mardi 19 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2307711 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MAILLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2023, M. C G, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;
3°) d'annuler les décisions du 13 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
- elles sont insuffisamment motivées au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que, ayant déposé une demande d'asile en Allemagne qui n'a pas été définitivement rejetée, il n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les dispositions du 3° du même article ainsi que celles de l'article L. 612-3 du même code, dès lors qu'il ne dispose d'aucun moyen pour régulariser sa situation sur le territoire français compte tenu de son statut d'apatride, qu'il n'a jamais déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il présente des garanties de représentation suffisantes au regard de son temps de présence et de ses attaches en France ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a aucune nationalité ni document de voyage en cours de validité délivré par un quelconque État, qu'il n'est actuellement admissible dans aucun pays et que la préfète du Rhône n'en a identifié aucun alors qu'il lui avait fait part de son apatridie ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère disproportionné ;
- son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) l'empêchera d'obtenir un visa et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 18 septembre 2023, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et le protocole relatif au statut des réfugiés, conclu à New-York le 31 janvier 1967 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;
- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Gaillard, greffière :
- le rapport de M. Gueguen ;
- les observations de Me Mailly, avocate de permanence, représentant M. G, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant, d'une part, sur le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le requérant dispose de l'ensemble de ses attaches en France où il a vécu à plusieurs reprises et avait été scolarisé, et, d'autre part, sur l'illégalité de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, dès lors que l'intéressé, qui appartient à la communauté Rom, n'a aucune nationalité et qu'il n'est légalement admissible dans aucun pays ; elle insiste également sur la circonstance que le comportement de M. G ne représente pas une menace actuelle pour l'ordre public ; elle précise enfin que les parents de l'intéressé n'avaient effectué aucune démarche pour qu'il puisse obtenir un titre de séjour à l'âge de dix-huit ans, qu'il n'a pas été en mesure d'effectuer de telles démarches à sa majorité dès lors qu'il était incarcéré et qu'il n'avait pas connaissance de la nécessité de solliciter la reconnaissance du statut d'apatride ;
- les observations de M. G, qui déclare, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, être né en Allemagne, appartenir à la communauté Rom d'Europe et avoir passé l'essentiel de son existence en France, où il a été scolarisé, lorsqu'il était mineur, avant de retourner dans son pays de naissance au cours de l'année 2015, où ses parents ont déposé une demande d'asile en son nom ; il indique être arrivé en France pour la dernière fois au cours de l'année 2022, à Grenoble, après avoir séjourné en Suisse où il avait rejoint sa mère suite à l'incarcération de son père et à son placement dans un foyer ; il indique enfin n'être reconnu par aucun État, ses parents, respectivement nés en Italie et en Bulgarie, ne lui ayant transmis aucune nationalité, et avoir l'intention de solliciter prochainement le statut d'apatride dont il n'avait pas connaissance ;
- et les observations de M. A, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés ; il insiste en particulier sur le caractère infondé du moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le requérant, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français où il a déclaré être présent depuis un an lors de son audition par les services de la police nationale le 8 avril 2023, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et que la demande d'asile qui avait été déposée en son nom auprès des autorités allemandes le 31 juillet 2015, alors qu'il était mineur, a été définitivement rejetée le 22 mars 2016 ; il insiste également sur l'absence d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, dès lors qu'il n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut en France alors que son comportement y est constitutif d'une menace à l'ordre public ; il indique, en outre, qu'en dépit du manque de coopération de M. G, les services de la préfecture du Rhône ont effectué des recherches au sein du fichier national des étrangers (FNE) concernant ses parents, sans succès s'agissant de sa mère en raison de l'identité figurant sur son acte de naissance ; il précise enfin, en réponse à la question qui lui a été posée, que les services de la préfecture du Rhône ne disposent actuellement d'aucune information sur la nationalité exacte de M. G.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, né le 13 septembre 2004 à Cologne, en Allemagne, déclare être de nationalité indéterminée, appartenir à la communauté Rom et être entré pour la dernière fois en France au cours de l'année 2022, où il est également connu des services de la police nationale sous l'identité de M. C G né le 13 septembre 2005. Après avoir été interpellé à Lyon puis placé en garde à vue le 7 avril 2023, par des décisions du lendemain, la préfète du Rhône a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois. Cependant, M. G a été écroué à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas dès le 8 avril 2023, suite à un mandat de dépôt ordonné à l'issue d'une comparution immédiate, et par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon en date du 11 avril suivant, l'intéressé a été condamné à une peine d'emprisonnement délictuel de six mois pour des faits d'" usage illicite de stupéfiants " et de " vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance ". Au cours de son incarcération, les services de la préfecture du Rhône ont d'abord saisi les services de la direction zonale de la police aux frontières (DZPAF) de Lyon le 29 août 2023 afin d'obtenir des " éléments d'identification " le concernant. Le 5 septembre suivant, la préfète du Rhône a saisi les autorités allemandes d'une demande de reprise en charge de l'intéressé sur le fondement des dispositions de l' " article 18, paragraphe 1, b) " et de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, après que les recherches effectuées ont notamment révélé qu'une demande d'asile le concernant avait été déposée en Allemagne le 31 juillet 2015 puis rejetée le 22 mars 2016. Alors que la date de libération prévisionnelle de M. G était fixée au 8 septembre 2023 compte tenu d'un crédit de réduction de peine de trente jours, par un arrêté du même jour, la préfète du Rhône a ordonné le placement en rétention administrative de l'intéressé pour une durée de quarante-huit heures, " sur la base d'une demande de réadmission adressée aux autorités allemandes au titre de la procédure Dublin " le 8 septembre 2023, lequel placement en rétention a été prolongé pour une durée de vingt-huit jours par une ordonnance de la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon en date du 10 septembre suivant. Enfin, après que les autorités allemandes ont rejeté cette demande le 12 septembre 2023, par des décisions du 13 septembre 2023, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur la demande de communication du dossier par l'administration :
4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".
5. La préfète du Rhône ayant produit, le 18 septembre 2023, les pièces relatives à la situation administrative de M. G, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
6. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que par un arrêté du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le lendemain, la préfète de ce département a notamment donné délégation de signature à Mme F E, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la totalité des actes établis par la direction dont elle dépend, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Or, le requérant n'établit ni même n'allègue que Mme D n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
8. Les décisions contestées visent les textes dont elles font application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. G sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ainsi que pour décider, dans son principe et dans sa durée, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, et si l'intéressé lui fait grief de ne pas avoir pris " en compte la durée de (s)a présence en France " ni sa qualité de " demandeur d'asile en Allemagne ", ces circonstances sont, en tout état de cause, sans incidence sur la motivation des décisions attaquées qui s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Dans ces conditions, les décisions contestées, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions citées au point précédent.
9. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. G. À cet égard, si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir tenu compte de sa qualité de " demandeur d'asile en Allemagne ", il ressort toutefois des pièces produites en défense à la demande du tribunal que les services de la préfecture du Rhône et du ministère de l'intérieur et des outre-mer ont effectué des démarches le 29 août et les 5 et 8 septembre 2023 en vue de déterminer si les autorités allemandes avaient, le cas échéant, définitivement statué sur la demande de protection internationale déposée en sa faveur. Par ailleurs, si M. G reproche à la préfète du Rhône de ne pas avoir pris en compte la " durée de (s)a présence en France ", la divergence d'analyse quant à l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire français n'est pas de nature à établir le défaut d'examen allégué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, qui constitue l'un des instruments du régime d'asile européen commun (RAEC) " fondé sur l'application intégrale et globale de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York du 31 janvier 1967 " : " Aux fins du présent règlement, on entend par: / a) "ressortissant de pays tiers", toute personne qui n'est pas un citoyen de l'Union au sens de l'article 20, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et qui n'est pas un ressortissant d'un État participant au présent règlement en vertu d'un accord avec l'Union européenne; / b) "demande de protection internationale", une demande de protection internationale au sens de l'article 2, point h), de la directive 2011/95/UE; / c) "demandeur", le ressortissant de pays tiers ou l'apatride ayant présenté une demande de protection internationale sur laquelle il n'a pas encore été statué définitivement; () ". Selon les termes de l'article 18 du même règlement : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de: / () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre; / () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre () ". Par ailleurs, aux termes du paragraphe 1 de l'article 24 de ce même règlement : " Lorsqu'un État membre sur le territoire duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b) () ou d), se trouve sans titre de séjour et auprès duquel aucune nouvelle demande de protection internationale n'a été introduite estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b) () ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. ". Toutefois, le paragraphe 4 du même article prévoit que : " Lorsqu'une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point d), du présent règlement dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision définitive dans un État membre, se trouve sur le territoire d'un autre État membre sans titre de séjour, ce dernier État membre peut soit requérir le premier État membre aux fins de reprise en charge de la personne concernée soit engager une procédure de retour conformément à la directive 2008/115/CE ".
11. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
12. Enfin, il ressort des dispositions des articles L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, de celles des articles L. 615-1 et suivants relatives aux cas de l'étranger obligé de quitter le territoire d'un autre État membre de l'Union européenne ou d'un État dans lequel s'applique l'acquis de Schengen et de celles des articles L. 621-1 et suivants relatives aux procédures de remise aux États membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre.
13. Toutefois, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile. En effet, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Ainsi, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les États membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles de l'un de ces États, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions des articles L. 571-1 et suivants du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 572-1 du même code. En revanche, en application des dispositions de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, lorsqu'il a été définitivement statué sur sa demande, l'étranger peut faire l'objet soit d'une procédure de réadmission vers l'État qui a statué sur sa demande, soit d'une obligation de quitter le territoire français.
14. Pour obliger M. G à quitter le territoire français, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en relevant que l'intéressé ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire national, dans la mesure où il ne démontrait pas être détenteur d'un passeport en cours de validité revêtu du visa obligatoire, ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En l'espèce, le requérant, qui avait déclaré, lors de son audition par les services de la police nationale le 8 avril 2023, être présent en France " depuis un an ", ne justifie pas y être entré régulièrement, et il est constant qu'il ne dispose d'aucun titre de séjour en cours de validité, les circonstances que ses parents n'aient effectué aucune démarche en vue de sa régularisation à sa majorité, qu'il n'ait pas été en mesure d'effectuer de telles démarches après ses dix-huit ans compte tenu de son incarcération et qu'il n'avait pas connaissance de la nécessité de solliciter la reconnaissance du statut d'apatride étant à cet égard sans incidence, alors au surplus qu'il ne justifie pas avoir été dans l'impossibilité d'effectuer lesdites démarches entre sa majorité acquise le 13 septembre 2022 et son incarcération à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas le 8 avril 2023. Dès lors, M. G entrait dans les prévisions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'autorité préfectorale de prononcer une mesure d'éloignement. Par ailleurs, si le requérant, qui ne s'était au demeurant pas prévalu de sa qualité de demandeur d'asile lors de son audition précitée du 8 avril 2023, ni dans les observations écrites qu'il avait présentées le 7 juin 2023 dans la perspective de l'édiction d'une mesure d'éloignement, soutient que la demande d'asile déposée en sa faveur en Allemagne le 31 juillet 2015 n'avait pas fait l'objet d'une décision de rejet définitive, de sorte qu'il n'entrait pas dans le champ d'application de ces dispositions mais dans celui des dispositions des articles L. 571-1 et suivants du même code et que sa situation de demandeur d'asile imposait à la préfète du Rhône d'édicter une décision de réadmission sur le fondement de l'article L. 572-1 de ce code, il ressort toutefois des éléments produits en défense à la demande du tribunal que cette demande de protection internationale avait été définitivement rejetée par les autorités allemandes le 22 mars 2016. Dans ces conditions, l'intéressé pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français conformément aux dispositions précitées du paragraphe 4 de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Enfin, si M. G soutient que la France serait devenue " responsable de l'examen de (s)a demande d'asile " et doit le " mettre en mesure d'en introduire une sur son territoire ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait sollicité une demande de protection internationale auprès des autorités françaises. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur de droit en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En deuxième lieu, selon les termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
16. M. G soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il a passé la " grande majorité " de son enfance en France, où il a été scolarisé, qu'il y vit désormais après avoir passé quelques années en Allemagne et en Suisse, qu'il maitrise la langue française et qu'il n'a plus aucune famille ailleurs que sur le territoire français. Toutefois, le requérant, qui a déclaré, lors de son audition par les services de la police nationale le 8 avril 2023, être présent en France depuis " un an ", soit depuis le mois d'avril 2022, s'y maintient en situation irrégulière depuis sa majorité acquise le 13 septembre 2022, et il est constant qu'il n'y a entamé aucune démarche en vue de sa régularisation. Par ailleurs, l'intéressé ne produit pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations de nature à justifier l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national, antérieurement ou postérieurement à son séjour dans d'autres pays de l'Union européenne ou parties à l'accord de Schengen, en particulier vis-à-vis des membres de sa famille qui résideraient en France. À cet égard, ses seules déclarations, même corroborées par ses observations orales et écrites des 8 avril et 7 juin 2023, ne permettent pas d'établir la réalité de son parcours migratoire. En outre, M. G, qui ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle en France, l'intéressé ayant déclaré, le 8 avril 2023 être " sans profession ", ne disposer d' " aucune ressource ", " demander de l'argent " pour subvenir à ses besoins et être hébergé dans un " foyer pour les réfugiés " situé à Grenoble, est défavorablement connu des services de la police nationale pour avoir fait l'objet de neuf signalements au sein du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) entre les années 2017 et 2023 avant d'être condamné à une peine d'emprisonnement délictuel de six mois par le tribunal correctionnel de Lyon le 11 avril 2023 pour des faits d'" usage illicite de stupéfiants " et de " vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance ". Enfin, M. G n'établit pas être dépourvu d'attache dans d'autres pays que la France, l'intéressé déclarant notamment avoir séjourné en Allemagne, où il disposait d'ailleurs d'une autorisation temporaire de résidence valable jusqu'au 17 mai 2021 selon les éléments produits en défense, ainsi qu'en Suisse. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, la préfète du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. En dernier lieu, M. G ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe de non-refoulement garanti par les stipulations de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés dès lors qu'il n'a pas la qualité de demandeur d'asile et ne s'est pas vu reconnaître le statut de réfugié. Par suite, le moyen est en tout état de cause inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
18. Selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Toutefois, l'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-5 et L. 751-5. ".
19. Pour refuser d'accorder un délai de départ à M. G la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, en considérant, tout d'abord, que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, et, ensuite, qu'il existait, en l'absence de circonstances particulières, un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, dès lors, d'une part, qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français dans la mesure où il ne démontrait pas être détenteur d'un passeport revêtu du visa obligatoire ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et, d'autre part, qu'il ne justifiait pas de garanties de représentation suffisantes compte tenu de ce qu'il ne pouvait justifier d'un hébergement stable et établi sur le territoire national, ni de la réalité de ces moyens d'existence effectifs. En l'espèce, si le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace actuelle pour l'ordre public, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est défavorablement connu des services de la police nationale pour avoir fait l'objet de neuf signalements au sein du FAED entre les années 2017 et 2023 pour des faits de " vol à l'étage ", de " vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt ", de " vol aggravé ", de " cambriolages de lieux d'habitation principale ", de " recel de bien provenant d'un vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lien d'entrepôt aggravé par une autre circonstance ", et qu'il a été condamné à une peine d'emprisonnement délictuel de six mois par le tribunal correctionnel de Lyon le 11 avril 2023 pour des faits d'" usage illicite de stupéfiants " et de " vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance " après avoir été interpellé et placé en garde à vue le 8 avril 2023. Compte tenu du caractère récent de ces faits, de leur gravité et de leur réitération dans un court laps de temps, l'autorité préfectorale n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que le comportement de M. G constituait, à la date du 13 septembre 2023, une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant n'établit ni même n'allègue être rentré irrégulièrement sur le territoire français, et s'il fait état de ce qu'il ne dispose d'aucun moyen pour régulariser sa situation compte tenu de son " statut d'apatride ", en tout état de cause, il est constant qu'il n'a entamé aucune démarche en vue de l'obtention d'un tel statut. En outre, l'intéressé ne peut utilement soutenir n'avoir jamais déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, ni n'avoir jamais fait l'objet d'une telle mesure auparavant, dès lors qu'il résulte de ce qui vient d'être dit que la préfète du Rhône ne s'est pas fondée sur les dispositions du 4° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Enfin, si M. G soutient qu'il présente des garanties de représentation suffisantes au regard de son temps de présence et de ses attaches en France, il n'apporte pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Par suite, l'autorité préfectorale n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
20. Selon les termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
21. La décision contestée, après avoir mentionné que M. G se déclarait de " nationalité indéterminée " et relevé qu'il n'établissait pas " que sa vie ou sa liberté (serait) menacée ou qu'il (serait) exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans le cadre " de l'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, prévoit que l'intéressé sera " reconduit d'office dans le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il démontre être légalement admissible ". Toutefois, il est constant que la nationalité de M. G n'est pas déterminée, le requérant soutenant n'en posséder aucune et l'administration ayant précisé, lors de l'audience publique, ne disposer d'aucune information de nature à le contredire utilement sur ce point. Par ailleurs, l'intéressé soutient, sans être davantage contredit, n'être légalement admissible dans aucun autre pays. Par suite, M. G est fondé à soutenir que la préfète du Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
22. Il résulte de ce qui précède que M. G est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :
23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
24. Pour prononcer à l'encontre de M. G une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois, la préfète du Rhône, après avoir retenu l'absence de circonstances humanitaires, a notamment relevé que l'intéressé ne justifiait ni de la nature, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence sur le territoire national représentait une menace pour l'ordre public. En l'espèce, le requérant, qui fait état des éléments relatifs à sa situation personnelle précédemment exposés au point 16, soutient qu'il justifiait de circonstances humanitaires de nature à justifier que l'autorité préfectorale n'édicte pas une interdiction de retour que l'interdiction prononcée à son encontre serait disproportionnée. Toutefois, M. G ne justifie pas de telles circonstances par ses seules allégations générales et il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'intéressé, dont la présence en France demeure récente à la date de la décision contestée, n'y justifie pas de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 8 avril 2023, nonobstant la circonstance qu'il n'ait pas été en mesure de l'exécuter suite à son incarcération à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas le jour-même. En outre, il résulte de ce qui a également été exposé au point 19 que la présence du requérant sur le territoire national représente une menace pour l'ordre public. Enfin, l'autorité préfectorale s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à trois ans. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni davantage fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en prononçant à l'encontre de M. G une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
25. En second lieu, selon les termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. ()
26. Si M. G soutient que son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue " une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen ", il résulte toutefois des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, par dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Par suite, le moyen doit être écarté.
27. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. G est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur les frais non compris dans les dépens :
28. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. G sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 13 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel M. G pourra être éloigné d'office est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et à la préfète du Rhône.
Lu en audience publique le 19 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
C. Gueguen
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026