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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308121

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308121

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2023 à 13 heures 06 minutes sous le n°2308121, M. C A, ayant pour avocat Me Beaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et lui a en outre opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas examiné de manière sérieuse et attentive la situation administrative et familiale de l'intéressé ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en fait et en droit ;

- la préfète de l'Ain a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en prenant la mesure d'éloignement contestée ;

- c'est à tort que la préfète l'a privé de tout délai de départ volontaire ; elle a ainsi commis une erreur de droit sur ce point ;

- la décision lui interdisant le retour pour une durée de deux ans est entachée d'une erreur de droit, et d'une erreur d'appréciation ; elle porte aussi atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Vu les pièces enregistrées le 28 septembre 2023 au greffe du tribunal administratif, présentées par la préfète de l'Ain.

Vu la prestation de serment de M. D, interprète en langue arabe ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Habchi pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023 le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et :

- les observations de Me Beaud, pour M. A, qui entend tout d'abord renoncer à son moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte. Me Beaud rappelle en outre la situation administrative et familiale de l'intéressé ;

- les observations de M. A, assisté de M. D, interprète en langue arabe, qui invoque sa vie privée et familiale en France ainsi que son travail saisonnier en France ;

- les observations de Me Iririra Nganga, substituant Me Tomasi, représentant la préfète de l'Ain, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien se disant né le 13 septembre 1998, déclare être entré en France au cours de l'année 2018 démuni de tout visa ou document de séjour, et ce après avoir séjourné en Espagne. S'étant maintenu de manière irrégulière sur le territoire national, il a été interpellé le 27 septembre 2023 au matin par les forces de police de Bourg-en-Bresse (Ain), pour des faits de vol en réunion. Puis, par deux arrêtés du 27 septembre 2023, l'étranger a fait l'objet d'une mesure d'éloignement édictée par la préfète de l'Ain, et a été placé en rétention administrative à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry 2. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté, en date du 27 septembre 2023, par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a en outre opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. A, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

3.En premier lieu, l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a fait obligation de quitter le territoire français à M. A et a fixé le pays de destination vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 612-6 et L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national démuni de tout visa ou document de séjour, il y a cinq ans, et s'y est maintenu en toute irrégularité. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète de l'Ain a bien fait mention de la nationalité de l'étranger, et a par ailleurs visé les dispositions applicables à sa situation, tout en indiquant qu'il n'est pas porté atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale. Les décisions en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

4.En second lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Contrairement à ce que soutient le ressortissant algérien, la circonstance que l'autorité administrative n'ait pas fait mention de sa situation de concubinage avec une compatriote résidant dans le Rhône, à la supposer établie, ne suffit pas à caractériser le défaut d'examen que M. A invoque. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de 25 ans, est entré en France au cours de l'année 2018, sans toutefois l'établir de manière probante. Il n'a jamais sollicité de titre de séjour auprès des autorités préfectorales de l'Ain ou du Rhône, département dans lequel il allègue pourtant résider avec sa compagne. A cet égard, s'il expose qu'il vit à Lyon avec son épouse, Mme B, compatriote titulaire d'une carte de résident, il ne l'établit pas par les pièces qu'il a produites à l'instance. Au surplus, M. A a indiqué au cours de l'audience publique que leur vie commune, à la supposer démontrée, remonte à sept mois à la date de l'arrêté en litige. Par ailleurs, l'intéressé est dépourvu de toute ressource et ne dispose d'aucun logement autonome, de sorte que ses conditions d'existence sont empreintes d'une grande précarité. En outre, M. A est défavorablement connu des services de police pour usurpation d'identité, et a été signalé à quatre reprises sous deux identités différentes sur le territoire national. Il a été également interpellé pour des faits de vol en réunion. Enfin, sans charge de famille, M. A ne fait état d'aucun lien privé et familial intense en France, ni d'aucune insertion sociale et professionnelle probante, en dépit des emplois saisonniers dont il se prévaut. Par suite, M. A ne démontre pas que sa vie privée et familiale ne pourrait pas se poursuivre en Algérie, pays dans lequel il a conservé des attaches familiales fortes, et n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, citées au point précédent, sera écarté.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui ne sont nullement contredits par le requérant, que M. A n'a pas démontré être entré régulièrement sur le territoire français (1°), ni n'a sollicité de titre de séjour, ainsi qu'il a été dit ci-avant. En outre, il a déclaré, lors de son audition du 26 septembre 2023 au matin, auprès des forces de police de Bourg-en-Bresse, qu'il souhaitait travailler en France et " faire sa situation " (4°), de sorte qu'il doit être présentement regardé comme voulant demeurer expressément sur le territoire national. Enfin, l'étranger ne justifie pas, par les pièces qu'il a produites, d'une garantie de représentation suffisante (8°). Au demeurant, M. A ne contredit pas, notamment au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023, qu'il a utilisé plusieurs alias depuis son entrée irrégulière sur le sol national il y a cinq ans. Dans ces conditions, le ressortissant algérien présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement attaquée au sens du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. A entrant dans le champ d'application du 3° de l'article L. 612-2 du code précité, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 en l'absence de délai de départ volontaire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " ; et de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A se maintient en France démuni de tout visa ou document de séjour depuis cinq années à la date de l'arrêté qu'il attaque, nonobstant les emplois de saisonnier (vendanges) dont il se prévaut au cours de l'audience publique du 2 octobre 2023. Il est constant qu'il a en outre déjà fait utilisé plusieurs identités différentes auprès des forces de l'ordre. En outre, la préfète de l'Ain a pu légalement prendre en compte le comportement général de l'intéressé, lequel ne fait pas état, au demeurant, de relations privées et familiales intenses sur le territoire national, ainsi que ses agissements visant à usurper plusieurs identités et à participer à des actes de vol commis en réunion. Ainsi, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, la préfète de l'Ain a fait, en dépit de la sévérité de cette mesure, une exacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il n'apparaît pas qu'en édictant une telle mesure, l'autorité administrative aurait commis une erreur d'appréciation sur ce point, ni même qu'elle aurait portée atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant.

11.Il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 10 que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ainsi que celles introduites au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2308121 de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

H. Habchi

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2308121

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