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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307696

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307696

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 septembre 2023 et le 17 septembre 2023, M. G C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon - Saint-Exupéry, représenté par Me Morel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre l'arrêté attaqué ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que sa volonté de solliciter le réexamen de sa demande d'asile n'a pas été pris en compte ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée de disproportion.

La préfète du Rhône a transmis des pièces, enregistrées le 16 septembre 2023, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme B les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 septembre 2023, Mme B a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Morel, avocat de M. C, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et insisté sur l'absence de menace à l'ordre public, sur le fait que le requérant n'a pas indiqué qu'il se soustrairait à l'exécution de la mesure d'éloignement et sur l'erreur de droit tirée de ce que la préfète ne pouvait pas prendre une mesure d'éloignement dès lors que les propos de M. C devaient s'interpréter comme une demande de réexamen de sa demande d'asile et que la préfète du Rhône ne pouvait se borner à constater que sa demande d'asile avait été rejetée ;

- les observations de M. C, requérant, assisté de Mme A, interprète, qui a indiqué souhaiter solliciter l'asile ;

- les observations de Mme D, représentant la préfète du Rhône, qui soutient que les moyens soulevés par le requérant, qui n'a notamment pas sollicité le réexamen de sa demande d'asile, ni fait état de craintes précises en cas de retour dans son pays d'origine, et dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public, doivent être écartés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né en 1995, est entré irrégulièrement en France en mai 2021 d'après ses déclarations. Par l'arrêté attaqué du 14 septembre 2023, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 251-7 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F E, cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté de la préfète du Rhône du 29 août 2023, régulièrement publié le 1er septembre 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté ne peut donc qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne les éléments relatifs à situation du requérant, notamment sa précarité financière et son absence d'hébergement stable, et précise que M. C est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu en situation irrégulière, en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 juin 2022, qu'il a été interpellé pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants et qu'il est connu défavorablement des services de police à différents titres, qui sont précisés dans l'arrêté. Ainsi, alors que la préfète du Rhône n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle du requérant, n'a pas méconnu les exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. C au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, les dispositions des articles L. 521-1, L. 521-4, L. 521-7, L. 541-1, L. 542-2, L. 542-3 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour effet d'obliger l'autorité de police à transmettre au préfet une demande d'asile formulée par un étranger à l'occasion de son interpellation. Il résulte également de ces dispositions que le préfet est tenu d'enregistrer cette demande d'asile et, hors les cas visés aux articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concernant l'hypothèse d'un ressortissant étranger placé en rétention, et aux c) et d) du 2° de l'article L. 542-2 du même code, de délivrer au demandeur l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 de ce code lorsque l'étranger a fourni l'ensemble des éléments mentionnés à l'article R. 521-5 ou, lorsque la demande est incomplète ou les empreintes inexploitables, de convoquer l'intéressé à une date ultérieure pour compléter l'enregistrement de sa demande ou pour procéder à un nouveau relevé de ses empreintes. Ce n'est que dans l'hypothèse où l'attestation de demande d'asile n'a pas été préalablement délivrée par le préfet sur le fondement des dispositions des articles L. 542-2 et L. 542-3 que ce dernier peut, le cas échéant sans attendre que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ait statué, obliger l'étranger à quitter le territoire français.

7. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de police, le 14 septembre 2023, que M. C être entré en France en 2021, y avoir déjà effectué une demande d'asile et avoir " des problèmes d'ethnie " dans son pays d'origine, la Guinée. Si après avoir été informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination des Comores il a déclaré " je veux rester ici car j'ai des problèmes au pays ", il n'a pas indiqué avoir fait l'objet dans son pays d'origine de risques pour sa liberté ou son intégrité physique non plus que pour sa vie ni y être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Compte tenu des conditions dans lesquelles cette déclaration a été formulée, à son caractère imprécis, et alors qu'elle n'était étayée par aucun élément circonstancié, M. C ne peut être regardé comme ayant entendu solliciter le réexamen de sa demande d'asile au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 17 décembre 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 23 mars 2022. Dès lors, l'autorité de police n'était pas tenue de transmettre à la préfète du Rhône cette prétendue demande, laquelle n'était pas tenu de l'enregistrer. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré récemment en France, en mai 2021, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale en France, ni d'une insertion sociale ou professionnelle particulière. En outre, il dispose nécessairement de liens personnels et familiaux en Guinée, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Enfin, le requérant ne justifie pas des craintes qu'il invoque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision.". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

11. Pour refuser à M. C l'octroi d'un délai de départ volontaire, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées en relevant qu'il existait un risque que le requérant se soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre, compte tenu de son entrée irrégulière en France, de sa soustraction à une précédente mesures d'éloignement, de son absence d'hébergement stable ou de moyens de substance effectifs. D'une part, le requérant, qui ne conteste pas être entré irrégulièrement en France et qui a indiqué lors de son audition par les services de police qu'il voulait rester en France, ne justifie pas disposer de garanties de représentation en se bornant à alléguer qu'il disposerait d'un hébergement. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C a été interpellé le 13 septembre 2023 pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, qu'il est défavorablement connu des forces de police pour des faits de violences aggravées par deux circonstances et de participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou destruction ou de dégradation de biens, commis au mois de mai 2023. Eu égard au caractère très récent de ces mises en cause et à la nature des faits qui les ont justifiées, c'est à bon droit que la préfète du Rhône a pu considérer que la présence en France du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a pu lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, la préfète du Rhône s'est fondée sur la circonstance que le requérant, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires, dès lors qu'il est entré récemment en France et s'y maintient irrégulièrement, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 juin 2022 et qu'il est défavorablement connu des services de police et que sa présence en France, ayant été interpellé pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants et était connu pour des faits de violences aggravées par deux circonstances, participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destruction ou dégradation de biens et usage illicite de stupéfiants. Alors que le requérant se borne à faire état de la précarité de sa situation sociale en France, il ne justifie pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. En outre, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à dix-huit mois, cette durée ne présentant en l'espèce pas de caractère disproportionné.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et à la préfète du Rhône.

Jugement rendu en audience publique le 18 septembre 2023.

La magistrate désignée,

P. B

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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