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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307841

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307841

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 septembre 2023 et 21 juin 2024, M. A B, représenté par le cabinet Orsec avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le maire de Villevocance a opposé un sursis à statuer à sa demande de permis d'aménager déposée le 14 avril 2023 en vue de la création d'un lotissement composé de 8 lots sur un terrain situé 250 chemin de la Plaine ;

2°) d'enjoindre à la commune de Villevocance de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villevocance une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'avis de la préfète de l'Ardèche est illégal dès lors qu'il est insuffisamment motivé ;

- aucun sursis ne peut être opposé avant que n'ait eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables ;

- l'avis de la préfète de l'Ardèche est illégal dès lors que le futur document d'urbanisme n'était pas dans un état d'avancement suffisant pour justifier un sursis à statuer, que le futur classement de ses parcelles, qui n'ont aucune vocation agricole, n'était pas connu au moment du dépôt de la demande de permis d'aménager et que le projet en litige n'est pas de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur document d'urbanisme ;

- l'arrêté du 13 juillet 2023 est insuffisamment motivé ;

- il est illégal pour les mêmes motifs que l'avis de la préfète de l'Ardèche.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 juin et 8 juillet 2024, la commune de Villevocance, représentée par la SELARL Philippe Petit et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Ardèche qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Soy, représentant M. B, requérant,

- et celles de Me Rubio, représentant la commune de Villevocance.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 avril 2023, M. B a déposé en mairie de Villevocance une demande de permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement composé de 8 lots sur un terrain situé 250 chemin de la Plaine. Par un arrêté du 13 juillet 2023 dont M. B demande l'annulation, le maire de Villevocance a sursis à statuer sur cette demande.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le maire est compétent pour délivrer une autorisation d'urbanisme, il est tenu de recueillir l'avis conforme du préfet lorsque le projet est situé sur une partie du territoire communal non couverte par un document local d'urbanisme.

3. D'autre part, aux termes de l'article R.* 423-59 du code de l'urbanisme : " Sous réserve des dispositions des articles L. 752-4, L. 752-14 et L. 752-17 du code de commerce et des exceptions prévues aux articles R.* 423-60 à R.* 423-71-1, les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputés avoir émis un avis favorable. ".

4. L'avis de la préfète de l'Ardèche du 26 mai 2023 rappelle les termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, relatif notamment aux conditions dans lesquelles peut être opposé un sursis à statuer, et précise que les parcelles concernées par le permis d'aménager sont situées en zone agricole du plan local d'urbanisme en cours de révision, dont le projet d'aménagement et de développement durables a déjà été débattu en conseil municipal. Dans ces conditions, alors que la motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, cet avis, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. ". Et aux termes de l'article L. 153-11 de ce code : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". Il résulte de ces dispositions que le maire d'une commune dont le plan local d'urbanisme est en cours de révision peut opposer à une demande d'autorisation d'urbanisme une décision de sursis à statuer dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables et que celles-ci traduisent un état suffisamment avancé du futur plan local d'urbanisme pour apprécier si une construction serait de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan. La décision de surseoir à statuer n'est qu'une faculté et non une obligation.

6. D'une part, par une délibération du 13 avril 2017, le conseil de la communauté d'agglomération Annonay Rhône Agglo, dont est membre la commune de Villevocance, a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal. Le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables du futur plan local d'urbanisme intercommunal a eu lieu lors du conseil communautaire du 6 avril 2023. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables n'a pas eu lieu avant l'édiction de l'avis contesté du 26 mai 2023 de la préfète de l'Ardèche.

7. D'autre part, si M. B soutient que le plan local d'urbanisme intercommunal n'était pas suffisamment avancé, il ressort toutefois des pièces du dossier que les orientations du projet d'aménagement et de développement durables prévoyaient de structurer le territoire autour d'un maillage de centre-ville et de centre-bourg, en privilégiant l'intensification des fonctions plutôt que l'étalement, de réduire la consommation d'espaces, d'inscrire la trajectoire " zéro artificialisation nette " à l'horizon 2050 et d'accentuer les efforts de modération de la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers. Elles prévoyaient également d'optimiser le territoire en stoppant son mitage et de limiter l'urbanisation des hameaux en discontinuité de l'enveloppe urbaine de la polarité principale. Si le requérant fait valoir que le " projet de règlement graphique " versé aux débats ne comporte aucune date, en tout état de cause, le service instructeur disposait par ailleurs d'orientations suffisamment précises. Dès lors, les orientations du projet d'aménagement et de développement durables pouvaient être prises en compte pour justifier un sursis à statuer.

8. Enfin, le projet, qui se situe en périphérie du centre-bourg, dans un secteur de faible densité de constructions, envisage la création de huit lots à usage d'habitation, avec aménagement d'espaces communs, d'une voirie et d'espaces verts, et prévoit la réalisation d'une surface de plancher maximale de 1 200 m² sur un tènement d'une surface de 6 260 m². Si le requérant fait valoir que le projet se situe dans un secteur déjà urbanisé comprenant plusieurs lotissements, que le terrain est desservi par les réseaux et la voirie et qu'il constitue une dent creuse au sein d'un hameau urbanisé, il ressort toutefois des pièces du dossier que ce terrain, resté à l'état naturel, est situé sur la frange externe d'un secteur d'urbanisation diffus, en dehors de l'enveloppe urbaine du centre bourg, et s'ouvre sur un vaste secteur naturel. Dans ces conditions, au regard des principaux objectifs du futur plan local d'urbanisme intercommunal, consistant, d'une part, à densifier les centres-villes et centres-bourgs en limitant l'étalement urbain et, d'autre part, à limiter la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers en préservant le foncier nécessaire à ces activités, alors même qu'il n'est pas établi que le classement des parcelles litigieuses en zone agricole était alors connu, le projet était de nature à compromettre son exécution.

9. Il résulte de ce qui précède que la préfète de l'Ardèche n'a pas entaché son avis d'une erreur d'appréciation en opposant au requérant un sursis à statuer à la demande de permis d'aménager.

10. En dernier lieu, dès lors que l'avis conforme de la préfète est légal, le maire de Villevocance se trouvait en situation de compétence liée pour opposer un sursis à statuer au projet de M. B, ainsi que le fait valoir la commune de Villevocance en défense. Dans ces conditions, les moyens invoqués directement contre l'arrêté du 13 juillet 2023, tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, sont inopérants.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Villevocance qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune de Villevocance au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Villevocance présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Ardèche et à la commune de Villevocance.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La rapporteure,

F.-M. CLe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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