jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2307821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | EL-KOLEI-HAMEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 septembre 2023 et un mémoire enregistré le 7 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Yacine El-Kolei-Hamel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de surseoir à statuer jusqu'à ce que la Cour de justice de l'Union européenne se prononce dans l'affaire enregistrée sous le n° C-166/13 ;
2°) d'annuler les décisions du 5 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de procéder dans le même délai et sous la même astreinte au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil par application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de séjour opposé à sa demande est insuffisamment motivé et ne comprend pas les éléments intéressant sa situation personnelle ;
- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant le séjour ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours a été prise sur le fondement de dispositions législatives contraires au droit de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise alors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la préfète du Rhône s'est dispensée de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle, laquelle était pourtant susceptible de justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- la préfète du Rhône s'est illégalement crue liée par le rejet, par les autorités compétentes, de sa demande d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 21 septembre 2023.
Les parties ont été informées le 26 octobre 2023 de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions qui tendent à l'annulation d'une décision portant refus de séjour à M. A.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me El-Kolei-Hamel pour M. A, qui a repris ses conclusions et moyens.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 5 août 1988, déclare être entré en France le 21 novembre 2016 et a sollicité l'asile. Cette demande a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, par des décisions des 24 janvier et 6 septembre 2018. L'intéressé a demandé le réexamen de sa demande d'asile, qui a fait l'objet de décisions de rejet les 8 octobre et 30 décembre 2019. Il avait, entre temps, fait l'objet le 28 mars 2019 d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français décidée à son encontre par le préfet du Rhône.
2. Par les décisions contestées du 5 septembre 2023, la préfète du Rhône a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.
Sur la demande de sursis à statuer :
3. La Cour de justice ayant statué par un arrêt C-166/13 du 5 novembre 2014 Sophie Mukarubega sur les questions préjudicielles dont elle était saisie par le tribunal administratif de Melun, la demande de sursis à statuer présentée par M. A jusqu'à ce que la Cour se prononce dans cette affaire est manifestement mal fondée et ne peut donc être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le " refus de séjour " :
4. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune des décisions contestées dans la présente instance n'a pour objet le refus de délivrance d'un titre de séjour qui aurait été sollicité par M. A. Les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision sont donc irrecevables.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, la mesure d'éloignement contestée est fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui disposent que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Il s'ensuit que cette décision n'a pas pour fondement un refus de titre de séjour qui aurait été opposé à la demande de M. A, et que le moyen tiré de l'exception d'illégalité d'une telle décision n'est, dès lors, et en toute hypothèse, pas fondé.
6. En deuxième lieu, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est suffisamment motivée.
7. En troisième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Si M. A expose travailler en France où résident ses deux frères en région lyonnaise, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé travaille en situation irrégulière et que sa famille proche, constituée de son épouse et de leurs trois enfants mineurs, vivent en Guinée. Dans le dernier état de ses écritures, le requérant fait valoir que les membres de sa famille résident en France, et en outre que son état de santé justifie qu'il soit autorisé à y demeurer. Toutefois, invité par le tribunal à justifier de la présence en France de sa famille et de son état de santé, l'intéressé n'a produit aucun élément. Il s'ensuit qu'en faisant obligation de quitter le territoire français à M. A, la préfète du Rhône n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire de trente jours :
9. En premier lieu, d'une part, contrairement à ce que soutient M. A, la décision par laquelle l'autorité administrative lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours a été prise sur le fondement de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur celui, qui n'est plus en vigueur depuis le 1er mai 2021, de l'article L. 511-1 du même code.
10. D'autre part, ces dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que, pour satisfaire à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, l'étranger dispose d'un délai de trente jours à compter de sa notification pour rejoindre tout pays dans lequel il est légalement admissible et que l'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Aux termes de l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. () 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. ". En prévoyant qu'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut, eu égard à sa situation personnelle, se voir accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours à titre exceptionnel, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas eu pour objet et ne sauraient avoir pour effet de méconnaître le principe, posé par l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008, selon lequel ce délai, de sept à trente jours en principe, peut être prolongé en cas de nécessité au regard de circonstances propres à la situation de l'étranger. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'inconventionnalité de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'article 7 de la directive n°2008/115/CE, doit être écarté.
11. En deuxième lieu, le délai d'un mois pour exécuter la mesure d'éloignement étant le délai de principe fixé par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la fixation d'un tel délai n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière.
12. En troisième lieu, la décision par laquelle le préfet accorde à l'étranger un délai de trente jours pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne saurait, eu égard à son objet et ses effets, être regardée comme ayant le caractère d'une décision défavorable que dans l'hypothèse où l'étranger avait saisi le préfet d'une demande tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un tel délai, à titre exceptionnel. Si la fixation d'un tel délai n'a pas le caractère d'une décision défavorable l'étranger ne peut pas utilement soutenir que la décision contestée par laquelle le préfet lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours pour quitter le territoire français, a méconnu son droit d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision l'affectant défavorablement, au sens du principe général du droit de l'Union européenne.
13. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A se serait manifesté préalablement à la décision attaquée pour obtenir un délai plus long. L'intéressé ne fait pas non plus état de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un délai supérieur à trente jours. Il s'ensuit que M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de son droit à être entendu.
14. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône se serait dispensée de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A pour fixer à trente jours le délai de départ volontaire lui étant imparti pour exécuter la mesure d'éloignement.
15. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
17. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la préfète du Rhône se serait crue liée par le rejet de la demande d'asile présentée par M. A par les autorités compétentes pour apprécier les risques qu'il prétend encourir en cas de retour dans son pays d'origine.
18. En dernier lieu, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ". En se bornant à invoquer la montée du djihadisme en Guinée et l'immigration liée à la menace de l'Etat islamique, M. A n'assortit pas le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées d'éléments suffisamment précis permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste. Sa requête doit ainsi être rejetée, dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La magistrate désignée,
A. C La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026