jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308124 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 septembre et 20 décembre 2023, Mme A C, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire a retiré son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé le délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui restituer son certificat de résidence et de prendre toutes les mesures nécessaires à son entrée en France pour se voir remettre ce titre ou, à titre subsidiaire, de procéder dans le délai d'un mois à l'effacement de la mention de l'arrêté attaqué dans tous les fichiers la contenant ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 679 020 euros, assortie des intérêts légaux et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de l'arrêté attaqué ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions de sa requête à fin d'annulation ne sont pas tardives ;
- la décision portant retrait de son certificat de résidence a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- la fraude n'est pas établie ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du retrait de son certificat de résidence, de l'obligation de quitter le territoire français et du rejet de son recours gracieux sur sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée en droit et elle ne prend pas en compte les quatre critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la fraude n'est pas un des motifs prévus par ces dispositions ;
- elle n'est pas légalement justifiée ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire et du pays de destination et interdiction de retour sont illégales en conséquence des illégalités successives invoquées ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation des préjudices correspondant à la perte de salaires et des droits à la retraite, de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a subis.
Le préfet de la Loire a produit des pièces enregistrées le 30 novembre 2023.
Par un courrier du 11 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur la tardiveté relevée d'office des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Michel,
- et les observations de Me Zouine, pour Mme B,
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne, a épousé en Algérie un ressortissant français le 2 mars 2017. Elle est entrée en France le 10 mars 2018 et a obtenu, le 10 septembre 2018, un certificat de résidence valable jusqu'au 9 septembre 2028. Elle demande, d'une part, l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire a retiré son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur son recours gracieux et, d'autre part, la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 679 020 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / (). ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine. ".
3. Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. (). ". L'article R. 776-5 du même code précise que " I. - Le délai de recours contentieux de trente jours mentionné à l'article R. 776-2 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 20 mars 2023 attaqué a été régulièrement notifié à Mme B le 24 mars 2023. Cette notification comportait la mention des voies et délais de recours. Les conclusions à fin d'annulation de la requête introduite par Mme B le 27 septembre 2023, soit au-delà du délai de recours contentieux de trente jours fixé par les dispositions citées au point 3, sont donc tardives, la circonstance qu'elle a formé un recours gracieux le 20 septembre 2023 étant sans incidence sur le constat de cette tardiveté. Elles sont, par suite, irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; / (.). ". Aux termes de l'article 6 du même accord : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ".
6. En l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien précité, le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. L'administration doit cependant rapporter la preuve de la fraude, et non le requérant, dont la bonne foi se présume.
7. Il ressort des pièces du dossier qu'au jour du dépôt de la demande de certificat de résidence, Mme B remplissait les conditions de mariage et de communauté de vie requises pour l'attribution d'un certificat de résidence de dix ans prévu par les stipulations de l'accord franco-algérien. Le préfet de la Loire n'apporte pas la preuve que Mme B aurait par fraude caché que ces conditions n'étaient plus remplies le jour où il lui a délivré son certificat de résidence. Le fait pour l'intéressée d'avoir voulu ultérieurement conserver le bénéfice de son titre de séjour pendant plus de trois ans alors que sa situation familiale avait changé ne pouvait lui être reproché, dès lors qu'aucun dispositif de retrait du certificat de résidence légalement délivré en cas de modification de situation familiale n'est prévu. Il résulte de ce qui précède que le préfet n'apporte pas la preuve du caractère frauduleux de l'obtention du certificat de résidence par Mme B.
8. L'arrêté du 20 mars 2023 entaché d'illégalité est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'encontre de Mme B, pour autant qu'elle ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain pour elle. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence du fait de cette faute subis par Mme B, en lui allouant la somme de 2 000 euros, tous intérêts compris au jour du présent jugement. En revanche, Mme B n'est pas fondée à demander une indemnisation ni à raison d'une perte de salaires, dont la réalité n'est pas établie, ni à raison d'une perte de droits à la retraite, qui est un préjudice hypothétique.
Sur les frais du litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B une indemnité de 2 000 euros tous intérêts compris au jour du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Michel, présidente,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
La présidente,
C. Michel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
A. Lacroix
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026