méconnaître l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, fonder son avis défavorable sur le motif tiré de ce que le terrain se situe sur une parcelle vierge de toute construction, dans un secteur naturel ou agricole où l'urbanisation est dispersée et séparée des premières constructions par différentes voiries. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'avis de la préfète de l'Ardèche doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. ".

7. Lorsque la délivrance d'une autorisation d'urbanisme est subordonnée à l'avis conforme d'une autre autorité, le refus d'un tel accord s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation. Par suite, lorsque la demande qui a fait l'objet d'un refus d'accord a donné lieu à une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou à un permis de construire, d'aménager ou de démolir tacites, l'autorité compétente pour statuer sur cette demande est tenue, dans le délai de 3 mois prévu à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, de retirer la décision de non-opposition ou d'autorisation tacite intervenue en méconnaissance de ce refus.

8. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité de l'avis de la préfète de l'Ardèche, le maire de Villevocance, qui a retiré la décision tacite du 7 mai 2023 de non-opposition à déclaration préalable dans le délai de trois mois imparti par l'article L. 425-5 du code de l'urbanisme, était tenu de retirer cette décision intervenue en méconnaissance de cet avis, ainsi que le fait valoir la préfète de l'Ardèche en défense. Dans ces conditions, les moyens tirés d'un vice de procédure, faute de procédure contradictoire préalable régulière, d'un défaut de motivation et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, dirigés contre la décision du 6 juillet 2023, sont inopérants.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 juillet 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Ardèche et à la commune de Villevocance.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La rapporteure,

F.-M. CLe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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