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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308021

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308021

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLEGRAND-CASTELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 25 septembre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient que :

- abandonné par ses parents, il est arrivé à l'âge de 12 ans en France, où il souhaite s'intégrer malgré l'échec de sa formation ; il est, par ailleurs, père d'une enfant âgée de quatre ans, dont il n'a plus de nouvelles ; il souffre de problèmes de santé ;

- il se suicidera s'il est renvoyé au Cameroun.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, conseillère.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 27 septembre 2023, Mme Gros a présenté son rapport et entendu les observations de Me Legrand-Castellon, représentant M. B, qui soutient qu'au vu des éléments contenus dans la requête sommaire qu'il a présentée, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé et que la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 27 février 2002, déclare être entré en France le 1er septembre 2017. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de la Métropole de Lyon suivant jugement du 24 novembre 2017. Le 15 octobre 2020, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 29 mars 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal et par la cour administrative d'appel de Lyon, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 18 mois. Le 22 septembre 2023, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violence sur sa compagne et de menaces de mort. Par des arrêtés du 23 septembre 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, d'une part, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, d'autre part.

Sur la décision obligeant M. B à quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 1er septembre 2017, à l'âge de 15 ans. Inscrit en première année de CAP Installations en froid conditionnement d'air au titre de l'année scolaire 2018-2019, il a abandonné cette formation en cours d'année. L'intéressé ne justifie pas s'être, par la suite, engagé dans une nouvelle formation, ni avoir exercé une activité professionnelle, en dehors de quelques stages. Par ailleurs, M. B a fait l'objet, le 13 août 2018, d'un rappel à la loi pour des faits de vol à l'étalage commis le 14 juillet 2018 et, le 3 décembre 2020, d'une admonestation pour des faits de vol avec destruction et recel de bien provenant d'un vol commis le 2 novembre 2019. Il a également menacé de mort le travailleur social qui le suivait le 12 février 2021, conduisant la métropole de Lyon à interrompre son accompagnement, et volé des vêtements le 25 janvier 2023, ainsi qu'il l'a reconnu lors de sa garde à vue. Au vu de son comportement délictueux, le requérant ne saurait, ainsi, se prévaloir d'une insertion réussie dans la société française. Par ailleurs, si M. B indique être père d'une enfant âgée de quatre ans, il a précisé lors de son audition par les services de police le 23 septembre 2023 ne pas l'avoir reconnue et n'apporte, en tout état de cause, aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait des liens avec cette dernière, qui vit avec sa mère à Paris, reconnaissant, au contraire, n'avoir plus de nouvelles. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé du requérant, qui soutient être atteint de troubles psychologiques, exigerait qu'il demeure en France. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue de laquelle elle a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. A supposer que M. B soit effectivement père d'une enfant mineure, sa contribution à l'éducation et à l'entretien de celle-ci n'est, ainsi qu'il a été dit plus haut, justifié par la production d'aucune pièce. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

6. En troisième lieu, compte-tenu de ce qui précède, en obligeant M. B à quitter le territoire français, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une telle décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants.".

8. Si M. B fait valoir qu'il se suicidera s'il est contraint de retourner au Cameroun, aucun élément au dossier ne permet de tenir pour établi ce risque de passage à l'acte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pendant deux ans :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 29 mars 2022, d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré malgré sa confirmation par le tribunal et la cour administrative d'appel de Lyon. Ainsi qu'il a été dit au point 3, l'intéressé présente, en outre, un comportement délictueux. Il ne justifie, par ailleurs, pas entretenir de liens privés et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire national, notamment avec l'enfant dont il dit être le père. Dans ces conditions, en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

La magistrate désignée,

R. Gros

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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