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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307677

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307677

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023, M. B C, représenté par la SELARL Ad Justitiam, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Loire a prononcé son expulsion du territoire français.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il méconnaît les articles L. 631-1, L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il réside depuis plus de dix ans sur le territoire national et est en droit de se réinsérer ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il n'a aucune attache dans son pays d'origine et que ses centres d'intérêts et familiaux sont situés en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Loire a produit des pièces qui ont été enregistrées le 20 février 2024.

Par lettre du 16 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 5 février 2024.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 2 avril 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Flechet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant mongolien, demande l'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Loire a prononcé son expulsion du territoire français.

2. En premier lieu, l'arrêté du 10 juillet 2023 a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature que lui avait consentie le préfet de la Loire par arrêté du 6 février 2023, acte régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen d'incompétence ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-2 de ce code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ". Et aux termes de l'article L. 631-3 du même code, dans sa version alors applicable : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est marié depuis au moins quatre ans soit avec un ressortissant français ayant conservé la nationalité française, soit avec un ressortissant étranger relevant du 1°, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessée depuis le mariage ; / 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; / () ".

4. Par l'arrêté attaqué du 10 juillet 2023, le préfet de la Loire a prononcé l'expulsion de M. C du territoire français après avoir relevé que sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public, l'intéressé ayant fait l'objet de six condamnations pénales entre 2006 et 2019 pour des faits de vols aggravés, vol à l'aide d'une effraction, conduite sans permis, refus d'obtempérer, violences commises en réunion et vol avec torture ou acte de barbarie, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le 7ème jour. Il a écarté l'application des dispositions des articles L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux motifs que l'intéressé ne peut se prévaloir d'aucune mesure de protection contre l'expulsion.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a bénéficié d'un titre de séjour qu'entre le 28 janvier 2012 et le 1er février 2016. En outre, alors qu'il est actuellement incarcéré suite à sa condamnation le 29 mai 2019 par la cour d'assises du Rhône à une peine de huit ans d'emprisonnement, cette période d'incarcération ne peut être regardée comme permettant de justifier d'une résidence régulière en France. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas résider régulièrement en France depuis plus de dix ans. Il n'est donc pas fondé à se prévaloir de la mesure de protection instaurée par le 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut davantage se prévaloir des dispositions des 3° et 4° de l'article L. 631-3 de ce code, qui exigent également une résidence régulière minimale de dix ans en France, le requérant n'alléguant d'ailleurs même pas remplir les autres conditions exigées par ces dispositions.

6. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Comme cela a été dit au point 4 du présent jugement, M. C a fait l'objet de six condamnations pénales entre 2006 et 2019, dont la dernière, pour des faits de vol avec torture ou acte de barbarie, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivie d'une libération avant le 7ème jour, a entraîné une peine de huit ans d'emprisonnement. En outre, l'intéressé est célibataire et sans enfant ou charge de famille. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il a résidé en Russie ainsi qu'en Suisse et qu'il n'a quasiment jamais vécu dans son pays d'origine, il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans ce pays. Dans ces conditions, quand bien même il allègue, sans au demeurant l'établir, être titulaire d'un diplôme de mécanique français et faire partie des " compagnons du devoir ", la décision ordonnant son expulsion ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'est donc pas contraire aux stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté du 10 juillet 2023 par lequel le préfet de la Loire a prononcé son expulsion du territoire français doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La rapporteure,

F.-M. ALe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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