mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2307926 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LEVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 septembre 2023 et 2 février 2024, la SCI Jean Jaurès, représentée par Me Levy, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le maire de Décines-Charpieu a retiré le permis de construire tacitement délivré en vue de la réalisation d'une résidence de vingt-cinq logements et d'un commerce ainsi que la décision du 28 juillet 2023 rejetant son recours gracieux ;
2°) à titre subsidiaire, de faire usage des pouvoirs issus des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Décines-Charpieu la somme de 6 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle dispose d'un intérêt pour agir ;
- sa requête n'est pas tardive ;
- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de procédure contradictoire préalable, dès lors qu'elle n'a pu présenter ses observations de manière détaillée compte tenu du court délai imparti pour ce faire ;
- le motif de retrait fondé sur l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire est illégal dès lors que la demande de pièces complémentaires a été notifiée après le délai d'instruction d'un mois ;
- le projet n'est pas incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 1 " Jaurès - T3 " ; en outre, cette OAP est illégale dès lors qu'elle fixe avec précision la destination du terrain d'assiette du projet et l'organisation du bâti ;
- le motif de retrait fondé sur l'instauration de l'emplacement réservé n° 29 est illégal dès lors que cet emplacement réservé n'est pas justifié, que plusieurs parcs sont présents à proximité du terrain d'assiette du projet, que l'OAP n°1 " Jaurès - T3 " a déjà pour finalité la création d'un cœur d'îlot végétalisé et que le projet de construction litigieux tend précisément à une valorisation environnementale et paysagère du tènement ainsi qu'à la réalisation de l'objectif de densification du secteur de l'avenue Jean Jaurès.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, la commune de Décines-Charpieu, représentée par la SELARL ATV Avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société requérante le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une lettre du 16 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 5 février 2024 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 4 mars 2024.
Deux mémoires ont été présentés par la commune de Décines-Charpieu, les 5 et 21 mars 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Levy, représentant la SCI Jean Jaurès, société requérante,
- et celles de Me Vincens-Bouguereau, représentant la commune de Décines-Charpieu.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 avril 2023, signifié par un commissaire de justice à la SCI Jean Jaurès le même jour, le maire de Décines-Charpieu a prononcé le retrait du permis de construire tacitement délivré le 14 janvier 2023 à cette société, en vue de la réalisation d'une résidence de vingt-cinq logements et d'un commerce sur un terrain situé 169 avenue Jean Jaurès. La SCI Jean Jaurès demande au tribunal d'annuler cet arrêté de retrait ainsi que la décision du 28 juillet 2023 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. / () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / () ". Et aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / () ".
4. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de ces dispositions et qui doivent, par suite, être précédées d'une procédure contradictoire. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1, constitue une garantie pour le titulaire du permis qu'elle entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Décines-Charpieu a informé la SCI Jean Jaurès par courrier du 17 mars 2023, notifié le 30 mars 2023, de son intention de retirer le permis de construire délivré tacitement le 14 janvier 2023, qu'elle était invitée à présenter ses observations avant le 1er avril 2023 et qu'elle pouvait présenter des observations écrites ou demander à être reçue pour présenter des observations orales. Si ce courrier a ainsi été notifié seulement deux jours avant l'expiration du délai imparti pour présenter des observations, la société requérante a cependant été reçue le 6 avril 2023 par les services de la mairie de Décines-Charpieu pour présenter des observations orales et, en outre, a pu présenter des observations écrites le 12 avril 2023, lesquelles sont visées par l'arrêté contesté du même jour. Si la SCI Jean Jaurès fait valoir qu'un délai aussi court l'a empêché de répondre utilement aux motifs de retrait envisagés par la commune, il ressort des termes mêmes de son courrier du 12 avril 2023 qu'elle a pu exposer son point de vue, en indiquant notamment qu'elle n'était pas opposée à envisager un permis de construire modificatif, lequel permettrait de " remettre à plat ce dossier ". Elle a également précisé qu'elle était tout à fait disposée à réétudier de nouveau son projet avec la collectivité afin de répondre aux objectifs de végétalisation du secteur d'implantation. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la société requérante ait été privée de la garantie que constitue le respect, par l'autorité administrative, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : () / 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques ; / () ". Et aux termes de l'article R. 151-43 du même code : " Afin de contribuer à la qualité du cadre de vie, assurer un équilibre entre les espaces construits et les espaces libres et répondre aux enjeux environnementaux, le règlement peut : / 3° Fixer, en application du 3° de l'article L. 151-41 les emplacements réservés aux espaces verts ainsi qu'aux espaces nécessaires aux continuités écologiques, en précisant leur destination et les collectivités, services et organismes publics bénéficiaires ; () ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative chargée de délivrer un permis de construire est tenue de refuser toute demande dont l'objet ne serait pas conforme à la destination de l'emplacement réservé, tant qu'aucune modification du plan local d'urbanisme emportant changement de cette destination n'est intervenue.
8. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est grevé, dans sa totalité, par l'emplacement réservé n° 29, qui a été institué en vue de la réalisation d'un nouvel espace vert communal constitutif d'une coulée verte offrant une percée visuelle paysagère dans le bâti dense de l'avenue Jean Jaurès, jusqu'au cheminement piétonnier et la piste cyclable qui longent la voie de tramway.
9. D'une part, les auteurs du plan local d'urbanisme et de l'habitat ont entendu réserver de nouveaux emplacements pour des espaces verts accueillant du public, les parcs, jardins publics et squares végétalisés constituant des éléments importants de la qualité de la vie, de la présence de la nature en ville et des espaces de fraicheur, lesquels permettent de mieux s'adapter au changement climatique. Le rapport de présentation du cahier communal de Décines-Charpieu précise que le développement de l'agglomération s'effectue en renforçant la présence de la nature en ville, objet s'inscrivant dans le cadre du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme et de l'habitat, qui fixe notamment comme objectifs du défi environnemental " d'aller vers une organisation urbaine et des mobilités plus économes d'espace et d'énergie, limitant les gaz à effet de serre " et de " compléter l'offre de parcs, squares et jardins et notamment sur le centre d'agglomération ". Par ailleurs, la circonstance que la société requérante porte un projet de construction permettant une réelle valorisation environnementale et paysagère est sans incidence sur la légalité de la création de l'emplacement réservé litigieux. Ainsi, l'instauration de l'emplacement réservé n° 29 est justifiée par des considérations urbanistiques.
10. D'autre part, si l'orientation d'aménagement et de programmation n° 1 du plan local d'urbanisme et de l'habitat a également pour objectif de végétaliser un cœur d'îlot et de veiller en particulier à sa densité végétale, cette circonstance ne prive pas d'intérêt l'emplacement réservé n° 29, lequel constitue l'un des moyens d'atteindre cet objectif. En outre, l'existence d'autres parcs et squares à environ 200 mètres du terrain d'assiette du projet litigieux ne prive pas davantage d'intérêt la création de cet emplacement réservé.
11. Enfin, en ce qu'il prévoit la construction de deux bâtiments comprenant vingt-cinq logements et un commerce, pour une surface de plancher totale de 1 350 m², sur la parcelle cadastrée section AW n° 380 grevée, dans sa totalité, par l'emplacement réservé n° 29 ayant pour objet de créer un nouvel espace vert accueillant du public, le projet ne peut être regardé comme conforme à la destination de cet emplacement réservé. Dans ces conditions, le maire de Décines-Charpieu a pu légalement retirer le permis de construire tacitement délivré le 14 janvier 2023 en raison de l'existence de cet emplacement réservé.
12. Le motif de retrait fondé sur la présence de l'emplacement réservé n° 29 étant, à lui seul, de nature à justifier légalement le retrait du permis de construire litigieux, l'éventuelle illégalité des autres motifs de retrait ne serait pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le maire de Décines-Charpieu aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le motif dont la légalité est confirmée au point précédent.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 du maire de Décines-Charpieu doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Décines-Charpieu, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme de 1 400 euros à verser à la commune de Décines-Charpieu au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Jean Jaurès est rejetée.
Article 2 : La SCI Jean Jaurès versera à la commune de Décines-Charpieu une somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Jean Jaurès et à la commune de Décines-Charpieu.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
F.-M. ALe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026