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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308043

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308043

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête n° 2308043 et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 26 septembre 2023 et 29 mai 2024, M. D A, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Sabatier), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 août 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- il remplit les critères fixés par la circulaire du 28 novembre 2012 prise par le ministre de l'intérieur.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 1er août 2024, ont été présentées par la préfète du Rhône.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2024 par une ordonnance du 11 juillet 2024.

La demande de M. A sollicitant le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 24 novembre 2023.

II - Par une requête n° 2308044 et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 26 septembre 2023 et 29 mai 2024, Mme C E épouse A, ci-après dénommée Mme A, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Sabatier), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 août 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle remplit les critères fixés par la circulaire du 28 novembre 2012 prise par le ministre de l'intérieur.

Par des pièces complémentaires et un mémoire en défense, enregistrés respectivement les 1er et 2 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 août 2024 par une ordonnance du 5 août 2024.

Par une décision du 24 novembre 2023, la demande de Mme A tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée.

III - Par une requête n° 2405041 et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 24 et 29 mai 2024, M. D A, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Sabatier), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mai 2024 par laquelle la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé un pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision prise dans son ensemble :

- sa requête est recevable ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision le privant d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le risque de soustraction n'est pas établi ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision le privant de tout délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 28 et 29 mai 2024 et 1er août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2024 par une ordonnance du 11 juillet 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, conseillère ;

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, né le 29 février 1984, et Mme C E épouse A, née le 9 avril 1988, ressortissants serbes, sont irrégulièrement entrés en France, une première fois, le 27 juin 2012. Le 21 février 2013, M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement qui a été exécutée le 9 décembre 2013. M. et Mme A sont à nouveau entrés irrégulièrement en France le 8 février 2015. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande d'asile le 10 juin 2015 et ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 19 janvier 2016. Le 8 mars 2016, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de leur délivrer un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français. La légalité de ces mesures d'éloignement a été confirmée par un jugement nos 1602026 - 1602027 du tribunal administratif de Grenoble du 30 juin 2016 et par une ordonnance n° 16LY02544 de la cour administrative d'appel de Lyon du 10 octobre 2016. En octobre 2020, M. et Mme A ont déposé une nouvelle demande de titre de séjour. En l'absence de réponse, par deux jugements n° 2102751 et n° 2102752 du 15 novembre 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé les décisions implicites de rejet et a enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer leur situation. Par les deux décisions du 22 août 2023 contestées dans les requêtes nos 2308043 et 2308044, la préfète du Rhône a refusé de leur délivrer un titre de séjour. Par la décision du 16 mai 2024 contestée dans la requête n° 2405041, la préfète du Rhône a pris à l'encontre de M. A un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé un pays de renvoi et lui a interdit le retour en France pour une durée de dix-huit mois.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2308043, 2308044 et 2405041 concernent un couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions du 22 août 2023 portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 31 juillet 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 69-2023-164 le même jour, la préfète du Rhône a donné à Mme B F, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives à la police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. et Mme A font valoir qu'ils résident en France depuis le 8 février 2015, qu'ils sont les parents de trois enfants nés et scolarisés en France, qu'ils maîtrisent la langue française, qu'ils sont investis et intégrés sur le territoire national en tant que bénévoles et que M. A justifie de promesses d'embauche pour des travaux agricoles ou en qualité de bûcheron. Toutefois, M. et Mme A, qui sont en situation irrégulière sur le territoire national, s'y sont maintenus en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à leur encontre par le préfet de la Haute-Savoie le 8 mars 2016, dont la légalité a été confirmée par le jugement susvisé du tribunal administratif de Grenoble du 30 juin 2016 et par l'ordonnance susvisée de la cour administrative d'appel de Lyon du 10 octobre 2016. En outre, la circonstance que M. A justifie de promesses d'embauche régulières pour des travaux agricoles et d'une promesse d'embauche en qualité de bûcheron ne démontre pas une insertion professionnelle particulièrement notable, d'autant qu'il ressort des avis d'imposition produits qu'en plus de huit ans, ils n'ont déclaré que 1 248 euros de revenus au titre de la seule année 2018. Par ailleurs, les attestations de particuliers ou de bénévolat, produites pour les besoins de l'instance, n'établissent pas que M. et Mme A auraient noué des liens anciens, intenses et stables en France. Enfin, à l'exception des membres du couple et de leurs enfants, qui sont de la même nationalité, ils se prévalent de la présence en France du frère de M. A sans toutefois l'établir, de sorte qu'ils ne disposent d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire national alors qu'ils ont vécu la majeure partie de leur vie dans leur pays d'origine où résident encore des membres de leur famille. Ainsi, et dès lors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée en 2016, aucun obstacle ne s'oppose à ce que M. et Mme A poursuivent leur vie privée et familiale en Serbie, pays qu'ils ont d'ailleurs regagné une première fois en 2013 et où ils n'apportent pas la preuve de ce qu'ils ne pourraient pas y poursuivre leur existence. Dans ces conditions, eu égard notamment aux conditions de leur séjour, et alors que la cellule familiale peut se reconstituer en Serbie où les enfants pourront poursuivre leur scolarité, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent ainsi être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Les décisions attaquées n'ont ni pour objet, ni pour effet de séparer les requérants de leurs enfants. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer hors de France et que les enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans un autre pays, notamment la Serbie, pays d'origine des requérants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient en effet à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner notamment si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. M. et Mme A se prévalent, en invoquant notamment la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, de leur présence en France depuis 2015, de la scolarisation de leurs trois enfants, de leur implication en tant que bénévoles, des perspectives d'insertion professionnelle de M. A et de la circonstance selon laquelle ce dernier ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, d'une part, compte tenu des éléments indiqués au point 5, les requérants ne justifient d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". A ce titre, la circulaire précitée n'étant pas utilement invocable, dès lors qu'elle ne contient que des orientations générales seulement destinées à éclairer les préfets dans l'exercice du pouvoir d'appréciation dont ils disposent, la seule circonstance que leurs enfants soient scolarisés depuis plusieurs années, pour deux d'entre eux, sur le territoire, ne saurait suffire à caractériser, dans les circonstances de l'espèce, l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, au sens de ces dispositions. D'autre part, M. A ne justifie d'aucune qualification, ni expérience professionnelle particulière, de sorte que les promesses d'embauche dont il se prévaut ne sont pas de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par suite, et alors même que M. A ne constituerait pas une menace à l'ordre public, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur leur situation, en leur refusant une admission exceptionnelle au séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 22 août 2023 refusant de leur délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision du 16 mai 2024 :

11. La décision attaquée a été signée par Mme B F, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 13 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 69-2023-231, le 16 octobre 2023. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cette décision doit, dès lors, être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte des motifs retenus des points 3 à 10 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En troisième lieu, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer le requérant de ses enfants. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer hors de France et que les enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans un autre pays, notamment la Serbie, pays d'origine du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

15. En quatrième et dernier lieu, eu égard aux motifs retenus au point 9, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, il résulte des motifs retenus aux points 12 à 15 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de fixer un délai de départ volontaire serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

18. Il résulte des termes de la décision litigieuse, prise au visa des dispositions précitées des articles L. 612-2 3° et L. 612-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celle-ci est motivée par la circonstance qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il se maintient irrégulièrement en France en méconnaissance d'une précédente mesure d'éloignement dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas non plus quitté le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision de la préfète du Rhône du 22 août 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, comme il y était invité. Par suite, la préfète du Rhône a pu à bon droit lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, d'autant que l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance particulière au sens du premier alinéa de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :

19. En premier lieu, il résulte des motifs retenus aux points 12 à 15 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

20. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire, le moyen tiré de cette illégalité, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

22. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

23. Comme indiqué aux points 16 à 18, la préfète du Rhône a pu légalement prononcer à l'encontre de M. A une mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire, de sorte que sa situation entre dans les cas pour lesquels l'autorité administrative assortit son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Si le requérant invoque une méconnaissance des dispositions précitées, sa situation personnelle, telle qu'elle a été exposée précédemment, ne relève pas de circonstances humanitaires au sens de ces dispositions. S'agissant de la durée de l'interdiction en litige et comme indiqué précédemment, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé en France de manière irrégulière, qu'il a fait l'objet d'un refus de séjour et de deux précédentes obligations de quitter le territoire français dont seule la première a été exécutée le 9 décembre 2013, qu'il a vécu jusqu'à ses trente ans en Serbie et ne démontre pas avoir noué en France des liens d'une nature particulière, qu'il ne justifie ni d'une intégration sociale, ni d'une intégration professionnelle. Enfin, il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet d'un rappel à la loi le 30 septembre 2023 pour port d'arme prohibé de catégorie D. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, cette durée pouvant aller, dans les circonstances de l'espèce, jusqu'à cinq ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

24. Il résulte des motifs retenus des points 12 à 15 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

25. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 mai 2024.

26. Il résulte de tout ce qui précède que toutes les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. et Mme A dans leurs trois requêtes doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

27. Le présent jugement ne faisant pas droit aux conclusions à fin d'annulation, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance formulées dans les trois requêtes.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2308043 et 2405041 de M. A sont rejetées.

Article 2 : La requête n° 2308044 de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme C E épouse A, à Me Sabatier et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

V. JordaLa présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

Nos 2308043 - 2308044 - 2405041

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