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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308191

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308191

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 septembre et 4 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 31 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, sans délai en cas d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision ayant fixé un délai de départ volontaire, ou sinon dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle justifie de son sérieux et de sa progression dans ses études ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et sans examen particulier dès lors qu'elle a sollicité également un certificat de résidence portant la mention " salarié " ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et méconnaît le principe général du droit d'être entendu dès lors qu'elle a rendez-vous en préfecture pour déposer une demande de certificat de résidence portant la mention " salarié " ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'une erreur d'appréciation dès lors que l'année universitaire n'est pas terminée ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour Mme A, a été enregistré le 15 janvier 2024, postérieurement à la clôture d'instruction intervenue trois jours francs avant la date d'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et des membres de leur famille ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix,

- et les observations de Me Petit pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 21 novembre 1994, est entrée en France le 24 août 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a obtenu le 1er décembre 2017 un certificat de résidence en cette qualité régulièrement renouvelé par la suite. Par les décisions du 31 août 2023 attaquées, la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des termes des décisions attaquées, ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A.

3. En deuxième lieu, Mme A établit avoir sollicité et obtenu un rendez-vous en préfecture. Il est constant qu'il concernait le dépôt d'une demande de certificat de résidence en qualité de salarié. Il est également constant qu'elle n'avait pas, à la date de la décision de refus de titre de séjour attaquée, encore déposé une telle demande auprès des services de la préfecture. Par suite, la préfète n'avait pas à statuer sur cette demande et pouvait légalement prendre une mesure d'éloignement à son encontre sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens invoqués à ce titre, tirés du vice de procédure et du défaut d'examen, ainsi que la méconnaissance du droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et des membres de leur famille : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". (). ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

5. Pour refuser le renouvellement de son certificat de résidence, la préfète du Rhône a considéré que Mme A d'une part, ne justifiait pas de la progression et du sérieux dans ses études, d'autre part, ne présentait aucune inscription dans un établissement pour l'année universitaire 2023-2024. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, titulaire d'une licence d'informatique obtenue en 2017 en Algérie, a été inscrite au titre des années universitaires 2017-2018 et 2018-2019 en première année de licence d'informatique à Orléans et qu'elle ne l'a pas validée. Pour l'année universitaire 2019-2020, elle s'est inscrite à l'école Supinfo à Lyon en première année de Master of Engineering à laquelle elle a échoué. Elle a toutefois bénéficié d'un passage exceptionnel en deuxième année compte tenu du rachat de l'école par une autre société. Au titre des années universitaires 2020-2021 et 2021-2022, elle n'a pas validé la deuxième année de son cursus, qu'elle a triplée. À la date de la décision de refus de titre de séjour attaquée, elle attendait les résultats de ses examens. Si elle évoque des difficultés d'intégration au cours des deux premières années, la nécessité de travailler et de vivre à Montélimar auprès de ses grands-parents, dont elle s'occupe compte tenu de leur âge et de leur état de santé, ainsi que des problèmes personnels de santé, les éléments produits ne sont pas suffisants pour justifier l'absence de progression dans ses études alors qu'elle n'a validé aucune année au cours des six années universitaires passées en France et que le passage en deuxième année de Master of Engineering lui a été accordé sans égard pour ses mérites. Par suite, la préfète n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant à l'absence de progression et de sérieux dans ses études.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "

7. Si Mme A justifie que dans le cadre de l'année universitaire 2022-2023, elle devait présentée au début du mois de janvier 2024 la soutenance de son travail devant une commission de passage, elle n'établit pas en avoir informé la préfète à la date de dépôt de la demande de renouvellement de son titre de séjour ni en cours d'instruction de sa demande. Par suite, à la date de la décision de refus attaquée la préfète, qui n'était pas tenue d'examiner la possibilité d'accorder un délai de départ supérieur à trente jours, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant ce délai à trente jours.

8. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, les moyens tirés, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Michel, présidente,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

A. Lacroix

La présidente,

C. Michel

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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