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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307754

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307754

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 20 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 16 septembre 2023 par lesquelles la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de douze mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 16septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de faire procéder à l'effacement de son signalement au fichier d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les exigences de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans son principe ; son quantum est disproportionné au regard de sa vie privée et familiale ainsi que de l'intérêt supérieur de ses enfants ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement le visant.

Des pièces ont été enregistrées le 19 septembre 2023 pour le préfet de la Loire et ont été communiquées.

Par un mémoire, enregistré le 20 septembre 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Gilbertas.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,

- les observations de Me Vray, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

La préfète de l'Allier et le préfet de la Loire n'étaient ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 25 juin 1978, demande l'annulation des décisions du 16 septembre 2023 par lesquelles la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de douze mois. Il demande également l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

3. D'une part, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour dont il fait application et relève les éléments biographiques de M. A pertinents pour cette application. En particulier, ces mentions font état de ce que l'intéressé réside en France et qu'il a trois enfants. A cet égard, la seule absence de visa de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est pas de nature à révéler que l'intérêt supérieur des enfants du requérant n'aurait pas été pris en compte. Cette motivation, suffisante, ne révèle pas, non plus que les autres pièces du dossier, le défaut d'examen dont le requérant soutient que l'arrêté attaqué serait entaché. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. M. A fait valoir une présence en France depuis près de quatre années à la date de la décision attaquée, ainsi que celle de son épouse et de leurs trois enfants, dont l'aînée est scolarisée en classe de CE2. Il indique aussi être en attente du résultat de l'examen d'équivalence de sa qualification de médecin en France, examen passé pour la troisième fois à ses dires. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement dès le 24 janvier 2022 à laquelle il n'a pas déféré, son épouse ne disposant pas non plus de droit au séjour. De telles circonstances, pas plus que celle tenant à ses tentatives pour l'instant infructueuses d'obtenir une équivalence de sa formation, ne sont de nature à caractériser des liens particuliers avec la France. Enfin, compte tenu du jeune âge des enfants du couple, la décision en litige ne saurait être regardée comme portant à leur intérêt supérieur l'atteinte alléguée. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

En ce qui concerna la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

7. Pour interdire de retour sur le territoire national, pour une durée de douze mois, la préfète de l'Allier a relevé, au visa des dispositions précitées, que les liens de M. A, tels qu'analysés au point 5 du présent jugement, ne pouvaient être regardés comme anciens, stables ou intenses et qu'il s'était, ainsi qu'il a été dit, soustrait à une précédente mesure d'éloignement. La même autorité a également relevé que sa présence ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Ce faisant, la préfète de l'Allier a suffisamment motivé sa décision pour l'application des dispositions précitées. Contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, l'ensemble des circonstances décrites précédemment ne saurait être regardé comme des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction de la mesure, ou l'entachant d'erreur manifeste, et le quantum retenu, de douze mois, n'apparaît pas en l'espèce disproportionné au regard de l'objectif de la mesure et des éléments privés et familiaux dont M. A se prévaut. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

9. D'un part, le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation de la requête, les conclusions à fin d'injonction les assortissant doivent être rejetées par voie de conséquence.

10. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Vray, à la préfète de l'Allier et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. Gilbertas

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier et au préfet de la Loire, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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