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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307951

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307951

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 31 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et dans tous les cas de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 9 de l'accord franco-béninois ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Bénin, signé à Cotonou le 28 novembre 2007 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lacroix a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante béninoise née le 25 juillet 1997, est entrée en France le 12 août 2018 en possession d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Le 30 mai 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par les décisions du 31 août 2023 attaquées, la préfète du Rhône a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

2. En premier lieu, la décision refusant un titre de séjour à l'intéressée, qui comporte les considérations de droit et de faits qui la fondent, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-béninois du 28 novembre 2007 relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants./ Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". / Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. (). ". Les stipulations précitées régissent de manière complète le séjour en France des étudiants béninois inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur et subordonnent, notamment, le renouvellement de la carte de séjour mention "étudiant" à la justification de la poursuite effective de ses études par l'étudiant béninois, et du sérieux de celles-ci.

4. La préfète du Rhône a refusé le renouvellement de la carte de séjour de Mme B pour l'année 2023-2024 en raison de l'absence de progression dans ses études supérieures et de caractère réel et sérieux des études poursuivies depuis son entrée sur le territoire français.

5. Il ressort des pièces du dossier que, depuis son entrée sur le territoire, Mme B n'a validé aucun diplôme universitaire après s'être inscrite, trois années consécutives en première année de licence de droit pour les années universitaires 2018-2019, 2019-2020 et 2020-2021, en première année de licence administration économique et sociale pour l'année universitaire 2021-2022 puis, pour l'année universitaire 2022-2023, en première année de brevet de technicien supérieur " négociation et digitalisation de la relation client ". En dépit des difficultés personnelles et psychologiques qu'elle évoque, elle ne justifie pas de sa progression dans les études poursuivies, ni leur caractère réel et sérieux. Mme B n'est ainsi pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait fait une inexacte application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 28 novembre 2007.

6. En troisième lieu, Mme B n'est entrée en France que récemment, pour y suivre des études de droit. Son emploi, à temps incomplet, en qualité d'hôtesse de caisse, est également très récent. Si elle indique souffrir de dépression depuis son arrivée en France, elle ne justifie pas de la gravité de son état de santé ni de son suivi en France qui commanderaient qu'elle reste sur le territoire français. Elle ne justifie par ailleurs d'aucun lien privé et familial en France alors qu'elle a vécu au Bénin jusqu'à ses 21 ans et où, selon la préfète, qui n'est pas contredite sur ce point, ses parents résident. Dans ces conditions, les décisions lui refusant un titre de séjour, en tout état de cause, et l'obligeant à quitter le territoire français ne portent pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaissent pas, ainsi, les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle doit également être écarté.

7. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

A. Lacroix

La présidente,

C. MichelLa greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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