jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2307707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MAILLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 15 et 19 septembre 2023, M. A alias E C, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 15 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel l'autorité préfectorale l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient que :
- il a quitté son pays d'origine, où sa mère est décédée brutalement il y a quelques années, pour des motifs économiques ;
- il est présent en France depuis cinq ans, où il s'est approché de sa famille paternelle, et y a rencontré sa compagne avec laquelle il a pour projet de se marier et de fonder une famille ;
- il bénéficie d'une prise en charge médicale et de l'aide médicale d'État sur le territoire français et souhaiterait pouvoir y travailler légalement ;
- sa compagne dispose d'un contrat à durée indéterminée et ne perçoit aucune aide sociale ;
- les faits de soustraction frauduleuse de ferraille qu'il a commis de manière irréfléchie sont répréhensibles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A alias C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;
- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Gaillard, greffière :
- le rapport de M. Gueguen ;
- les observations de Me Mailly, avocate de permanence, représentant M. A alias C, qui conclut aux mêmes fins et à ce que le requérant soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en précisant que, par l'argumentaire développé dans sa requête présentée de manière manuscrite, l'intéressé doit être regardé comme soutenant que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mais qu'il se désiste de son argumentation relative à son état de santé dès lors qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ; elle insiste à cet égard, d'une part, sur le fait que M. A alias C vit depuis deux ans en concubinage avec une compatriote résidant régulièrement en France sous couvert d'un certificat de résidence d'une durée de validité de dix ans, et, d'autre part, sur la circonstance tirée de ce que le couple a déposé un dossier de mariage auprès des services de la commune de Rillieux-la-Pape le 8 septembre 2023, soit antérieurement à l'édiction de la mesure contestée ; elle soutient, en outre, d'une part, que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le comportement du requérant ne constitue pas une menace actuelle pour l'ordre public, d'autre part, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du même code au regard de la situation personnelle de l'intéressé, alors qu'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) le privera de l'accès à l'ensemble de cet espace, et, enfin, que la décision portant assignation à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- et les observations de M. A alias C, assisté de M. B F, interprète en langue arabe, qui déclare, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, que bien qu'étant connu de l'administration sous l'identité de M. E C, sa véritable identité est celle de M. E D, qu'il n'avait pas compris la précédente mesure d'éloignement dont il avait fait l'objet, qu'il regrette l'erreur qu'il a commise à proximité d'un chantier et qu'il souhaite pouvoir demeurer en France, auprès de sa compagne, n'ayant plus aucune famille en Algérie.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A alias E C selon ses écritures, ressortissant algérien, déclare être entré en France au cours de l'année 2018 où il est connu des services préfectoraux et de la police nationale sous les identités de M. E C nés les 3 mars et 3 mai 1994 à Mostaganem. Après avoir été interpellé sur le territoire de la commune de Rillieux-la-Pape par les services de la police nationale le 7 août 2020, puis placé en garde à vue pour des faits de " conduite d'un véhicule sans permis ", de " circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance " et d'" entrée irrégulière d'un étranger en France ", l'intéressé a fait l'objet, le 8 août suivant, d'un arrêté par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office. Le 14 septembre 2023, M. A alias C a été interpellé sur le territoire de la commune de Villeurbanne puis placé en garde à vue pour des faits de " vol sur chantier ". Par des décisions du 15 septembre suivant, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois. Enfin, par un arrêté du même jour, l'autorité préfectorale l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours, où il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de sa situation administrative, en l'obligeant à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, auprès des services de la direction zonale de la police aux frontières de Lyon afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet et les démarches entreprises pour l'obtention d'un document de voyage, et en lui interdisant de sortir de ce département sans autorisation. Le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A alias C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligatoire de quitter le territoire français :
4. Selon les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. M. A alias C soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il est présent en France " depuis 5 ans ", où il s'est rapproché de sa " famille paternelle ", qu'il y a rencontré une compatriote en situation régulière avec laquelle il projette de se marier et essaye de fonder une famille, l'intéressée ayant fait une " fausse couche en 2023 ", qu'il souhaiterait y travailler légalement, qu'il regrette les faits qu'il a commis le 14 septembre 2023 et qu'il ne dispose plus d'aucune attache familiale dans son pays d'origine qu'il a quitté pour des motifs économiques. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui ne justifie pas de sa date d'entrée sur le territoire français et n'établit ni même n'allègue y avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, s'y maintient irrégulièrement en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 8 août 2020, laquelle lui avait été notifiée le jour-même par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe, méconnaissant ainsi une mesure de police administrative édictée par une autorité publique. À cet égard, si l'intéressé soutient dans ses écritures, comme il l'a déclaré lors de son audition par les services de la police nationale le 15 septembre 2023, être présent en France " depuis 5 ans ", il ressort du procès-verbal de sa précédente audition par ces mêmes services le 8 août 2019 qu'il avait alors déclaré être présent en France depuis " 2 mois " et vivre en Italie " depuis 2 ans ". Par ailleurs, si M. A alias C fait état de son concubinage avec une compatriote titulaire d'un certificat de résidence valide du 30 mai 2023 au 29 mai 2033, et s'il verse au débat, outre une attestation rédigée par cette dernière le 19 septembre 2023 précisant qu'ils sont " en couple depuis 2021 " et qu'elle l'héberge " depuis le 21 juin 2021 ", deux documents attestant d'un domicile commun les 21 août et 18 septembre 2023, la première page d'un dossier de " projet de mariage " qu'il déclare avoir remis aux services de la commune de Rillieux-la-Pape le 8 septembre 2023, ainsi que quatre témoignages rédigés par ses cousins les 18 et 19 septembre 2023 dans des termes généraux et peu circonstanciés, ces seuls éléments ne sont pas de nature à démontrer l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire français, en particulier vis-à-vis de sa compagne avec laquelle il ne justifie d'une communauté de vie que depuis quelques semaines à la date de la décision contestée. En outre, si le requérant verse au débat une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée (CDI) en qualité de peintre rédigée par la société par actions simplifiée (SAS) HBGI le 18 septembre 2023, il ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle sur le territoire national où il a déclaré, au cours de son audition du 15 septembre 2023, être " sans ressources " et " sans profession ", et il ressort des pièces produites en défense qu'il y est défavorablement connu des services de la police nationale pour avoir fait l'objet de deux signalements au sein du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) entre les années 2020 et 2023. Enfin, si M. A alias C verse au dossier un acte de décès algérien du 6 décembre 2021, il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. Selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Toutefois, l'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743--5 et L. 751-5. "
7. Pour refuser d'accorder un délai de départ à M. A alias C, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, en considérant, tout d'abord, que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, et, ensuite, qu'il existait, en l'absence de circonstances particulières, un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, dès lors, d'une part, qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français dans la mesure où il ne démontrait pas être détenteur d'un passeport revêtu du visa obligatoire ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'autre part, qu'il s'était soustrait à l'exécution de la précédente mesure dont il avait fait l'objet, et, enfin, qu'il ne justifiait pas de garanties de représentation suffisantes compte tenu de ce qu'il ne pouvait justifier d'un hébergement stable et établi sur le territoire national, ni de la réalité de ces moyens d'existence effectifs. En l'espèce, si le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace actuelle pour l'ordre public, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été interpellé puis placé en garde à vue le 14 septembre 2023 pour des faits de " vol sur chantier " commis sur le territoire de la commune de Villeurbanne avec l'aide d'une camionnette aux alentours de vingt-deux heures, lesquels faits, au demeurant reconnus par l'intéressé, ont donné lieu à des poursuites pénales, l'intéressé s'étant vu notifier, le 15 septembre suivant, une convocation devant le tribunal judiciaire de Lyon le 4 octobre 2023 aux fins de notification d'une ordonnance pénale délictuelle pour avoir " frauduleusement soustrait de la ferraille, avec cette circonstance que les faits ont été commis en réunion ". Compte tenu du caractère récent de ces faits et de leur gravité, l'autorité préfectorale n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que le comportement de M. A alias C constituait, à la date du 15 septembre 2023, une menace pour l'ordre public. Au surplus, le requérant ne conteste aucun des trois autres motifs de la décision contestée qui sont, à eux-seuls, de nature à la justifier légalement.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
9. Pour prononcer à l'encontre de M. A alias C une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois, la préfète du Rhône, après avoir retenu l'absence de circonstances humanitaires, a relevé que l'intéressé ne justifiait ni de la nature, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il se maintenait irrégulièrement sur le territoire français en dépit de la précédente mesure d'éloignement dont il avait fait l'objet et que sa présence sur le territoire national représentait une menace pour l'ordre public. En l'espèce, si le requérant, qui ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire, a fait état, lors de l'audience publique, des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale précédemment exposés au point 5, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'intéressé, dont la présence en France demeure récente, n'y justifie pas de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut. Par ailleurs, M. A alias C a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 8 août 2020. En outre, il résulte également de ce qui a été exposé au point 7 que la présence de l'intéressé sur le territoire national représente une menace pour l'ordre public. Enfin, l'autorité préfectorale s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à trois ans. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni davantage fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en prononçant à l'encontre de M. A alias C une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
10. En second lieu, selon les termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".
11. Si M. A alias C a fait état, lors de l'audience publique, de ce que son signalement à fin de non-admission dans le SIS le privera de l'accès à l'ensemble de l'espace Schengen, il résulte toutefois des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, par dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Par suite, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours :
12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligatoire de quitter le territoire français doit être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A alias C doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. A alias C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A alias C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A alias E C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
C. Gueguen
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026